Ce matin, j’ai été faire un tour à la salle de sports. Bien équipée, d’ailleurs. Sans surprise, j’ai pu constater que les appareils à bouger les bourrelets font fureur parmi les demoiselles, les garçons préférant les haltères. Il y a une petite piscine qui permet, tout de même, de barboter, et nager à contre courant, pour les plus valeureux. Dans le manuel, un chapitre entier chante les bienfaits de l’activité physique : détente, sommeil… et esthétique, évidemment. Nous sommes d’un monde où l’on n’aime pas les disgrâces, même si elles confèrent un charme à l’individu. Parfois, une coquetterie illumine de tendresse un regard.

C’est sans doute pour cela que je me sens étrangère. Une étrange étrangère. Je ne suis pas vraiment jolie, avec une mâchoire légèrement proéminente, une chevelure qui tient plus du crin que de la soie et des formes androgynes. J’ai de jolis yeux d’un bleu très pâle. Et je crois que c’est tout ce qu’il y a à dire sur le sujet.


Aujourd’hui, j’ai rencontré Carl à la bibliothèque. Je méditais sur une phrase de Pascal : « La vraie morale se moque de la morale ». Cette sentence, lapidaire, me ravit. Et m’emmène sur des chemins bien curieux où se mélangent des concepts dont personne ne m’a jamais enseigné le sens. On parle sans cesse de morale, qu’elle soit culturelle, religieuse ou républicaine. Mais les plaideurs, les vertueux, ceux qui se veulent d’un cadre moral, savent si bien transgresser quand il leur en vient le besoin. Et ils réinventent à chaque pas de côté, le ciment pour élargir la route. Ces considérations sont, pour moi, d’inépuisables champs de réflexions. Une dérive de l’âme qui observe. L’enfermement aide la méditation, et creuse les fondations d’une folie.

Le jeune homme est arrivé sans bruit derrière moi, il m’a effleuré la nuque. J’ai sursauté, et me suis crispée. Je ne veux pas qu’il me touche. J’ai peur de m’en sentir bouleversée. Et cet éphèbe somptueux n’est pas dans mes moyens, dans l’immédiat.


Il a senti ma réserve et s’est reculé, juste assez pour que ma zone de proxémie retrouve son intégrité. Je n’aime pas qu’on m’approche de trop près. Nous avons échangé quelques mots anodins, de l’ordre de la politesse intriguée. Je sens qu’il me fouille. Qu’il tente de trouver le petit bout de fil qui lui permettrait de dévider la bobine. Mais je pense que c’est un sport, pour lui. Prédateur ou Bovary ? Je me le demande. Lila-Soizic s’est pointée, minaudant, jouant de l’œillade en experte, ondulant comme une chatte en chaleur. Elle a réussi à s’accaparer le beau Carl. Je crois qu’ils sont partis vers l’une des chambres. Demain, j’irai à la salle des cultes, et chaque jour. Je la regarderai bien fixement ne pas faire sa prière. Elle finira par deviner que je sais. Parce que j’ai eu comme un pincement au cœur.

Bref, du coup, je me suis souvenue que c’était l’anniversaire de mon frère, Ulysse. L’humour de nos parents a toujours été détestable… Et je me suis souvenue que j’ai un amour, dehors. J’avais.


J’ai trouvé le collier de saphirs dans mon armoire.

 


bunker

 


A suivre... peut-être

Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 21:46
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Le Bunker - Communauté : La gazette des blogs
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