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Regarde la, elle a presque entamé la dernière course de sa vie, celle qui fut cette petite fille, cette ronde gamine, joufflue, affamée, riante. Parfois, dans sa vie, l’amour s’est penché, parfois. Souvent, les larmes l’ont inondée, souvent. Ses lendemains n’ont plus beaucoup de promesses, elle a déjà tourné le dos à sa jeunesse. Mais si ces instants qui lui restent sont comptés, alors qu’ils comptent le double.

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Si tu la rencontres, quelque part au coin d’une rue, sapée comme une gamine, c’est qu’elle brûle ses dernières cartouches. Elle s’accroche aux lambeaux de ses vingt ans avant qu’ils ne se diluent dans les années. Elle marche avec, dans chaque main, ses souvenirs qui la rassurent. Elle porte ses joies comme une écharpe à son cou, légère et virevoltant dans l’air des printemps précoces. Elle sème ses peines, des petits cailloux sur une déjà longue route, qui l’allègent et vident ses poches. Elle a marqué de mots ses tendres égarements, marqué de peaux ses tendres émois. Il ne reste presque rien des avants des amants, quelques prénoms cachés dans un coin de mémoire.

Si tu la rencontres, sans doute perchée sur un lit de refuge, close dans un regard qui s’ouvre, balayant le paysage du haut de sa montagne, prends lui le cœur qu’elle tendra. Son cœur n’est pas geôle, il ne broie pas, il est tendu vers un ciel. C’est un cœur à voler, emprunter, puis à rendre. Elle se résigne à devoir le garder, puisque jamais personne n’en a vraiment voulu. Mais c’est cadeau que de le recueillir quelques jours, quelques mois, pour qu’elle repose et qu’un autre se charge de lui. Ce n’est pas un cœur tout neuf, ce n’est pas une première main, il est parfois usé là où il fut touché, mais il sait encore aimer.

Si tu la rencontres, les jupon relevés, ne la juge pas à la mesure d’une injuste morale. Ses jupons ne se relèvent jamais plus d’ennui. Ils ne soulèvent désormais qu’à la lueur d’un œil vert, qu’à la douceur d’un sourire timide, qu’à l’impérieux d’un désir ardent. Ses jupons là ne sont pas cruels, ils virevoltent sur sa terre, ils inventent des arcs-en-ciel. Ils font ses ondées et ses rayons d’un soleil déjà blanc. Ils se déchirent, ils se raccommodent au gré de ses orages. Ils cachent aussi les chagrins en errance, ils consolent les douleurs à vider, les souffrances à déverser.

Si tu la rencontres, changeante, insaisissable, et qu’elle glisse entre tes doigts, serre là fort pour la retenir. Le velouté de sa peau frissonne déjà. Elle se courbera, jouant tes jeux, les yeux écarquillés de se découvrir jouissance. Et si elle a perdu la fraîcheur de sa jeunesse, elle a écrit tant de candeur entre ses rides. Cueilles ses dernières fleurs, elle sera fontaine…


Lundi 12 mars 2007 1 12 /03 /Mars /2007 21:39
- Vous fûtes plusieurs... 8 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons
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