... la cire chaude afin d'ôter ce duvet disgracieux qui enveloppe mon galuchat. Et le galuchat de tanche, c'est
pas du premier choix. Le duvet, pourtant, c'est tout doux, ça fait un petit matelas qui chatouille sous la caresse. Mais ce n'est pas à la mode. Les thons n'aiment pas les tanches poilues, alors
les tanches se résolvent à se brûler le cuir pour arracher l'infâme toison. La cire fond doucement. L'odeur est caractéristique. Ça fait une jolie couleur, du vert et du jaune mélangé. En
tournant avec la petite spatule en bois, je m'amuse à créer des marbrures. C'est comme ça quand on recharge l'appareil avec de la matière nouvelle. Bon, je raconte tout ça, parce que passer à
l'action, et ben c'est difficile. Même avec l'habitude, lorsque j'arrache la cire refroidie, j'ai comme la sensation d'ôter brutalement un sparadrap, dans un geste brutal et expéditif. Et si
j'explique, c'est pour que les thons, saumons, requins, et même les dauphins, se rendent compte à quel point c'est douloureux d'être une poissonne, à quel point nous avons des sacrifices à faire
pour tenter le brochet. Il y a des zones très sensibles. La pire étant... non, j'en cause pas, parce que ça se termine façon gore, au ciseau quand la cire s'est répandue là où elle n'était pas
désirée. Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire !
La Tanche, le 4 mars 2009
La petite phrase du jour
Je bois toujours le fond de mon verre et pourtant je ne sais jamais ce que je
pense.
Alfred Capus
Mercredi 4 mars 2009
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Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche