La guerre totale. A force de durcir, de part et d'autre, le discours, les actes, ils avaient finis par se haïr, eux qui étaient le même peuple, la même chair. A chaque attentat, la réponse était violence. A chaque violence la réponse était attentat. Ils n'en sortaient plus jamais. Et puis, les grandes puissances qui savaient qu'elles n'auraient plus jamais l'occasion de tester leurs innovations sur leur propre sol, se servaient des guerres urbaines pour améliorer leurs engins de destruction.
Cette guerre là était devenue un enjeu, idéologique, religieux, mais aussi technologique et mercantile.
Le mur, finalement, n'avait fait que renforcer la ruse, la rouerie. Chaque camp, désormais, chercher à sauver son matricule et se foutait de ceux qui crevaient, de l'autre côté. Ils ne se voyaient plus, ne se connaissaient plus. Le remède, brutal, n'avait réussi qu'à créer une ignorance criminelle.

Soizic était à bout. Elle ne voyait pas d'avenir, ni pour sa fille, ni pour son amour, ni pour elle. Le temps avait usé son espoir, comme sur une râpe. Tout s'était déchiqueté. Elle n'avait jamais pu construire cette vie tranquille qu'elle désirait entre tout. Et pourtant, elle ne demandait pas grand chose. Juste un toit, une repas, une famille.

Baptiste n'en pouvait plus. Il avait milité jusqu'au bout de sa salive pour la réconciliation. Il s'était battu contre les attaques suicides. Il avait cru que l'intelligence materait la barbarie. Mais il était seul dans son taudis, loin de celle qu'il aimait, et de cette enfant qu'il avait si peu élevée. Il devenait amer et n'aimait plus les hommes.

Espoir ne riait jamais, son père lui manquait, ce papa tout dodu et tendre, contre lequel elle aurait aimé se blottir. Elle aurait voulu poser des questions à ses parents. Mais un énorme mur lui bouchait l'horizon. Depuis quelques mois, alors qu'ils pensaient qu'elle dormait, elle les entendait chuchoter et pleurer. Il était question d'un voyage. Il était question de la confier à un grand oncle qu'elle n'avais jamais vu. La petite sentait bien que l'heure était grave. Elle se fit une promesse : où qu'ils aillent, ils l'emmèneraient.

Un matin, ils furent prêt. Baptiste avait rejoint Soizic pour leur grand voyage. Ils emballaient quelques frusques. Ils avaient les yeux rouges, l'air fatigué de ceux qui ne dorment plus. Et ils prirent la route. Espoir ne dit que quelques mots, mais elle avait un ton tranquille, et si plein d'une sereine certitude que les parents ne tentèrent pas de la dissuader. Elle leur dit qu'elle ne voulait pas les quitter et que, jamais, elle ne vivrait chez l'oncle. Qu'elle savait et que son choix, c'était de les suivre.

Le 21 juin 2004, dans la salle des mariages du Parlement de Bretagne, à Rennes, un couple, accompagné d'une petite fille, se fit exploser. On déplora 28 morts, 52 blessés dont 8 graves. Ils avaient trente six ans, et la gamine, neuf ans seulement.

Ils avaient décidé que ce monde là était invivable. Et ils avaient décidé de le dire, à leur manière.




Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /Jan /2009 12:15
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Murmures à épisodes
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