Deux étrangères sont parties à la découverte d'un village, un douar, niché là-bas, sur le flanc d'une colline, dans l'Oriental. La montagne est usée par les siècles qui ont grignoté les sommets
et creusé une vallée ample. Gagner le douar, c'est quitter la route pour s'enfoncer sur la piste.
Au bout d'un moment, des façades blanches émaillent le rouge de la terre. En apparence, l'endroit est sec et pelé, mais en apparence, seulement. Les ruelles escaladent la pente escarpée. Lorsque
le jeune douar est laissé dans le dos, alors l'image incroyable de ces maisons qui semblent poussées du sol s'offre de toute son altière beauté.
Ici sont nées des générations, ici ont vécu et aimé, enfanté ces lignées de villageois qui ont un jour essaimé. Il ne reste que quelques bâtisses encore habitées. Le vent, le temps ont fait œuvre
de sapeur. Ils ont érodé, arraché, caillou après caillou, jusqu'aux terrasses, jusqu'à l'âme...
Les deux étranges étrangères, la brune et la rousse, ont retenu leur souffle devant tant de triste beauté. La Brune, qui reconstruit tout dans un coin de son esprit, s'est prise à rêver d'un
havre. Elle se raconte que là, il faudrait aménager une chambre fraîche, qu'un gîte pourrait naître des ruines. Dans le dédale, à peine restaurer, pour ne pas déparer la majesté de ces vieilles
maisons. Essaimer des nids, parsemer de baquets où se baigner dans la douceur d'un matin d'été.
Mais le village manque d'eau, les canaux d'irrigation ont rendu grâce. Et l'eau, quand les étrangères se souviennent à quel point elle peut être gaspillée, elles ont le cœur qui se serre.
C'est un village niché sur le flanc d'une colline qui s'ouvre à l'autre, où les habitants tendent les bras, où la volaille est donnée, même quand elle est rare. C'est un village qui palpite tant
il respire d'une générosité oubliée depuis bien longtemps dans le monde d'au delà des mers.
C'est un village, quelque part dans l'Oriental.
Lundi 20 octobre 2008
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
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