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Des fois, la vie ressemble à un impétueux ruisseau de montagne qui tarit au premier soleil. Le mienne a été de celles là, bouillonnante mais stérile. Parfois, elle prend des odeurs de tombeau, elle me paraît déjà brouter les marguerites. Bien sûr il me reste encore de beaux jours à embrasser, sans doute de jolies rencontres qui m’attendent au coin d’une rue, bien sûr. Mais quand je me retourne, j’aperçois une terre brûlée, des visages d’hommes qui défilent, qui passent et finissent par s’estomper. Je crois bien d’ailleurs que je suis responsable de ces éphémères amours, j’avais bien trop de couilles pour courber l’échine ou encore pour supporter la médiocrité d’un quotidien convenu. J’ai été bâtisseuse, j’en ai remis d’aplomb, des messieurs en partance pour de sordides dérives… J’en ai consolé des chagrins dont je n’étais pas la cause. J’en ai bercé des détresses qui, une fois guéries, allaient se scotcher à d’autres horizons. Parfois, j’ai croisé une main tendue, mais si peu finalement. Et je n’ai pas eu d’enfant, mon corps n’a pas voulu. Quand je regarde tous ces naufragés du couple que je côtoie, je me demande souvent s’ils savent le bonheur d’un sourire dans leur nuit, le sourire de cette vie qu’ils ont fait naître.
Des fois, il y a des vies qui ne servent à rien…
Je crois que je n’ai plus le courage d’aimer, plus l’envie de m’investir à nouveau, plus le désir de me battre encore et toujours pour que naisse une histoire. Peu à peu mon cœur se ferme, mes larmes sèchent, mon ventre s’endort. Regarder vers demain me semble vain, compliqué. Mes dernières années se résument à des gestes avortés : l’un est bien trop loin, l’autre n’est pas libre, celui là est en crise, et celui ci devenu aussi farouche et solitaire que moi. Cela n’a plus d’importance, je l’ai rencontrée, Elle. Elle vient de s’installer dans ma vie, pimpante, agile, nerveuse. Ce matin, je suis passée la prendre et nous avons fait notre première ballade. Nous avons avalé une bonne centaine de kilomètres, collées l’une à l’autre, juste pour aller boire un Perrier, à la terrasse d’un café, au bord du Rhône. Il faisait bon rouler, chaud sous les pins du col de la République. J’en ai croisé des esseulés comme moi, qui virevoltaient dans les lacets de cette jolie route de montagne. Et j’ai retrouvé l’espèce de d’amicale chaleur, cette solidarité du motard qui adresse un petit geste de la main à l’autre.
Elle et moi, je ne sais ce que durera notre histoire, peu importe. Mais si je dois partir un jour, j’aimerais l’accompagner dans un grand plongeon, dévaler quelque ravin grandiose, voir le ciel une dernière fois, et dormir, enfin.