Et voui ! Je suis une tanche sensible. Je ne peux pas m’empêcher d’adopter de la vaisselle abandonnée. L’autre jour, en me baladant dans un grand antre vide, j’ai aperçu un tas de porcelaines oubliées, sales dans un évier.
N’écoutant que mon cœur de sardine, j’ai, derechef, été ausculter les pauvres plateries méprisées. Elles z’étaient pas trop en forme. Entre les miettes d’une vieille chocolatine pourrie et la poussière accumulée, c’est tout juste si elles arrivaient à respirer. Elles souffretaient, miteuses, crades, dans un coin de cuisine. J’en ai eu la larme qui sourdait à l’œil.
Je les ai recueillies. Bien qu’envisageant un déménagement prochain, dans une grotte bien plus petite. Autant dire que je jette des tas de cochonneries accumulées de la nageoire droite, et que la gauche ramène à la maison des petites choses négligées par leur précédent propriétaire.
Je ne suis pas prête de désengorger mes pénates.
N’empêche. Après les avoir lavées, mes petites assiettes frétillent comme alevin à la première promenade, dans l’égouttoir. Elles rutilent. Elles chuchotent la nuit. Elles se racontent leurs souvenirs de repas et frissonnent de plaisir. Au lieu de se couvrir peu à peu de graillon et de détritus collés, et bien elles vont connaître les tapas et la lessive.
Et mes armoires vont continuer à rouspéter. Trop pleines, jusqu’à l’indigestion. D’ailleurs, je les entends
souvent râler que je pourrais organiser un festin pour quarante noceurs, alors que dans mon fond de marais, je suis aussi seule qu'une plie baba.
La Tanche, le 8 octobre 2009
Jean-Claude Van Damme