Partager l'article ! 25 décembre 2012: Drôle de jour de Noël. Pas de chaussons sous le sapin de Noël, pas de buche avec des bucherons en plastique plantés da ...
Drôle de jour de Noël. Pas de chaussons sous le sapin de Noël, pas de buche avec des bucherons en plastique plantés dans le crème. Pas d’huitres, pas d’embrassades. Un jour de Noël atypique. Pas de petit jésus dans la crèche.
Ce matin, j’ai été faire un tour dans la salle des cultes. Il n’y avait personne. Trop tôt. Il y a juste Lila qui est descendue, qui s’est tournée vers La Mecque, et qui est restée là, sans bouger, sans prier, à regarder. Je l’ai laissée plantée, et j’ai été me griller la première cigarette de la journée. Je sais pourquoi elle se comporte ainsi. En vrai, elle s’appelle Soizic, et ses foulards, ce n’est que pour cacher sa tignasse rousse. Mais alors, la vraie Lila, qu’est-elle devenue ?
Je fume moins depuis que je suis coincée dans ce cercueil à nantis. J’ai écrasé mon mégot et j’ai été prendre le petit déjeuner avec les premiers qui émergeaient. Surtout des garçons. Les filles trainent au lit, elles ménagent leur peau, leurs cernes et leur teint. Je rigole, nous avons tous une vingtaine d’années. A trente ans ce sera le silicone, à quarante le Botox, à cinquante le lifting. Enfin, si nous sortons de là. Sinon, nous allons être condamnées à vieillir naturellement, sans artifice. Le temps qu’il y aura à manger.
J’ai discuté un moment avec un jeune homme bien comme il faut, soigné, rasé de frais. Il m’a dit qu’il me croisait souvent à la bibliothèque, mais que je n’avais jamais l’air d’être présente. Et qu’il n’a pas osé m’aborder jusque là. Il m’a dit aussi qu’il aimerait bien qu’on prenne un peu de temps pour confronter nos lectures. Il s’appelle Carl. Il arrive de Bruxelles.
Je l’ai regardé beurrer ses tartines, avec un soin presque maniaque. Il les trempouille dans son café, petit bout par petit bout, et grignote les morceaux ramollis. Il y a quelque chose de féminin et de précieux chez ce garçon. Il croise les jambes et s’assoit légèrement de côté sur sa chaise. Il est blond, avec des yeux d’un bleu couleur des mers du sud. Il n’est pas vraiment fin, mais il se dégage, de chacune de ses mimiques maniérées, un charme indéfinissable. Entre la passion pour la femme, et la femme elle-même. Oui, je crois qu’il aime beaucoup les demoiselles. De la convoitise passe dans ses prunelles claires quand il aperçoit une dentelle…
Ce soir, Milly Grande Gourdasse a piqué une crise. A cause d’une histoire de collier qui a disparu. Des saphirs. Elle s’est mise à hurler. Et elle a commencé à ouvrir toutes les armoires. Les filles de la chambrée se sont révoltées, et se sont interposées. Les vociférations étaient si fortes, aigües, que nos voisines ont rappliqué. Il y en a qui ont rigolé et d’autres qui ont commenté. Milly Grande Gourdasse, rouge de colère, hurlant comme un goret qu’on égorge, échevelée, à cause d’un bijou qu’elle ne portera sans doute plus jamais, c’était assez risible. D’autant que, sous le coup de l’émotion, elle postillonnait abondamment à chacune de ses phrases. Je me suis réfugiée dans mon lit, pour échapper à l’orage, au propre, et au figuré.
Je sais où se trouve le collier, entre deux foulards de Lila-Soizic. Et je n’ai pas appris de mot nouveau.