Il y a des douleurs qui prennent au ventre. La Tanche que je suis en sait quelque chose. Une incertitude
amoureuse me jette dans les affres du doute, un échec m'enterre sous la vase du marais. Ce n'est pas de l'autre que je doute, c'est de moi, de ma capacité à plaire, à retenir. Et si, finalement,
je me mettais à m'en foutre, à ne plus accorder d'attention aux poissons qui passent, à ne plus tomber amoureuse. Ça ne sert à rien, l'amour, juste à illuminer quelques heures le regard, et à
l'embrumer, le mettre en eau, le reste de l'année. L'amour est un leurre que les petites poissonnes polissonnes avalent sans discernement. Elles passent des jours à tourner en rond au-dessus de
la tanière pour que le poisson-d'amour veuille bien venir froufrouter. Elles tricotent des petits coussins pour reposer les corps las de l'amour. Et puis rien n'arrive jamais. Quelle importance
d'ailleurs ! Il faut de tout dans ces grands fonds. Des crétines qui espèrent, fidèles, toujours disposées à tout pardonner, ce sont les tanches. Et des coriaces, qui hurlent, se pavanent, sont
tyranniques. Ce sont les sardines. Mais les poissons-d'amour se pendent toujours, au final, à la nageoire des sardines.
La Tanche, le 30 avril 2009
La petite phrase du jour
Une vraie douleur est capable de donner de l'intelligence à un imbécile,
toujours pour un temps, naturellement.
Dostoïevski
Jeudi 30 avril 2009
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Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche