Partager l'article ! 23 décembre 2012: Ce matin, j’ai visité : la salle informatique et la salle des travaux manuels. Il y a autant d’ordinateurs que de pen ...
Ce matin, j’ai visité : la salle informatique et la salle des travaux manuels. Il y a autant d’ordinateurs que de pensionnaires, mais, et je m’en doutais, il n’y a pas de connexion internet. Cela n’aurait d’ailleurs aucun sens, que nous puissions communiquer avec l’outre Bunker, puisque la civilisation est détruite. Du coup, mes cahiers me semblent être le fruit d’une pulsion d’écrire, qui avait peur du silence. Mais j’avais oublié, immergée dans un univers de technologie, le doux frou-frou du stylo sur le papier. Et puis, descendre chaque soir pour jouer du clavier… bah ! pas envie. Je préfère mes gribouillis blottie sur mon lit.
Du coup, toutes ces jolies machines ne vont sans doute servir qu’à communiquer entre nous, à fabriquer des parcs d’attractions virtuels, de fausses villes tentaculaires, ou à créer des tribus d’avatars que nous manipulerons, les jours d’ennuis. Avant, j’aurais dit : les jours de pluie.
Salle des travaux manuels : le plus vaste magasin de tout et n’importe quoi… Peintures, papiers, toiles, pinceaux, terres, fours à céramique, métiers à tisser, laines, fils, perles, outils… et j’en passe. J’ai fait une crise de rage. Ça devait arriver. Alors, je me suis souvenue d’Yves Klein, et de son bleu, et de ses femmes à peindre. J’ai dégoté une toile la plus grande possible, installé un coin où j’ai ouvert des pots d’acrylique, et me suis déshabillée. Je me suis enduite de couleur et roulée sur la toile. Elle s’est déchirée. Je l’ai achevée avec un cutter. Matériel de merde ! Je crois bien que, pendant mes galipettes créatives et rageuses, quelqu’un est entré. Ils vont me prendre pour une folle. Ici, les ragots seront forcément, à plus ou moins long terme, une occupation comme une autre.
Après, j’ai trempé dans le bain jusqu’à en avoir la peau ramollie et plissée. Les filles me regardaient d’un drôle d’air. L’eau avait pris une teinte maronnasse éloquente, en tout cas qui pouvait évoquer la crasse.
Les filles, justement. Il y a, outre Lila et Grande Gourdasse, Justine, blondinette rigolote qui a un fort accent suisse. Et puis Gladys, que j’appelle Piggy, l’autre anglaise avec Milly Grande Gourdasse, du genre nourrie, mais pas élevée… Li Mei, chinoise invisible et silencieuse, Fleur de Jade lui irait bien mieux… Elena, qui roule les « r » avec une grâce toute slave… Ananda, en sari chatoyant du matin au soir, altière, et un tantinet méprisante… Taline, exubérante, petite, brune et boulotte… Benedikte, qui doit être scandinave et qui se promène toujours toute nue, mais qui sourit en permanence. Drôle de troupe !
Comme le repli sur soi n’est pas une solution viable, et bien, aujourd’hui, j’ai pris mes repas avec ma chambrée. Nous avons des heures de passage à la cuisine. J’imagine que cette organisation est destinée à ce que nous fassions connaissance. De demi-heure en demi-heure, un groupe de filles et un groupe de gars se retrouvent autour de la grande table.
J’ai trouvé ce moment bougrement embêtant.