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Voilà qu’enfin mon toit s’est allégé de ses cartons. Il était temps ! J’ai cru faire de la crème fleurette, à force de tourner chèvre au milieu de mes bagages. Ce n’est pas le luxe, je n’ai pas de mangeoire en or massif, pas de trayeuse plaquée, pas de fourche en orichalque. Mais c’est juste à la taille de ma croupe et de mes sabots. Un cocon où j’espère pouvoir mitonner de la chantilly, passer de longues soirées à palabrer, rêver en ruminant mes mots. Un chez moi à moi toute seule, salers dessalée, vache avachie. La décoration est encore balbutiante, il reste des coins à aménager, des meubles à repeindre ou inventer. Et faire rentrer le bastringue de trente ans de vie dans cinquante huit mètres carrés, c’est presque une gageure.
En plus, j’ai une belle vue. Sur les toits de la ville.
Trois jours à déplacer sans stratégie ; déballer ; ranger, déranger, re ranger ; faire des trous, des petits trous, des trous ratés qui perforent la cloison ; cacher les trous ratés ; poser des étagères, charger les étagères ; bricoler un lit haut comme un table, histoire de planquer l’inclassable ; suer, transpirer, souffler ; pfiou !
Mais moulue, vermoulue, courbatue, me voilà à me pâmer comme vache au pré. Heureuse. Meuh !