Partager l'article ! 28 décembre 2012: Depuis ce matin, je suis mal. Levée avec une grosse boule noire au ceux de l’estomac. J’ai comme l’angoisse d’une ...
Depuis ce matin, je suis mal. Levée avec une grosse boule noire au ceux de l’estomac. J’ai comme l’angoisse d’une catastrophe imminente. Et je n’arrête pas de me réciter quelque mantra incantatoire, destiné à me rassurer. Irrationnel. Logiquement, nous ne risquons rien, là-dedans.
L’ambiance alourdie devait être contagieuse puisque le petit déjeuner a commencé par l’altercation infantile d’un nouveau couple. Nouveau… je crois. La fille me fait penser à une noisette. Brun clair : les yeux, la peau, les cheveux, l’habillement. Avec une note verte, comme ces petites feuilles qui enveloppent la coque : le bandeau qui retient sa tignasse. Noisette. Elle se frittait avec un type à l’allure insignifiante, boutonneux, bancal. Je dis « bancal », mais c’est de l’ordre du ressenti, comme un disfonctionnement entre l’apparence plastique et la gestuelle. Non congruence ? C’est cela ? Je les renifle, ceux là, qui ne sont pas en accord entre intérieur et façade. Comme un fox terrier, les sangliers.
Leur différent n’était qu’une sordide, mais si banale, scène de jalousie. J’ai cru comprendre que Noisette avait affiché une attirance évidente pour l’ami JR. La Noisette et Poil de Carotte, je trouve que ça fonctionne, esthétiquement. Le petit ami en titre en a fait une jaunisse. Ça ne m’a pas empêchée de déguster ma banane.
Soizic ne me lâche plus. Elle me harcèle. Elle tente de me séduire, de devenir mon amie. Je la traite avec une ironie douce, ce qu’elle ne semble pas capter. Elle prend la forme, arrondie, pour le fond, plus féroce. C’est un jeu. Je crois que ce qui l’intrigue, c’est ma capacité à me passer de tout le monde, à me réfugier au fond du bunker, dans les salles de jeux. A moins qu’elle ne surveille ce secret dont je suis dépositaire : l’usurpation de l’identité d’une autre.
Parce que je m’ennuie, je l’explore, le bunker. J’ai trouvé la pharmacie. Il y a de quoi achever un mammouth. Je me demande ce qu’ils ont pensé. Qu’il fallait que nous puissions en finir en cas de désespoir insurmontable ? Qu’il nous faudrait gérer les inévitables conflits à coup d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques ? De ce que j’en sais, aucun de nous n’est médecin, nous sommes trop jeunes. Donc nous sommes livrés à l’automédication. Au moment où j’ouvrais les armoires, soigneusement étiquetées, qui offrent les opiacés à côté du paracétamol, qui affiche les modes d’emplois de ces jolis bonbons, je me suis sentie comme un rat de laboratoire. Et j’ai piqué une boîte de décontractants.
Du coup, ce soir, plus rien n’aurait pu me troubler, j’avais ce sourire béat d’un gosse qui découvre un sapin de Noël pour la première fois. Alors, quand Milly Grande Gourdasse s’est publiquement excusée de nous avoir soupçonnées de vol, parce qu’elle venait de retrouver, en petit tas sous ses dessous, le collier de saphirs, j’ai piqué un fou-rire. Surtout en raison de l’expression ahurie de Lila-Soizic.
J’ai trouvé le temps, entre deux furetages, de remettre le bijou à sa place.