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La vache, c’est moi. Après avoir navigué plus mal que bien au fond d’un marais vaseux, je me lance dans le vert pâturage, l’alpage centralien, puisque l’alpage est aussi dans le Massif Central. D’ailleurs, on devrait dire « massage de massif », comme « alpage de Alpes ». Je m’égare.
Revenons au sujet : mon nouvel attirail, costume, déguisement. Ce sera une petite salers, rougeaude et vive, équipée de deux cornes à faire pâlir d’envie un taureau de Camargue.
Nouvelle peau, nouvelle ère… enfin j’espère. Tout est nouveau ces jours dans ma vie. A me recaler des habitudes, à prendre une autre dimension, à abandonner mes hardes douloureuses. Même si la Marguerite que je suis (normal pour une vache !) ne parvient pas à guérir ses blessures. Au pays des cicatrices, les éraflures sont du petit lait.
La Tanche n’avait qu’un tas de boue pour horizon, la Vache regarde les sommets, hume l’air frais, broute l’ivraie.
Une vache, c’est gentil, c’est mignon. Euh ! Mignon ! Mi gnon plutôt, dans le cas de la salers. De grands yeux doux de myope, mais le coup de sabot imprévisible. Encore mâtinée d’auroch. Je sais de quoi je cause, dans mon jeune temps, je me suis occupée d’un petit auroch. Faudra que je raconte.
Je me veux vache à lais, mais pas vache à lait. Question de choix. Parce qu’il n’y a plus rien à traire, j’ai tout donné. J’ai encore quelques rêves, mais sûrement plus d’illusions. Et, passé cette triste constatation, il me faudra bien retrouver le sourire. Je me veux vache qui rit.
Meuh !