En l'an de grâce 1678, un conteur de cinquante ans, un peu décati, déplumé, traînait ses guêtres le long de
la seine en sirotant un mauvais vin. Il était triste, le conteur. Ça sentait le roussi dans ses cahiers. A la lueur de la chandelle, d'une plume d'oie aventureuse, il gribouillait de jolies
histoires. Chaque soir il posait son ouvrage, et chaque matin, lorsqu'il l'ouvrait, il était saisi d'effroi. Ses héros mignons, ses personnages grognons refusaient, qui de rester dans sa foret,
qui de faire l'ogre.
Tout avait commencé le jour où il avait bousculé une gitane. C'était une gitane sale et mauvaise. Elle sentait le lisier et son sourire édenté dégageait une puanteur à peine supportable. Le
pauvre homme errait en quête d'inspiration, observant l'hirondelle et l'aubépine, quand il avait heurté la dame. Il eût beau bafouiller, s'excuser, l'œil noir de la sorcière murmura un mystérieux
sortilège. De ces mots maléfiques dont on devine la gravité sans que le langage soit compris. Elle n'avait pas parlé, juste regardé.
A cette époque, le bonhomme avait écrit nombre de livres qui comptaient déjà. Il se lançait dans des récits pour enfants, de merveilleuses légendes où les fées sont jolies et les bambins
innocents. Et, au matin qui suivit la collision, quand il ouvrit ce parchemin qu'il alimentait chaque jour des ciselures de son imagination, ce qu'il lut n'était pas ce qu'il avait noté. Et voici
ce qu'il lut...
La suite... demain, peut-être.
Lundi 25 mai 2009
1
25
/05
/Mai
/2009
22:33
9
-
Publié dans : Murmures à épisodes
-