En 1970, les belges, parce qu'ils avaient des difficultés d'identité, que leurs populations flamandes croissaient, qu'une inflation galopante minait l'économie -il fallait une brouette de billets de banque pour acheter une plaquette de beurre- les belges, donc, destituèrent le roi et relancèrent l'industrie de l'armement jusqu'à produire des fusils d'assaut, des tanks et des bombhaches en nombre incalculable.
Evidemment, en 1972, les plus extrémistes prirent le pouvoir, et, ce qui est le plus étonnant, par des moyens légaux. Le Parti national belgo-flamand, plus communément appelé « le parti Nabef », porta son incontesté leader, Maurice Van de Puth, au commandement.
Maurice Van de Puth était un autocrate inculte, pétri de peurs, coincé dans un carcan de règles qui dataient d'un autre âge. Il était grassouillet, boudiné dans un costume noir. Mais il avait un seul et unique talent, son sourire. En effet, quand il souriait, ses auditeurs ne doutaient plus de la véracité de ses dires. Maurice Van de Puth avait un sourire envoûtant. Le bonhomme était un belliciste militant. Pour lui, tout ce qui n'était pas scandinave, Angles, Saxon, Goth, Wisigoth relevait de l'imbécillité congénitale, du sous-développement, et devait donc être éradiqué de la surface de la terre. Il cultivait une aversion particulière contre les Celtes. Allez savoir pourquoi, l'idée même que la Bretagne existe le couvrait d'eczéma. La vue d'un enfant rouquin le terrorisait, et la musique d'Allan Stivell lui filait des migraines. Il rêvait en secret de démonter Stonehenge.
L'une de ses premières grandes réformes fût d'interdire la crêpe sur toutes les tables du pays, la galette, puis ce fût le cidre, le kouign amann, et même la farine de sarrasin se vit frappée d'ostracisme.

Soizic était une jolie petite fille rousse pleine de vie, elle riait quand elle sautait, comme une chevrette alerte, de rocher en rocher, sur les côtes découpées de la baie de Morlaix. Elle aimait contempler les mouettes et les goélands. Les oiseaux planaient majestueusement dans un ciel qui virait du bleu au gris si vite. Elle aimait l'odeur des embruns et des bateaux quand ils rentraient de la pêche, alourdis par leur cargaison. Elle portait de longs cheveux qui caressaient le bas de ses reins. Elle était fine, élancée, gracieuse.

Baptiste était un gamin espiègle, mat comme un maure, brun comme un charbonnier. Il avait une légère tendance à un embonpoint que ses maillots trop larges pour lui ne couvraient pas vraiment. Il était pataud, avec une bouille lunaire où brillaient deux yeux graves. Il avait un air songeur, un peu absent, et pouvait passer des heures à observer la danse réglée d'une fourmilière. C'était un doux, et ça se voyait.

Quand éclata la guerre, le 26 septembre 1973, ils avaient l'un et l'autre cinq ans.




A suivre...

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