Chaque matin, alors que je me lève frétillante, prête à remettre sur le sable mon tricot d'algues, voilà que
j'entends, perfide et tentatrice, ma balance qui me nargue. Le cri de la balance à l'aube a de quoi retourner le cœur d'un protozoaire. Elle est là à me guetter et dès que je pose un pied sur le
carrelage de la salle de bain, elle m'interpelle. « Monte moi ! Monte moi ! Contemple mon aiguille qui tangue à la limite haute de ton graillon. Ah ! les bon petits plats du lagon, ils te collent
à la bouée désormais. Tu en oublies toutes ces saveurs dégustées avec le sourire d'une raie qui plane... ».
Je hais cette balance mauvaise, gagnée, il y a fort longtemps, à la foire du crône. D'abord, elle pèse même pas juste, il faut dix minutes, pas moins, pour que l'aiguille parte du zéro. Si je n'y
prends pas garde, ma variation de masse avoisine la pesée d'un sumo après ses quinze poulets et sa grosse d'œufs. Je crois que je vais sortir mon plus beau marteau de son étui en galuchat, et que
je vais massacrer l'engin. Ça ne me permettra pas d'atteindre mon objectif immédiat, à savoir sécher comme une morue, mais au moins, je n'aurai plus à me boucher les ouies pour échapper à la
plainte incessante de cette peste.
C'est ça les tanches de ville, ça fonctionne à l'auto-martyre. Ça récupère des pèse-poissons faux comme le chant d'un triton aphone, et ça s'obstine à vouloir s'en servir. La chair est
faible.
La Tanche, le 13 mai 2009
La petite phrase du jour
La gastronomie est une profession de foie.
Paul Carvel
Mercredi 13 mai 2009
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Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche