L'espace du merveilleux s'ouvre à qui sait le caresser. Il y a des mondes où vivre une féerie marque au fer rouge de la folie estampillée, que ceux qui cloisonnent imposent à ceux qui osent. Et pourtant ! rien n'est plus doux que de croire en ses rêves, espérer que l'improbable existe, marcher ce petit pas qui fait de l'impossible, le lendemain du raisonnable. Rien n'est moins confortable qu'un quotidien qui vacille entre le labeur et le plumeau, entre le travail et le ramasse miettes. Alors, quand brille au fond du lit, sur l'écran opaque du plafond, cette chimère vibrante, un jour, on l'attrape au vol, comme une mouche, et l'on décide de l'incarner, de lui inventer un corps. La chimère se fait chair, elle embarque le voyageur au fil d'une rivière bouillonnante d'images. Un matin, ce qui n'était hier qu'un rêve, s'inscrit dans l'existence, marque le cœur et le corps au moment où l'âme réalise qu'elle a trouvé son havre. On se trouve à marcher sur l'ouate fragile d'un nuage. Certes, la peur que le sol se dérobe vient parfois troubler ce bonheur comblé. Mais à force de le caresser, l'espace du merveilleux s'est épanoui.
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