La forêt bruissait. Une tiède averse hivernale, avait rafraîchit les pousses jeunes des fougères assoiffées. La nuit, déjà, tombait, couvrant d’ombres la pénombre sous les frondaisons. Et la tribu d’Oumobo se réveilla, frémit. Une agitation fébrile s’empara des Oumobo-Soldats. Ils se préparaient. Qui fourbissait les lances ; qui brûlait les pointes des flèches, pour les durcir ; qui concoctait quelque mixture magique pour tremper ces pointes justes affutées.

Ce soir, cette nuit, ce serait la nuit de la Grande Chasse.

La pleine lune veillait sur la tribu. Les guerriers, à la lumière blafarde, traqueraient et tueraient la Bête. Parce qu’une Bête, tapie quelque part entre les grands arbres, inquiétait les femelles, effrayait les petits. Désormais, l’on dormait blotti contre son voisin, à peine inconscient, toujours en éveil, à surveiller les alentours, sous les paupières à demi closes. Les enfants criaient dans un sommeil troublé de cauchemars.

La Bête, on l’avait aperçue à l’orée du village, guetter de son œil rond. Elle était pâle, la Bête, couverte d’une fourrure aux couleurs inconnues. A certains endroits, le pelage cédait, et la peau, d’un rose écœurant, rappelait celle d’un cochon rachitique. Certains qui l’avaient aperçue la disaient immense. D’autres racontaient qu’elle avait voulu s’emparer d’un nourrisson pour s’en repaître. Il y avait celui qui l’avait vue baver, les babine relevées sur des crocs acérés. Et il y avait celui qui l’avait longuement observée, alors qu’elle déchirait de la viande crue entre ses griffes tranchantes.

A force, la légende de la Bête blanche courait, résonnait jusqu’aux confins de la terre connue.

Oumobo, le chef de la tribu, donna l’ordre d’éparpillement à ses troupes. Chacun connaissait son poste de guet.

La forêt ne respirait plus. Même la canopée retenait son souffle. Vivante, attentive, elle pressentait que cette nuit là serait sinistre autant que tragique. Les insectes avaient cessé de crisser. Les serpents ne rampaient plus. Les oiseaux ne babillaient plus. Et le vent n’osait pas courber les plantes. Le temps était figé.

On entendit, rompant le silence, le cri terrifié de la Bête. Bouto, le fils d’Oumobo, l’avait délogée de sa tanière. Elle avait couru, jusqu'à ce que la falaise ne la piège, trouvant refuge dans un trou de la paroi. Les Oumobo-Soldats l’encerclaient. Elle avait l’air moins dangereux, maintenant qu’elle chancelait, adossée à la roche suintante. La tribu, qui s’était peu à peu regroupée à l’entrée de la grotte, eût, presque, un moment d’hésitation.

Personne ne sut jamais qui décocha la première flèche. Ce fut la curée. Quand la colère, mêlée de peur, s’éteignit, il ne restait sur le sol qu’une masse sanguinolente et quelques os brisés.

Le premier Homo Sapiens venait d’être exterminé. Il n’essaimerait jamais. Et son règne n’adviendrait pas, qui aurait pu malmener cette planète là. Prédateur.


homosapiens


Texte écrit à partir d’un atelier d’écriture, au mois de décembre dernier, en collaboration avec une amie.

Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 21:04
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs
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