Une amitié avec une poissonne-panée. Elle n'est pas née poissonne, mais devenue poissonne panée dans mon
marais. Panée, oui, pâmée, non. C'est une carrée, avec des yeux tantôt dans les coins, tantôt sur la tranche. Sur la tranche, pas sur la tanche. Bref, elle frétille dans mon antre aussi à l'aise
qu'une anguille dans une conche. Ceux qui connaissent le poitevin marais, savent bien que la conche se situe, en taille, entre la rigole et la conchiole. A moins que ce ne soit la rigole qui se
coince entre les deux autres. Qu'importe. La conche est une espèce de boulevard d'eau. Une rue d'eau.
Pour tout dire, c'est un cas, cette poissonne. Elle est unique. Elle ne dort pas, ou presque. Alors il faut imaginer qu'au moment le plus incongru, alors que vous quittez la pièce discrètement,
et qu'elle a, enfin, fermé l'œil, vous voyez friser une lueur goguenarde dans le bleu de sa prunelle alors que vous repoussez doucement la porte. ELLE NE DORT PAS ! et ça, c'est incompréhensible
pour moi, marmotte addicte au sommeil, au moins huit heures par jour.
Et puis, la tanche que je suis et la poissonne-panée sont aussi différentes que l'eau et le feu. Pourtant, ça marche. Nous arrivons à nous entendre comme les deux nageoires du même dos. C'est
dire ! Il y a des poissons comme ça, qui friment un peu, qui en rajoute question froideur et distance. Qui fabriquent des petits discours ciselés comme des chiffres sur un facture. Il suffit
cependant d'observer le sourire qui éventre la face étroite de la tranche, et l'amusement des yeux qui se déplacent trop vite, pour prendre la mesure de la tendresse qui se cache. Yep
!
La Tanche, le 19 mai 2009
La petite phrase du jour
La grande différence entre l'amour et l'amitié, c'est qu'il ne peut y avoir
d'amitié sans réciprocité.
Michel Tournier
Mardi 19 mai 2009
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Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche