Comme ça, Pasclair a été condamné à rembourser tout plein de fifrelins à ses fournisseurs. Quelle bonne nouvelle !!!
« Pratiques abusives ». C’est presque modéré comme expression. Et 23 M de fifrelins, presque une caresse.
Maintenant qu’il y a prescription, je peux avouer, à ma grande honte, m’être compromise dix-huit mois durant, dans cet univers impitoyable. Bien pire que tous les Mallas et leurs infâmes Juairs. C’était au temps où je croyais aux vertus des grandes surfaces. C’était au temps où je croyais que consommer c’était exister.
Quelle ne fut pas ma déconvenue d’observer le back-office, l’arrière des caisses, des rayons et autres gondoles. Quelle ne fut pas ma douleur d’apprendre qu’on pouvait humilier, briser les poissons travailleurs au profit de hobereaux de province, qui, dans leur toute puissance patronale, se gargarisaient de contraindre leur masse salariale à quelques deux pour cent de leur chiffre d'affaire, tout en s’offrant des châteaux.
Mais pour moi, jeune emballeuse de perles à cette époque, le plus saumâtre c’était d’animer les sessions de formation à l’emballage de la perle discount. Je récupérais, au matin, des chefs-chefs suant, bafouillant et dormant. Ils avaient, dès l’aube, fait leur première journée avant de venir « s’éduquer ». Et en guise de message d’encouragement, c’était :
-« Ben, mon Thon, si tu comprends rien à ce que la dame va te raconter, tu en seras quitte pour aller mettre en rayon ton profil chez madame A. Ainepéeu »-.
Le pire étant de recevoir, en couple, Messieurs et Mesdames les Hobereaux, qui, pendant que j’expliquais, se faisaient des papouilles, genre : concours du couple le plus roucoulant. Où encore galégeaient en utilisant un petit logiciel de messagerie instantanée. J’avais l’impression de parler à une bande de harengs en train de sécher sur un fil.
Et puis, que dire des pratiques de « négociation » consistant à plumer le fournisseur ? L’idée officielle était d’offrir le meilleur prix aux clients. Wallou, le meilleur prix ! A marge zéro les pâtes qui mettent dix heures à cuire, les biscuits composés de farine et de produits chimiques, les yaourts sans lait et les légumes presque inconsommables. A marge vingt pour cent les produits corrects qu’il conviendrait de mettre dans les auges.
Mais le pompon, c’était, en montant dans les bureaux, la photo en pied des augustes fondateurs de la dynastie. Un peu comme si en rentrait au palais de Mesbrisées. A croire qu’il fallait s’intégrer dans une grande famille.
Alors, si je revois ce très cher philosophico-psycho-ethno-parleur de Maraîche-Engraulidae Pasclair théoriser sur les valeurs de la Grande Distrib’ et des services rendus à ce pauvre peuple, je vais me bidonner. Je vais penser aux 23 M de fifrelins. Qui vont finir en cassation, pour sûr !
Je n’ai jamais plus remis les pieds, pour mes besoins personnels, chez Pasclair. Depuis quelques années, du reste, je ne vais plus faire les emplettes destinées à mon quotidien, dans ce type d’établissement.