Bizarrement, alors qu'une majorité de poiscailles déprime le dimanche soir, la tanche que je suis apprécie cet
instant là. D'abord, comme je me suis reposée le week-end, je peux tout foutre en l'air en traînant jusqu'à point d'heure. La nuit est délicieuse et c'est bien contrainte par mon job d'emballeuse
de perles, que je me tiens à un rythme de vie raisonnable. Sinon, je fonctionnerais à l'envers. Je me lèverais quand les autres tanches se couchent. Et j'irais pioncer quand les brochets
s'astiquent la nageoire, juste après la petite collation du matin. Une vie de tanche-artiste, en somme. C'est dans la profondeur mystérieuse de la nuit que j'aime le plus écrire, rêver, errer. Le
monde alors, au fond du marais, change brutalement. On ne croise plus les mêmes poissons que le jour, au détour d'un bout de corail ou d'une roche. L'absence de lumière enrobe les silhouettes
d'ombres inquiétantes, et les rires, dont on ne perçoit pas l'origine, se chargent de menaces diffuses. Se protéger dans son antre, regarder le dehors où s'agitent les baudroies noctambules, et
se bercer d'illusions d'aventures, juste pour agrémenter un quotidien réglé comme une horloge.
La Tanche, le 03 mai 2009
La petite phrase du jour
La nuit est comme un sanctuaire, elle porte à
l'intimité.
Jacques Ferron
Dimanche 3 mai 2009
7
03
/05
/Mai
/2009
08:17
1
-
Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche