Ils ont emmené de l'eau, et ils ont eu raison. Une incroyable sécheresse sévit en cet été et en ce lieu. Bien que le ciel soit plombé, certains jours. La Brune se dit qu'elle regarde des orages
secs, que l'eau passe bien au large des prairies qui en auraient besoin. De loin en loin, un troupeau de chèvres escalade le flanc d'une colline, rappelant qu'en ce pays, quand on pense désert,
la vie humaine sort d'un repli.
Mais il y a quelque chose d'irréel d'apercevoir, alors qu'il a fallu plusieurs heures pour atteindre l'endroit, une tente berbère plantée au milieu d'un champ de cailloux. Et de passer vite,
alors que les enfants courent vers la voiture. Passer vite parce qu'ils ont oublié d'emporter des stylos, des bricoles qui auraient pu faire plaisir à ces enfants là. Cela reste, pour la Brune,
un cuisant regret, avec un sentiment de honte qui traîne. Ils n'ont simplement rien sur eux à donner à un enfant. Elle ne l'oubliera plus.
Alors que l'équipage grignote la piste petit à petit, la Brune rêvasse. Elle a l'esprit qui vadrouille et qui élabore des projets dont l'ancre serait arrimée dans ce beau pays. La poussière
soulevée par les roues du véhicule noie ses rêves dans un éternuement.
Les souffles se sont faits courts. Désormais ils gravissent une dernière colline où la piste se dérobe. Le sol est devenu un damier de plaques de roches, un feuilletage qui paraît bien fragile.
La Blonde s'est tue, attentive soudain à chacun de ses coups de volants, tendue, à l'écoute des roues. Ils dominent une dernière vallée où, très loin, s'élève un village entouré de quelques
taches de vert.
La traversée a durée entre quatre et cinq heures, peut-être plus, car le temps paraît s'arrêter sur cette piste.
Mardi 4 novembre 2008
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
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