Angelo est arrivé dans ma vie un matin, aux Puces de Montreuil. Il traînait sur un
coin de table, comme un ange déchu, inutile. Pour quelques francs (à l’époque), il a quitté sa table et rejoint ma poche. Arrivé à la maison, il s’est tout naturellement installé sur mon chevet.
Il n’est plus jamais sorti de ma chambre, sauf, parfois, à l’occasion d’un déménagement. Je ne sais pas si Angelo le joufflu est un ange gardien. Ce que je
sais, c’est qu’il veille sur mes rêves, que, parfois même, il les alimente. Il me raconte des histoires.
Un jour, il me raconta l’histoire de Proserpine, la prostituée romaine, amoureuse d’un mirmillon. Le gladiateur, prise d’une guerre injuste, ne cessait, à coup de trident, à coup de filet, de se
tailler un chemin vers la liberté. Certains soir, lorsqu’il le pouvait, il s’en allait payer de la tendresse au bordel. Il choisissait immuablement la même hétaïre, Proserpine la ronde. Une drôle
d’histoire d’amour, sur fond de sang , était né entre ces deux êtres, l’esclave et la femme publique.
Le mirmillon, de combat en combat, gagna sa liberté.
Il partit, rejoindre l’épouse dans un lointain pays, bien au delà de la mer intérieure. Proserpine n’aima plus jamais. Ses larmes se tarirent un jour, à force de temps. Désormais, froide comme un
marbre, elle vendait son corps sans même un regard sur ces amants de passage. Quelques fois, elle se baladait dans un jardin fleuri de lys blancs et se cueillait une brassée de ces fleurs
altières.
Et bien, au matin de la nuit où Angelo me fit don de ce rêve, j’ai trouvé, au pied de mon lit, une brassée de lys blancs fanés.
Mercredi 12 juillet 2006
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Publié dans : Dialogues et monologues