Avec le temps, je suis devenue moins naïve. Tous les discours que tiennent les Tritons sur la sacro-sainte
trilogie : travail, famille, patrie, me font roucouler. Non pas que ces valeurs me défrisent, enfin, m'écaillent, mais je sais bien que les années émoussent les croyances. A force de regarder et
d'emmagasiner des observations, j'ai fini par comprendre que ces notions sont très relatives... Le travail ! Ah ! le travail ! Un milieu qui contraint ses aficionados à adopter la politique du
marais, de gré ou de force, même si l'organisation stricte ne présente pas d'intérêt. Au point qu'il m'est arrivé de me gratter les branchies pendant des jours, et de devoir franchir le courant
pour rentrer chez moi, alors que s'empilaient les perles à emballer. Mais les horaires étaient respectés, à la seconde, et l'honneur du chefaillon était sauf. Ce que j'en ai croisé des Aiglefins,
des Requins, des Maquereaux, des Sardines qui frétillaient pour faire joli, attendant de croquer le voisin ! Décidément, le travail est devenu mon moyen d'assurer le plancton quotidien. Et même
si la tâche qui m'est dévolue est plutôt agréable, j'aimerais bien pouvoir rester dans son antre à taquiner le verbe, quelques fois. Mais le concours pour rentrer à la Villa Médicis m'est
inaccessible. J'ai dépassé la date limite de péremption, je ne suis plus assez fraîche. Faut dire qu'on a jamais vue de Tanche dans l'auguste maison.
La Tanche, le 11 février 2009
La petite phrase du jour
L'erreur n'annule pas la valeur de l'effort accompli.
Proverbe africain
Mercredi 11 février 2009
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Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche