Il paraît que ça muscle les joues. Tous les matins, je me fais une séance. Je me plante devant ma glace et je
commence. Un clin d'œil pendant que je tords la bouche : cul de poule, cul d'autruche, virgule à droite, virgule à gauche. Un plissement de nez en tirant la langue, tentative pour toucher le bout
du nez, avec le bout de la langue, pas assez longue, trop dodue et crispée. Ou alors pas le nez assez plongeant. Je m'entraîne. Peut-être qu'un jour, j'aurai le courage de m'inscrire au concours
annuel du visage le plus improbable. C'est un moment de fête au marais. Quand tous les farfelus, les originaux viennent présenter à un public acquis, leurs créations de l'année. Il faut voir le
requin essayer un sourire tendre, où la raie imiter le désespoir de la crevette. La tanche que je suis, elle n'a pas de talent. Tout juste arrive-t-elle à ressembler à un rouget bouffi quand elle
gonfle ses joues, tout en écartant les ouies et en roulant des yeux.
Mais cela ne me fait même pas rire, alors... un public... Depuis un certain temps, j'ai trouvé un mouvement particulièrement intéressant. Je fais une sorte de sourire crispé, tout en contractant
les muscles du cou, en tirant le plus possible sur les oreilles, et je sens que ça me remonte la tétine. Je me dis qu'en faisant cet exercice là tous les matins, je vais peut-être réussir à
ralentir la grande dégringolade, l'inéluctable descente mammaire, qui ressemble à la dévalade olympique quand il faut aller chercher une médaille d'or.
La Tanche, le 9 mars 2009
La petite phrase du jour
La plus grande preuve d'amour qu'on puisse donner à une girafe, c'est de lui
tricoter un foulard.
Confucius
Lundi 9 mars 2009
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Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche