En passant les Pyrénées, le cœur de l'étrange étrangère palpite un peu plus. Que les montagnes déchirent les nuages, et elle se raconte Roncevaux, elle s'invente quelque chevalier soufflant dans un olifant. Elle gomme ces moments d'histoire où les peuples n'ont pas su s'apprendre, se sont déchirés. Elle se fabrique l'harmonie.
Les cigognes sont toujours là, perchées, nichées au sommet d'un minaret, ou d'un eucalyptus. Majestueuses, grands vaisseaux dans un ciel si bleu, elles naviguent, amples. Leur vol est un ballet.
L'étrangère, au fil des rues, se gave d'images. Elle observe en rêvant que, quelle que soit la latitude, les enfants se ressemblent, ils ont les même jeux, les mêmes sourires. Les mêmes larmes aussi.
Saisir des instants de vie, des détails, c'est, pour elle, attraper l'âme d'un peuple. Le Maroc est terre de chaleur. C'est aussi un monde où le rire est, parfois, la seule richesse. La légèreté oubliée, dans un monde qui ne se préoccupe plus que de se protéger, le sien, l'étrangère la retrouve dans les gestes de précis d'une gamine qui dessine des arabesques jolies sur la main d'un amie.
Au marché, les pastèques, gorgées de sucre, s'offrent à qui les veut. Et les figuiers de barbarie, parfois, partent en branches. L'étrangère n'a pas reconnu les raquettes caractéristiques dans ces ramures enchevêtrées. On dirait qu'il veut imiter quelque désespoir de singes, de ces branchages qu'un primate ne peut escalader.
La vallée, partagée au moment d'un crépuscule, dans un regard, avec quelques amis, elle l'emporte au pays de ses rêves. Pour dire l'amour. Parce qu'elle croit que ses douleurs de vie l'ont juste éduquée pour les bonheurs à venir. Parce que les routes sont souvent longues, qui mènent à la sérénité douce.
Même quand il faut repartir, l'étrange étrangère, pénétrée jusqu'au plus profond, d'une immense joie, se joue la musique d'un chant, d'une voix, d'un sourire qui rythment ses jours. Elle reviendra.
Vous en dites...