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La preuve par les tomates. Je navigue depuis deux semaines déjà au lagon, celui qui m’attire tant et que j’aime encore plus, maintenant que j’en vois mieux les scories. Deux semaines à me gaver d’images et de couleurs, mais c’est Penny qui se chargera de raconter. N’empêche que, l’autre soir, alors que nous avions, la poissonne panée et moi, posé nos pénates sur un lit de sable, que l’on nomme désert, je me suis mise dans la tête d’éplucher les tomates. Comme toute tanche bien éduquée, je voulais participer à la confection de la tambouille dinatoire. Le gentil sahraoui qui était notre hôte me laissa bien m’agiter, et, sous ces contrées harassées de soleil, s’agiter mouille. Me voilà qui met à chauffer l’eau pour ébouillanter les jolies rondes et rouges tomates. Jusqu’ici, tout va bien. Je plonge mes tomates dans l’eau bouillante, les laisse se ramollir la minute nécessaire et suffisante, et pose la gamelle sur la table. Là, je ne sais pas ce qu’il me prend, mais il me vient l’idée d’une apparente urgence à partager avec mon amie panée. Je m’absente de mon poste quelques secondes, durant lesquelles j’évacue illico presto mes faits et gestes immédiats. Et, quand, je reviens, je m’assoie, j’attrape un couteau et plonge avec entrain ma main dans la gamelle pour me saisir de la première tomate candidate à l’épluchage. Euh ! C’est chaud. Heureusement que je suis une tanche bavarde, sinon je me torchais la main à 100°C, à trois heures de piste du premier dispensaire. L’eau avait un poil refroidi. N’empêche que j’ai poussé un vigoureux gémissement en prenant conscience que j’étais entrain de m’ébouillanter, comme mes tomates.
La Tanche, le 2 août 2009
Quand on n’a pas de cervelle, On épluche les tomates à froid.
Pénélope Héra