... de vieux bouquins chez les bouquinistes. J'ai une passion pour les livres utilisés, sans cesse feuilletés,
écornés, tachés, jaunis, vieillis, froissés, malmenés. Un livre, c'est fait pour être tripoté, pas pour rester, dédaigné, sur le rayon d'une bibliothèque. La Tanche que je suis, aime les romans
vieillots, les recueils de poésies anciennes. Et, quand je tiens, entre mes nageoires, un de ces objets si bien manipulé qu'il est marqué, stigmatisé, je me prends à imaginer la vie, les
émotions, les ressentis de ceux qui possédèrent le livre avant moi. Ça me donne la sensation de partager, par dessus l'anonymat, quelque chose d'à peine tangible, mais réel : ce qui relit les
poissons entre eux, la capacité qu'ils ont à l'empathie, à se fondre dans la joie ou la tristesse, les larmes ou les rires. Je traque l'empreinte grasse oubliée dans le coin d'une page, en la
tournant. L'empreinte emprunte le chemin de mes sens, l'odeur de l'anémone de mer, du bulot-mayonnaise. Je cherche, au moment de la mort du héros, ou de l'héroïne, la flaque de chagrin qui aurait
fait gondoler le papier, tracé de petits sillons décolorés. Mais les bouquinistes disparaissent, avec le temps. Bientôt, dans le monde glacé du marais, le papier immaculé aura raison du papier
froissé.
La Tanche, le 9 février 2009
La petite phrase du jour
Si les points de suspension pouvaient parler, ils pourraient en dire des choses
et des choses !
Pierre Dac
Lundi 9 février 2009
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Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche