Oh ! Elle est jolie la bibliothèque ! Séki le Môssieu ? C'est ce cher Nicto, tout fringuant, costumé en
Président, l'œil tombant d'un chagrin compatissant. Ça ne sent pas l'optimisme... Pan-Servela, déjà passablement émoussé par quelques verres de Viognier (l'abus de cet excellent vin blanc n'est
pas vraiment conseillé, un petit verre sur une douzaine d'huîtres serait plus raisonnable !), écoute, l'oreille torve, le discours.
Nicto : « Mes chers Compatriotes, l'année 2008 s'achève, elle a été rude, c'est la raison pour laquelle je veux d'abord penser à ceux que la vie a
durement éprouvés, à ceux qui ont perdu leur emploi, sans y être pour quoi que ce soit... »
A ce moment là, Pan-Servela se met a bafouiller, la bouche pâteuse, encombrée de petits fours : « Ben... je risque pas de perdre le mien, des macchabées, yen aura de plus en plus, forcément,
désespoir, misère et autres joyeusetés ne vont pas diminuer... ». Rappelons que Pan-Servela travaille à la morgue (cf « Faisons connaissance »).
Nicto : « ... A ceux qui sont victimes d'injustice, à ceux qui doivent affronter l'abscence d'un être cher... »
Pan-Servela : « Pété de rire, en plus ya des fôtes : « abscence », ça doit être un mot nouveau ... absence de cens ? de bienséance ? Euh ! c'est quoi
les sans papier qu'on remet à la mer, des victimes d'injustices ou des importuns ? »
Nicto : « Je veux penser à nos soldats qui, en ce moment même, risquent leur vie pour notre sécurité et pour la paix. Je veux penser à leurs familles
qui vivent douloureusement cette séparation, ... »
Pan-Servela : « Si tu le dis... Mais, pas de misère, pas d'intolérance, pas de guerre. Un homme bien nourrit, gras comme une plaquette de beurre, dont
les enfants vont à l'école, il a rarement envie de faire la guerre, comme ça, pour s'amuser. »
Nicto : « Et plus encore à ceux qui pleurent un fils, un mari, un fiancé, un père. »
Pan-Servela : « Il manque les violons ! »
Nicto : « Pour tous les français, cette année a été difficile. La crise économique et financière mondiale est venue ajouter son lot de peines et de
souffrances. Chacun de nous en subit les conséquences. »
Pan-Servela : « Ben, t'as qu'à sermonner les banquiers, eux, ils ont bien mangé quand même. Et pis, tes potes, ils se sont passés de caviar cette année
? Par solidarité ? »
Nicto : « Face à cette crise, je mesure la responsabilité qui est la mienne. Cette responsabilité je l'assumerai pour que tous ceux qui en ont besoin
soit protégés par l'Etat... »
Pan-Servela : « Tu vas mettre les licenciements hors la loi ? Tu vas augmenter les allocations chômage et la durée des versements ? Tu vas embaucher
des infirmières ? La protection de l'Etat, elle se trimbale une drôle de tronche ces derniers temps, genre pétasse ravalée, mais bien vide, finalement. »
Nicto : « ... et que notre pays sorte plus fort de cette épreuve. Depuis que les difficultés sont apparues, je vous ai toujours dit la vérité, et j'ai
agi. »
Pan-Servela : « Et ben, ma nouille, la vérité, elle est pas jolie. Et puis t'avais pas trop le choix, elle était dans les journaux. Et encore... Sans
doute que des pantins dorment encore dans les tiroirs. Agi ! Agi : Agi ! Agité, oui. »
Nicto : « C'était mon devoir. Le pire aurait été que, dans cette situation, chaque pays décide, sans se préoccuper des autres. Les initiatives que j'ai
prises au nom de la présidence française de l'Union Européenne... »
Pan-Servela : « Et Pan ! Un tit coup de pub ! »
Nicto : « ... pour coordonner les actions de tous les européens et pour réunir les chefs d'état des 20 plus grandes puissances mondiales à Washington
ont permis d'éviter que le monde s'engage sur la pente du chacun pour soi qui aurait été fatale. »
Pan-Servela : « L'arme fatale, c'est Nicto. Halleluya ! »
Nicto : « De même, l'immobilisme serait une faute »
Pan-Servela : « Une faute de quoi ? Une faute de goût ? Une faute d'orthographe ? »
Nicto : « J'ai promis que les mêmes causes ne produiraient plus les mêmes effets. »
Pan-Servela : « Ben voilà la coupable à tout ce boxon : LA CAUSE ! »
Nicto : « La France a exigé des changements, pour moraliser le capitalisme, promouvoir l'entrepreneur sur le spéculateur, sanctionner les excès
inacceptables qui vous ont scandalisés à juste titre, pour redonner à la dimension humaine, toute sa place dans l'économie. »
Pan-Servela : « La France exige, le monde plie. C'est bien connu. En Homerdique du Nord, ils vont mettre tous les escrocs en prison pour faire plaisir
à Nicto. En chine, ils vont licencier les prisonniers qui bossent gratos pour que l'occident puisse relocaliser. Ben voyons ! Dans les salles des bourses du monde entier, ils vont coller des
photos de gosses avec des gros ventres parce qu'ils crèvent de faim, juste pour rappeler la morale à des traders devenus bouddhistes. »
Nicto : « Nous obtiendrons des résultats lors du prochain sommet de Londres le 2 avril. Dans une période de crise comme le monde n'en avait pas connu
depuis longtemps, j'ai essayé de changer l'Europe. »
Pan-Servela : « Ben voui ! T'as pris ta petite mallette à outils, une perceuse, une équerre, un seau de ciment, et, tout seul, avec tes petits bras,
t'as colmaté tous les trous moraux du libéralisme. »
Nicto : « Depuis toujours, j'ai la conviction que l'Europe ne doit pas subir, mais agir et protéger. »
Pan-Servela : « Manquerait plus que l'Europe trempe dans les magouilles homerdicaines. Si c'était le cas, ça se saurait ! »
Nicto : « Avec la réponse commune à la crise financière, la résolution de la crise géorgienne, la création de l'Union pour la Méditerranée, l'accord
sur le climat et l'énergie, la preuve est faite que désormais, c'est possible. Ce n'était qu'un premier pas, il faut continuer, car je reste persuadé que le monde a besoin d'une Europe forte,
indépendante, imaginative.»
