J'adore errer dans mon antre en tenue négligée. Je ne suis pas très tentante dans ce cas là. Il y a quelque
chose de la vieille moule qui baille dans son habit du week-end. Mais sentir mon corps délivré de ces soutiens-nageoires à baleines, avoir la caudale à l'eau libre, me procure un intense
sentiment de liberté. Les contraintes des apparences, nécessaires au rang de tanche de ville, m'obligent, au quotidien, à soigner mon aspect visible. Alors, quand je peux jeter mes oripeaux de
parfaite tanche intégrée, au fond de la machine à laver, et me laisser dégouliner, cela touche à l'ineffable. Le marais est devenu un concours d'allures. C'est à qui se montrera sous son meilleur
jour, camouflera la pustule naissante, remontera la fesse ramollie, amplifiera le sein vidé. A croire que l'existence ne vaut que par l'appétit que l'on pourra ouvrir chez les poissons
prédateurs. Et je me laisse porter par ce courant là, comme toute poissonne coquette.
La Tanche, le 3 février 2009
La petite phrase du jour
La vérité ne peut être contenue dans un seul rêve.
Proverbe arabe
Mardi 3 février 2009
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Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche