Ce matin, Nictoplasme, bougonnant dans sa tasse de café, cherche le sujet de son annonce du jour. Ah ! ça ! Il a fait des promesses, il entend bien les tenir, et sans doute les dépasser. Il crève de rester dans les annales républicaines comme le champion de la réforme surprenante, du décret éclair, de la loi coup de poing. Sauf que, parfois, son imagination fertile cède au train-train des déjeuners de travail, et aux nuits torrides de ses amours cinématographiques.

Bref, il tance sa brioche, il engueule le pot de confiture, tourne et retourne quelques idées saugrenues... jusqu'à ce que...

De son pas décidé, il avale quatre à quatre les trois marches qui le mènent à son bureau dodécagone, au palais de Mébrisées. Et il convoque derechef deux de ses sbires, Anchois Mignon et San-Lui Forveau. Il leur assigne illico l'étude d'un projet dont il pourra aimablement disserter, ce soir, à la télé, sur la chaîne de son ami Pralin Fouine, où il a antenne ouverte. Et quand Nicto braille un ordre, Anchois cavale.



Homlette s'affale dans le sofa. C'est l'heure du communiqué de Nicto. Empty est encore en vadrouille et Pan-Servela est déjà au lit. Il doit couver une crise d'amour déçu l'enfançon, ce tendre rejeton.

Lorsque le Président se lance dans un diatribe, effréné comme à son habitude, Homlette sent bien qu'un événement majeur se prépare. Qui touche aux grands problèmes de l'actualité : l'économie, et l'écologie. En substance, parce qu'il serait inutile de reprendre ici les périphrases du bonhomme, sa 2648ème réforme consiste à interdire les fèves, chaque dimanche de l'épiphanie, pour d'évidentes raisons. D'une part, on a dénombré trois étouffements, par absorption intempestive, qui d'une blanche-neige, qui d'un roi-mage, qui d'un mickey. Un gamin de trois ans a même failli se pendre avec sa couronne dorée. C'est donc une urgence de santé publique, que d'en finir avec cette infantile coutume. De plus, l'utilisation courante de matières plastiques pour la fabrication de petites figurines contribue à la disparition des énergies fossiles, devenues si coûteuses. Enfin, la pénibilité du travail des ouvrières chinoises qui peignent les yeux des personnages doit faire réfléchir.

Mais Nicto est un homme de bon sens, doublé d'un humaniste. Ayant parfaitement conscience des conséquences de sa décision, il propose aux favophiles un accompagnement psychologique destiné à leur faire surmonter cette étrange addiction qu'est la collection de fèves. Par ailleurs, il propose aux boulangers, de remplacer le manque à gagner que sa décision va nécessairement générer, par la création d'un fonds d'aide aux abstinents de la galette, financé par une taxe spéciale : le centime symbolique prélevé sur la friture en chocolat.

...

Dire que cette proposition fit le bonheur du peuple... Après de nombreux allers et retours, après la quasi émeute provoquée par une manifestation spontanée, organisée par les détracteurs du projet, la loi se trouva fort amendée. Seules les fèves représentant Nicto et sa charmante Parla furent désormais autorisées. Mais il fut intraitable sur un point : les fèves seraient désormais en céramique.

Et, comme à son habitude, il s'en tira d'une pirouette, lâchant une de ces célèbres phrases qui émaillent son règne. Il aurait dit, lors d'un voyage officiel en Papouasie Nouvelle Guinée :

-« Quand il y a une fève en transe, personne ne s'en apitoie ! »-.

...

Homlette, elle, est désolée. Pour la première fois, elle regrette cette initiative de son Président. Elle cherchait patiemment la série « Les doigts », qu'elle disposait d'année en année dans une jolie petite vitrine fabriquée à cet effet. Et il lui manque le doigt de Dieu.

Mais c'est une autre histoire.




Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /Juil /2008 23:16
- Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs
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