Normal, je quitte l’antre trop grande et trop encombrée pour un petit chez moi à moi ; et qui sera chaud, intime, tranquille. Du moins j’espère. Du coup je trie. Forcément, va falloir faire rentrer l’essentiel et l’indispensable dans une surface réduite. Et je suis heureuse de trier. Et de jeter. Ah ! Jeter, le genre de truc qu’une tanche ordinaire ne sait pas faire. Pas équipée la Tanche ! Des fois que le bout de laine hérité d’une écharpe déjà vieille ne manque au moment d’accrocher la poêle à blinis dans le placard. Des fois que huit pendules, quinze réveils soient le minimum pour connaître l’heure exacte. Des fois qu’il faille trois balances de ménage pour être assuré du poids de la farine pour le gâteau.
Bon, j’ai mobilisé mon cercle favori pour me donner un coup de main. La poissonne panée s’est coltiné l’administratif. Et elle a découvert tout ce que je cherche dans des enveloppes encore closes. Je pense qu’elle est passée par tous les états : de l’agacement à l’étonnement, de la franche rigolade à l’hilarité. Et peut-être même, au désespoir. Quand je dis que je suis une tanche !
Mais trier, c’est aussi tirer. L'occasion de tirer des grands traits rageurs sur tout ce qu’on a accumulé d’objets, et de bazarder les souvenirs qui s’attachent à toute cette quincaille. A la poubelle les bibelots entassés qui ne racontent que des anecdotes, des histoires soldées. A la benne les trucs, machins et autres bidules qui ont cessé d’avoir du sens. J’ai proprement listé le nom des poissons dont j’ai envie de garder trace. Pour les autres, Yalla ! In the refuse bin ! Histoire que, désormais, mon regard ne se porte que sur l’heureux.
Je vais faire dans le minimalisme, le zen, la simplicité. J’emporte mes livres, très peu de meubles, ma vaisselle, les cadeaux de ma famille, de mon cercle rapproché, et du poisson-titi, ma plus belle histoire d’amour, mes outils, mon matériel de peinture… et mes fringues. Une petite chariote devrait suffire. Quel soulagement. En terminer avec ce qui alourdit. Car, au marais comme ailleurs, faut pas rêver. Nous ne possédons pas nos biens, ce sont eux qui nous possèdent, et qui nous enchainent à d’inutiles instants passés. ainsi qu'à un quotidien trop rempli, à un avenir pesant. Comme ça, j’en suis sûre, je vais dégraisser en même temps que mon capharnaüm.
La Tanche, le 11 novembre 2009
C’est horrible de vivre avec un être qui cache un cœur dans chaque objet de sa maison.
Jean Giraudoux