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Je fulmine plutôt. Faut dire que, coincée sur un salon tout le week-end, où je présentais un lot de perles remarquables dans des emballages de toute beauté, j’ai comme un souci avec le public des anchois dominicaux. Vendredi et samedi, les rencontres étaient agréables, les sardines intéressées. Mais aujourd’hui ! C’était le jour du thon de base, de la morue sablée, du marlin quotidien. Ça déambulait dans les allées en laissant l’alevin vivre sa vie d’alevin, sans se préoccuper des dégâts que ces chers petits, gavés de plancton mais surement pas dressés, pourraient commettre. Et pis les réflexions !!! Du nanan, du pur jus d’idiotie, de l’extrait d’arrogance, du parfum de bêtise.
Bref, si une perle grand luxe, travaillée pendant des semaines, emballée dans une boite signée par Pobla Pakisso coûte plus que 10 fifrelins, c’est déjà trop cher. Du Thon ! Donne un pinceau à ta sole, puisque c’est ce que tu penses, et laisse là barbouiller ton antre. On verra si le résultat est du même ordre.
Le pire : deux incidents croquignolesques…
… Monsieur et Madame Morue, accompagnés d’un adolescent boutonneux, passent sans jeter un œil. Ils ont l’air d’être des harengs-professaurs. Ya des museaux comme ça. Morussot commence à tripoter le montant de mon stand. Je précise, quand on tripote, on fait tout basculer, c’est du stand de foire, pas de la cabane au Canada. Je fronce un sourcil parce que Maman Morue ne dit rien. Le gamin s’arrête, mais il me lance un regard qui a l’air de dire « Salope, tu m’empêches de faire mes expériences de Morussot, je te pète la vessie à la première occase ! ».
… Artiste emballeuse qui donne des cours, pour arrondir ses fins de mois. Madame Sardine, intéressée, se renseigne. Artiste donne les prix et les conditions des stages. Pas vraiment onéreux : dix fifrelins de l’heure, fournitures comprises. A peine le salaire méditerranéen d’ingestion garanti. Madame Sardine s’offusque : « Comment ! Vous faites payer la formation !!! ». Mais non ! La Thonne, je vis d’eau et de compliments ! Pas de soucis !
J’en pouvais plus quand le salon a fermé ses portes : nageoires en compote, cerveau en vrac. Le pire, c’est qu’il avait neigé au marais, et verglacé, accessoirement. Je devais ramener une partie de l’expo au bureau. N’écoutant que mon courage, j’ai même fait une pointe de vitesse à 22 km/h. Ben voui, faut vivre dangereusement.
La Tanche, le 7 mars 2010
Quand on est Thon, c’est pour la vie entière, faut s’faire une raison.
Jean Belin