Pan-Servela : « Il faut continuer quoi ? A voter Nicto aux élections ? Bon, d'accord, l'Union pour la Méditerranée, j'aime bien... ». Pour tout dire,
le jeune homme est en amour pour une jolie marocaine, qu'il appelle, dans ses délires nocturnes, sa princesse.
Nicto : « Les difficultés qui nous attendent en 2009 sont grandes. J'en suis pleinement conscient. »
Pan-Servela : « Je récapépète : 2008 c'était de la bouse, 2009 ça sera la merde. Chic ! »
Nicto : « Je suis plus décidé que jamais à y faire face, avec le souci de la justice, avec l'obsession d'obtenir des résultats.»
Pan-Servela : « Ah ! la mallette et le mortier... Tiens, ça ferait une jolie fable ».
Nicto : « Après avoir préservé les économies de chacun grâce au plan de sauvetage des banques... »
Pan-Servela : « Et les pauv'crétins qui n'ont pas les moyens d'avoir des économies, tu fais quoi pour eux ? »
Nicto : « ... ce sont les emplois de tous qu'il faut désormais sauver. »
Pan-Servela : « L'Elysée va embaucher ! L'Elysée va embaucher ! Je veux bien m'occuper de la morgue de l'Elysée, Moa ! »
Nicto : « Le Plan de relance massif de 26 milliards d'euros qui a été décidé y contribuera. C'est un effort considérable. Des mesures ont été arrêtées
pour sauver notre industrie automobile, en contrepartie des constructeurs de ne plus délocaliser leur production. »
Pan-Servela : « Et ils vont vivre de quoi, les prisonniers chinois-gratos ? Hein ? Ils vont vivre de quoi ? De la production des balles de revolver
destinées à leur exécution ? »
Nicto : « D'autres initiatives seront prises avec le fonds souverain dont nous nous sommes dotés pour préserver notre tissu industriel. »
Pan-Servela : « Youpi ! Je vais pouvoir lancer ma production de sex-toys à usage unique, en véritable latex. J'embaucherai les ouvriers de chez
Micheline qui auront été débauchés. Du pneu au canard. »
Nicto : « Nous serons pragmatiques, attentifs, réactifs. Et s'il faut faire d'avantage, nous le ferons en gardant notre sang froid. Les difficultés,
mes chers compatriotes, nous avons les moyens de les affronter. A condition d'être solidaires les uns des autres. »
Pan-Servela : « Pragmatiques : taille du sex-toy ; attentifs : il faut soigner la texture ; réactifs : s'adapter au marché, du canard au pélican. Euh !
garder le sang froid, pas bon plan pour ma campagne marketing. Solidaires... je mettrai une belle photo de Parla Crudi dans la salle des essais. »
Nicto : « Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés. Dans l'épreuve, la solidarité doit jouer, sans que le
travail soit découragé. »
Pan-Servela, qui vient de terminer sa troisième bouteille de pinard commence à somnoler devant l'écran. Il capte des mots, par ci, par là. Un doux ronron d'une langue de palmier lui parvient à
travers les brumes alcoolisées.
Nicto : « ...RSA ... travail ...récompensé ... efforts ... naître ... préparer ... réformes ... vitales ... l'hôpital ... compétences ... formation ...
inextricable ... recherche ... échec ... supérieur ... modestes ... concertation ... réfléchir ... gagner ... libertés ... criante ... Anchois Mignon ... nouveau monde ... innovants ... valeurs
... mérite ... Moyen Orient ... vocation ... chemins de la paix ... droits de l'homme ... défi ... intelligence ... courage ... »
Pan-Servela émerge de temps à autre : « RSA : Revenu social anémié ? Anchois Mignon... et pourquoi pas François Pignon ? »
Nicto : « Vive la République et Vive la France !!! ».
Le fils Ducond, a sombré définitivement dans un coma éthylique qui l'empêcherait d'aller claquer la bise aux badauds, dans la rue. Ce n'est pas une lumière, cet homme. Ses analyses politiques
sont bien triviales, voire vulgaires. En même temps, il y a des chances que ses pensées reflètent un certain sentiment de malaise partagé par bien des gens quand la politique condescend à se
pencher sur le sort du commun des mortels.
Mais c'est une autre histoire.
Jeudi 1 janvier 2009
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Publié dans : Ducond and Co
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