A quelques encablures de son appartement en ville, l'étrange étrangère traîne ses baskets, parfois, les jours
de soleil, au bord d'un lac qui ne doit son existence qu'à un barrage.
Il y eut un temps où un village nichait au fond de la vallée et sous les eaux tranquilles, doivent dormir des
maisons, une église, de petites rues, ce qui fut la boulangerie ou l'école élémentaire. Mais qui imaginerait que ce lac n'est que le rêve des hommes. Il a tellement l'allure d'être vrai, d'avoir
toujours clapoté sur les rives rocheuses des collines.
Alors, dans la chaleur d'un après midi de printemps, parcourir les chemins tracés, en suivant les courbes de
l'eau, devient un moment d'une absolue sérénité. Il suffit de s'éloigner de la plage, où barbotent les enfants où s'alignent les cahutes qui offrent une boisson, une glace.
La paix se trouble d'un clapotis, du chant d'un oiseau, du bruissement du vent dans les arbres. La lumière se
perd au dédale des feuillages, à ce moment là de l'année où les verts sont pléthores au point que l'œil s'épuise à les distinguer.
Comme un cadeau, un arbuste à peine fleuri, troue de son rouge profond les frondaisons. Sont-ce les chagrins
des fantômes restés dans la vase, au fond du lac qui, à la renaissance de la nature, chantent qu'il ne faut pas les oublier ? Ils accrochent alors une larme de garance tout au bout d'un
rameau.
Et de vieilles charmilles s'admirent à la surface lisse, qu'un frisottis trouble à peine. Les troncs torturés
sont les sculptures qu'offre la balade. L'étrangère traque des détails insignifiants : l'entaille qui défigure la hampe d'un bouleau, la fracture qui écorche la roche ; le taillis
courbé par un blizzard d'hiver.
Et puis, dans ce silence habité, il y a toujours un rapace qui tourne, tout là-haut, dans l'azur, à l'affût
d'un mulot.
Vous en dites...