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Echappées belles au fil de la route. Elle avale les kilomètres, la Blonde, comme un chameau des litres d'eau. Elle les emmagasine, les stocke pour ses longues soirées d'hiver. C'est qu'elle aime rouler.
Le ruban de béton déroule ses méandres au fil des collines, coupe la montagne, quand elle se pique, en majesté, de flirter avec les nuages.
Rouler de ville en ville, pour atteindre ces lieux à contempler, au soir, quand le soleil se couchera, illuminant d'époustouflants paysages d'ors et de roses. L'habitacle de la voiture est un espace clos où s'échangent les confidences, où se disent les souvenirs. Ils s'apprennent, les quatre étrangers qui se sont lancés dans l'aventure. Ils se sont certes croisés auparavant, mais là, ils se découvrent. Alors, aux distances avalées, s'ajoutent les rires, mais aussi les confrontations des idées, et, parfois, les onomatopées, les borborygmes quand la Blonde s'amuse à décoller sur les dos d'âne.
Le silence s'installe quand les mots se font rares. Un silence contemplatif durant lequel les regards s'attardent à cueillir les détails des villages traversés.
La Brune aimerait saisir plus que l'apparence, à peine entrevue. Mais les étapes sont longues. Et rouler donne un sentiment d'irréalité. Des fantômes de casbahs découpent l'horizon. Des palmeraies foisonnantes verdissent le gris du bitume.
La route, quand elle occupe le temps, est propice à la rêverie inutile, cet espèce d'état où l'esprit s'évade et caresse des chimères qui, à peine construites, sont déjà oubliées.