Tout m'échappe. Autant dire que j'ai la cervelle qui fait de l'huile, qui dégouline. Elle a du se barrer avec
la voisine, préférant une boîte crânienne juvénile à ma noix cabossée. Je n'aligne plus deux mots de suite, la moindre broutille me met l'échine en frisson, me pousse à aller me cacher dans le
limon. Je coince, je bloque, je cale, je colle, je grippe, je m'enraye. Ça ressemble à une toupie balancée par un sale gamin, un petit tour et une grosse pelle. Une tanche à la ramasse, voilà ce
que je suis. Une chose est sûre, c'est que ça doit arriver à tout le monde un jour ou l'autre. Ya qu'à observer le nombre de personnes qui parlent toutes seules dans la rue, qui marchent sur la
queue d'un chien, qui embrassent un poteau, qui ne remarquent pas une porte vitrée et s'écrasent le nez dessus. Il suffit de compter le nombre de crottes collées sur la vitrine du boucher pour
comprendre. La maladie du brûle-neurone guette, le virus du synapse qui se sauve est endémique. Et rien ne dit quand l'épidémie s'arrêtera ou atteindra le stade de catastrophe sanitaire et
sociale. C'est normal, pendant qu'on enfile ses chaussettes, il faut répondre au téléphone, tout en calculant si on a assez de monnaie pour le parking et en vérifiant qu'il y a du beurre dans le
frigo pour faire cuire le steak de midi. A l'usine d'emballage, c'est pire encore. Les ouvrières confondent perles blanches et perles noires, comptent dix par dix au lieu de deux par deux,
prennent le yaourt pour de la cire à cacheter, et tamponnent la nageoire de la voisine plutôt que le carton de perles. Pendant que le chef fait le train entre les allées pour lâcher la vapeur.
Tchou tchou. Mais à part ça, tout va bien.
La Tanche, le 10 mars 2009
La petite phrase du jour
Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu
viens.
Proverbe africain
Mardi 10 mars 2009
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Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche