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Voilà plusieurs jours que je croise le questionnaire de Proust au fil de mes errances sur la toile. Dans un premier temps, je l’ai récupéré et puis j’ai répondu. Oui mais, en faisant le tour de mes archives, j’ai pu constater qu’il m’arrive souvent de piquer des jeux de ce type, surtout quand ma vie m’enquiquine, et que répondant, forcément, je me montre à mon avantage. Comme tout le monde d’ailleurs.
En ce moment, j’ai une énorme dose de hargne à sortir, alors, me la jouer gentillette et proprette, et bien je n’en ai pas envie. J’ai envie de mordre, de déchirer, de déchiqueter, de cogner, de griffer, de taper, d’éclater, d’assommer, de taillader, d’éventrer, de laminer, d’écraser, de battre, de brutaliser, de blesser, de crever, d’exploser, de boxer, d’étriper, d’aplatir, de broyer, de meurtrir, de mutiler, d’estropier, d’écloper, de défigurer, d’empaler, de percer, d’embrocher, de découper, de trancher, d’étrangler, d’étouffer, de noyer, de garrotter, d’assassiner… Et oui ! Ça arrive..
Donc, j’ai mis au point mon propre questionnaire.
« Questionnaire de PROUT ».
Le trait de mon caractère dont je ne suis pas fière : Une vanité teintée de suffisance. D’abord, ce fut pour me protéger, parce que je n’ai pas vraiment confiance en moi. Et puis, c’est devenu un comportement qui me dérange souvent, mais qui est bien pratique quand je veux créer une distance entre l’autre et moi. Alors, maintenant, il m’arrive de m’en servir, tout en me la jouant « pauv’ chose qui ne sait pas comment faire autrement ». Je pourrais sans doute, mais je n’ai pas l’énergie. Je travaille à améliorer ce travers, ben voui quand même.
Une qualité qui me gêne chez un homme : la fidélité. Pitin ! Les mecs les plus sympas -enfin dans mon entourage géographiquement proche, je précise- ils ne sont pas libres, et en plus ils aiment leur compagne. Fait chier !
Une qualité dite « féminine » que je ne voudrais pas avoir : Je ne veux pas être une bonne maîtresse de maison. M’en fout du ménage et de toutes ces conneries. Qui a dit qu’il fallait pouvoir manger sur le sol ? Quant à repasser la chemise de Monsieur…
Comment je me comporte en amitié : Souvent mal, par bêtise et par manque d’attention. J’ai laissé des liens se défaire par fainéantise, et je le regrette. Mes amitiés tiennent plus aux efforts de mes amis qu’aux miens. Je ne sais pas pourquoi, puisque je les aime mes amis.
Le défaut que je préfère chez moi : Je suis grande gueule et ça me fait rire. Et même que, des fois, je fais du vent.
Les occupations qui m’ennuient : Aller au boulot tous les jours. Ras le bol de contribuer à la vie sociale, à l’économie. Je voudrais glander, glander, glander, être prise en charge, me taper une grande tranche de « rien faire ».
Mon rêve d’un moment de bonheur mesquin : Faire de vraies vacheries aux hommes qui m’ont blessée. Va falloir que je m’entraîne. Ras le bol d’être la gentille conne qui avale tout. Ma patience est épuisée.
Quel malheur je souhaite à certains pour me défouler : D’être plaqués, abandonnés, méprisés, détestés, seuls, vieux et moches.
Ce que je ne voudrais pas être : Sœur Térésa, j’ai beaucoup de méfiance envers ceux qui se « sacrifient ». Je me demande toujours quelle maladie mentale une attitude oblative camoufle. Je sais, c’est pas gentil pour toutes les icônes de l’humanitaire que de penser qu’ils ont un pète au casque.
Le pays où je n’ai pas envie de vivre : aux Etats-Unis. Je ne connais pas, mais, dans ma tête, c’est « Pays de chiotte ». Pas objectif ? Ignorance ? M’en fout, j’ai pas envie d’être objective ou d’aller voir. Quoique… la France sous Sarko aurait tendance à m’inquiéter…
La couleur que je n’aime pas : Le marron caca d’oie. Ça me rappelle les odeurs de fiente de poulet dans les basses cours.
La fleur que je n’aime pas : La langue de belle-mère. D’abord parce que dans la plupart des cas, la fleur est verte, c’est pas une couleur pour une fleur. Pour le nom, ensuite, qui me rappelle trop bien les spécimens de ces dames qui ont traversé ma vie. Je ferais mieux de les oublier, d’ailleurs.
L’oiseau qui m’indispose : Le merle. Oups ! le Rossignol, je veux dire... Enfin, celui qui est de l'aube et qui chante. Il me réveille le matin alors que je ne lui ai rien demandé. Z’avez pas une carabine ?
Les auteurs en prose que je ne lis pas : Balzac, Zola, Stendhal, Flaubert. A la première phrase je fais un effort d’attention. A la première virgule, je baille. Au premier point-virgule, je ronfle. Et puis comme il est de bon ton de s’intéresser à la littérature classique, et ben j’ai pas envie, du coup.
Les poètes que je n’apprécie pas : René Char, Saint John Perse, et une certaine poésie contemporaine à laquelle je ne comprends strictement rien. Je leur en veux de me sentir stupide.
Les méchants dans la fiction qui me font délirer : Le Prince de Machiavel. Parce qu’il théorise en affirmant qu’il vaut mieux assassiner un seul homme, qu’en tuer 10.000 au champ de bataille. Comme je le comprends. Machiavélique ? Probablement, mais ça ressemble tellement à notre monde.
Les méchantes dans la fiction qui me font baver d’envie : La Méduse, la Gorgone, pétrifier l’autre d’un regard, quel pied ! Mais je serais une Méduse pour bonhomme uniquement, et s’il n’a pas été performant (hi hi hi) ou s’il me contrarie, me contredit, m’énerve. Méduser à ma convenance, voilà une idée qu’elle est bonne !
Les méchants dans la vie réelle qui me font délirer : Néron. Elever le crime au rang d’activité artistique, c’est bluffant. Assassiner en déclamant de la poésie. Faire zigouiller sa mère parce qu’elle lui pisse à la raie. Faire incendier Rome par souci esthétique… J’avoue que ça m’en bouche un coin. Un accessit pour Caligula qui fit déifier son cheval. Ça prouve qu’avec du pouvoir, on peut faire avaler n’importe quoi au peuple.
Les méchantes dans la vie réelle qui me font baver d’envie : Lucrèce Borgia. Quelle femme ! Bien qu’il me semble qu’une partie de ce qu’on raconte soit de l’ordre de la légende. N’empêche, prendre des amants, les empoisonner ou les faire abattre quand ils deviennent encombrants, ou encore qu’ils vous font de la peine. Ça fait rêver. Dans le même genre, il y a Messaline.
Les compositeurs de musique que je n’arrive pas à écouter : Debussy, Massenet, Boulez, toute la musique classique du XXième siècle, ça m’écorche les tympans. Dommage, ça fait chic d’en parler en connaisseur dans les dîners en ville.
Les peintres qui m’agressent : Basquiat, Bacon, l’art conceptuel en général, et l’Arte Povera en particulier. Il va falloir m’expliquer l’intérêt de laisser pourrir une salade dans son cageot au Musée d’Art Moderne. Et puis, vu que les collections publiques doivent être entretenues, à l’identique, c’est la loi en France, je voudrais qu’on m’explique également comment on restaure une salade décomposée.
Les mots que je n’aime pas entendre : en ce moment ? Tous les mots qui parlent de campagne et de nature… air, eau, feuilles, herbe, buisson, arbres, fleur, … On s’y emmerde tant ! Envie de polluer avec ma moto, envie de rester deux heures sous la douche, pas envie de rincer la vaisselle dans une petite cuvette, à la fin, elle est grasse, la vaisselle. Mais bon, c’est une crise, ça va passer, parce que j’y tiens, à ma planète, et que, raisonnablement, il faut s’en préoccuper.
Ce que je devrais détester et que je n’arrive pas à détester : Les menteurs et les mythomanes. Mon imagination se trouve titillée souvent des ahurissantes constructions de l’esprit de ce type d’individus. De plus, j’éprouve un malin plaisir à leur faire sentir que je ne suis pas dupe. Qui a dit que j’étais sadique ?
Personnes historiques que je devrais mépriser, mais que j’admire en secret : César Borgia. Fils de pape, frère de Lucrèce, bisexuel, incestueux, vérolé, manipulateur, sadique, violent, mais fin politique. Il avait l’idée de la grandeur de l’Italie avant tout le monde, alors qu’il était espagnol. Personnage flamboyant, mort bêtement dans une bataille après avoir déchu de son presque trône. Un destin, et les destins m’impressionnent, même lorsqu’ils versent dans le maléfique. Qui a dit qu’il ne fallait admirer que des « gentils » ?
Ce que je pense de la guerre et des militaires : Il est de bon ton de dire que l’on n’aime ni la guerre, ni les militaires. Mais qui n’est pas fasciné par Alexandre le Grand, Ulysse, César, Vercingétorix, Attila, Ramsès 2, Gengis Khan. La guerre, elle est toujours héroïque, épique, quand elle est située dans un temps ancien. Alors, Hannibal sur ses éléphants, j’aurais bien aimé voir ça.
La réforme qui me fait tordre le nez : Je n’en sais rien, je m’en contrefous pour tout dire. Comme la plupart de mes concitoyens, ce qui m’interpelle est ce qui me concerne directement. Et, dans l’immédiat, la politique me gave tellement que je zappe dès que j’aperçois un bout de nez de candidat à la télé.
Le don de la nature que je ne voudrais surtout pas avoir : être charitable. Beurk ! Voilà une chose que je trouve moche, je ne sais même pas pourquoi.
Comment je n’aimerais pas mourir : dans mon lit et très vieille. Je voudrais bien d’une mort romantique, au guidon de ma moto, ou alors parce que j’aurais choisi le jour et l’heure.
Quelle vacherie j’aurais envie de faire et à qui, dans l’immédiat : je vois bien deux ou trois messieurs, de ceux qui m’ont laissé des estafilades, que j’aurais un vrai plaisir à émasculer (enfin si tant est qu'ils aient encore des bijoux de famille). J’imagine qu’ils auraient sans doute envie, eux aussi, de me faire subir quelque traitement désagréable, après tout, les ratages, c’est toujours à deux.
Ce que je ne suis pas capable de pardonner : les ruptures, qu’elles soient de mon fait ou de celui de l’autre. L’idée de ne jamais revoir une personne que j’ai aimée, ou seulement de l’entrapercevoir, en ayant perdu l’intimité, est un vrai déchirement pour moi. Mais comme je ne supporte pas de rencontrer amicalement mes amours défuntes, c’est insoluble.
Une devise méchante qui m’inspire de la sympathie : « Il vaut mieux être cocu que veuf, il y a moins de formalités » - Alphonse Allais. J’en sais quelque chose. Ou encore : « Il ne faut jamais gifler un sourd. Il perd la moitié du plaisir. Il sent la gifle mais il ne l’entend pas » - Georges Courteline. Je la trouve d’une rare méchanceté, celle là.
Waouh !!! Je me sens mieux d’un coup. C’est toujours un excellent défouloir que de déverser sa hargne par écrit. D’ailleurs, si certains se sentent de se coller à ce questionnaire de Prout, surtout qu’ils ne se gênent pas. Je me ferai un plaisir d’aller les lire.