Ils sont là, ils contemplent. Du sable bien au delà de l'horizon, qui se nuance d'ors pâles ou riches, au gré des courbes. L'étrange Garçon, la Rousse et la Brune, à la tombée du jour, se sont
perchés au sommet d'une dune. Ils sont muets. Seul le souffle d'un vent qui soulève la poussière accompagne leurs rêveries tranquilles.
L'étrange Etrangère, celle qui écrit du fond de son lit, se raconte déjà l'émotion qu'elle cherchera à retrouver, lorsqu'elle sera retournée vers le nord. Mais elle se dit aussi qu'elle va perdre
les mots, tant cet infini doré la bouleverse.
Elle embrasse d'un regard la diversité subtile d'un monde difficile, que certains ressentent hostile, et d'autres rassurant. La Brune s'est sentie attendue par ce désert où la chaleur est
compagne. Sur le chemin qui trace vers les dunes, elle a traversée, tout juste en bordure d'une eau rationnée, un carré planté de palmiers. Entre les rigoles, patiemment cimentées, et les
palmiers, elle a trouvé une vie qui s'acharne. Les dattes vont mûrir, les piments rougir. Et la grenouille cherche de l'ombre sous les feuillages assoiffés.
Les trois touristes ont enfourché les dromadaires, afin d'aller goûter les derniers rayons d'un soleil voilé du haut d'une dune, un peu plus loin. La Blonde n'est pas venue, elle craint ces
machins à bosse, elle préfère les machins à moteur. Dommage, elles sont bien jolies ces dunes dans le couchant. Et le village prend des allures fantomatiques, tant il se fond aux couleurs de
l'endroit, un village de terre et de paille.
La Brune note dans les pages de sa mémoire, ces phrases telles qu'elles lui viennent. Quand elles viennent. A force de méditer, un grand silence se fait. Serein, le silence. Et si le désert
offrait la paix...