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De ma lettre au Père Marcel, c’est de saison.
« Cher Père Marcel,
J’imagine que tu débordes de sollicitations et que ta boîte à lettres regorge de bafouilles. Je vais pas t’embêter très longtemps. Mais, comme c’est la période, ben faut que je me fende de ma petite missive de fond de marais.
Tu me connais bien, maintenant. Ça fait cinquante ans que je te réclame des tas de choses. Quand j’étais un alevin à peine éclos, c’était toujours des babioles. De toutes les façons je m’amusais mieux avec les cartons d’emballage qu’avec les contenants. Et comme je cassais tout, en bonne tanche gauche comme un droitier à qui on a coupé la nageoire droite, les joujoux ne duraient que le temps d’une fonte de neige.
Ya pas si longtemps, je voulais que tu me trouves un doudou d’amour. Et t’avais pas ça en stock. C’est une denrée rare, le doudou d’amour. Aussi rare que du bon caviar.
Aujourd’hui, je ne sais plus ce que je veux, mais ce que je ne veux pas, ah ! ça ! oui !
Je ne veux plus d’objets qui vont mourir sur des étagères et qui vont m’attacher à un lieu, un souvenir, qui vont m’enchaîner. Les objets, en ce moment, je les jette ou je les donne, vu que je vais changer de frayère. Et pis, ya déjà trop de poissons qui se ruinent à sacrifier au mode de consommation qu’on nous fait prendre pour du bonheur. Je ne veux plus contribuer à cette gabegie là.
Je ne veux plus de thon qui s’affranchit de sa thonne et qui vient manger dans mon auge le temps de reconstituer son stock de fifrelins. Je ne veux plus de poisson-volant qui s’offre un bol d’air à mes dépens. Ni de chanteur trop marié qui déglingue sa moitié avant de retourner sagement au bercail, la vessie natatoire piteuse et l’ouïe frétillante. Je ne veux plus de merlu ronchon qui me cantonne au rôle de grosse oreille.
En fait, je ne veux plus rien… ou enfin si, de tous petits bonheurs. Celui d’être surprise. Un sourire. Un gentil message. Et le courage d’écrire encore.
Merci d’avance, cher Père Marcel. Prends des forces avant d’atteler tes hippocampes à ta chariote et d’entamer ta longue tournée. »
La Tanche, le 23 décembre 2009
Le père Noël ne fait jamais de réveillon dans sa maison, car il rentre au mois de mai ; ce n'est plus la saison.
Francis Blanche