Vu que je suis sèche comme une morue dans une caque, je vais aller chercher mon inspiration dans ce morne quotidien, dans l’anecdote, dans les débordements que je trouverai.
En parlant de débordement, j’ai justement une douche qui me reste en travers du gosier. 245 000 fifrelins, le prix de la douche. Et, du coup, je m’interroge. Nous avons un Grand Triton qui doit s’astiquer au n°5 de chez Chamelle. A moins qu’il ne supporte que de tourner des robinets en platine massif, incrustés de gros diamants. Peut-être que la douche en question offrait un hologramme de sa tendre et douce pour lui frotter la nageoire et le reste ? J’ai beau me creuser mon neurone, je ne trouve pas d’explication à un tel flot de fifrelins pour un geyser. D’accord, c’est le chef, mais quand même, ça laisse la tanche que je suis rêveuse.
La Cour des Congres, elle vient de publier la gestion des sous du Palais de Mesbrisées. C’est gaspillage et avanies. Ça fait dans le festin et la gabegie. Ya de quoi se mordre la vessie natatoire de rage. Ah ! le Grand Triton, y fait dans la représentation, dans l’image de la nation.
Pendant qu’il avale des repas à 5 000 fifrelins par personne, il nous verse une petite larme sur la culture du concombre de mer et la difficulté des producteurs de lait d’hippocampe. Y ferait mieux de faire camembert, oui. Surtout quand son petit alevin, le pauvre, avec son nom trop connu, se voit fermer l’accès à des fonctions où il aurait pu exercer ses compétences de fils de Triton.
Le marais souffre. Et pendant ce temps là, le chef s’empiffre. Avec de jolis discours destinés au poisson moyen, afin qu’il supporte stoïquement les affres de la crise. Avec l’œil frémissant de compassion, pendant que sa vie quotidienne de Grand Triton plombe la cassette.
Moi, je ne suis qu’une tanche, qui a du mal à trimer, qui a du mal à payer ses factures, qui a du mal à rêver, depuis peu, faute de moyens. Et encore, j’ai un boulot d’emballeuse de perle…
Je me demande vraiment ce qu'en pensent les sardines et autres lamproies qui comptent chaque centime, quand elles lisent qu’une douche coûte 245 000 fifrelins. 10 ans de vie quotidienne, au bas mot. Et pas si mal. Pour 4 heures de lavette, d’astiquage, de récurage, de peaufinage.
Ça fait 1 020 fifrelins la minute. A ce prix là, je veux bien me laver cinq minutes par jour à la place du Grand Triton, ça lui fera gagner du temps pour réfléchir à toutes les congreries qu’il raconte, ou qu’il fait.
La Tanche, le 28 octobre 2009
La politique, c’est d’abord une volonté, c’est ensuite des réalités.
Charles de Gaulle