La longue robe noire que l'on n'aurait portée que pour lui, est recroquevillée au fond d'une armoire.
Elle se morfond dans un recoin, vide d'un corps. Elle s'est ratatiné, a vieilli. C'est l'histoire d'une longue dame brune qui chantonne qu'elle n'a pas la patience des femmes de marins. Elle a
oublié ce fourreau qui l'aurait nimbée d'un voile. Qu'importe alors les imperfections, un sein un peu petit, un ventre juste arrondi... De satin sombre et de parfum, elle rêvait de s'abandonner,
de sentir les mains de cet homme explorer la longue robe noire. Mais l'homme n'est pas revenu de ses errances d'oiseau. Et le temps, celui qui ravage les désirs, celui qui abîme les espérances, a
déchiqueté, émietté les sourires, les a froissés à n'en faire que de vulgaires grimaces attristées. Quand le silence des hommes devient l'arme redoutable avec laquelle ils laissent crever les
émois qu'ils avaient pourtant voulus, les longues robes noires se recroquevillent au fond des armoires.