Les états du moi et du ça d’une salers fluctuent comme crème fouettée : tantôt chantilly, tantôt beurre. Du léger au roboratif. Du vaporeux au graisseux. Dans le printemps finissant, si peu prodigue en soleil cette année, un besoin de silence, l’envie d’un champ de luzerne vient à me taquiner. L’envie d’un chant du cygne aussi.

Le quotidien est enfermant, et je me sens comme une vache au box, dont le lait est tiré à la trayeuse, sans relâche. Du lait ! Pressée la salers.

J’ai juste envie de bavasser, pas de baver, de digérer, pas de ruminer. J’ai comme dans l’idée que l’avenir se corse, que l’horizon s’obscurcit. Faire son travail de bonne vache consciencieuse prend des allures d’escalade. Et les vaches ne sont pas des chèvres, elles ne savent pas sautiller dans les pierriers.

Il est bien triste ce troupeau qui magouille, qui pour relancer une carrière vacillante, qui pour retrouver un pouvoir chahuté. Il reste la solitude choisie, pour échapper aux meuglements. J’observe. J’écoute. Je pique du nez sur mon herbe, je m’applique à brouter, afin d’offrir un lait de qualité. Pour le reste, qui croit pouvoir faire mieux, qu’il le fasse. Moi, ça me ferait glousser, même si je ne suis pas une oie.

Et je réfléchis, je tire des leçons.

Comprendre que l’ironie n’est pas de l’humour, que l’ironie blesse quand l’humour dédramatise. Que l’ironique asticote quand l’humoriste détricote. Apprendre que certains disparaissent sans un mot, amours ou amitiés, et que le chagrin est le même. Que lorsqu’on a tendu la main à maintes reprises, il est temps de tourner le dos.

Quand j’étais tanche, j’aurais sans doute rué dans les brancards et exprimé une juste… juste ? juste à mon sens… colère. Désormais, et entre nous, je m’en tape, je m’en contrefous, je m’en bats l’œil, je m’en tamponne. Ceux là qui m’ont fait de la peine ne valent pas l’instant d’une pensée.

J’ai, devant moi, le premier jour du reste de mes jours. Et c’est pas le bœuf mal cuit du coin, le taureau mal embouché du champ d’à côté, la génisse mal bouchonnée du voisin, ou le veau mal sevré d’une quelconque vache à viande qui vont me noircir mon paysage.

Je suis une mignonne petite salers enrobée, rigolote, malicieuse, plutôt gentille. J’ai tout plein d’histoires à raconter, des clins d’œil à partager. Et je n’ai plus d’énergie à gaspiller.

Voilà, ce sont les états d’ah ! Meuh ! d’une poussière d’étable, qui déborde d’un trop plein de fatigue. Et qui use de mots, pour s’en délivrer, apaisée.

Tant va la vache à l’eau qu’à la fin elle se scratche. Meuh !

 

 

provache


Mardi 8 juin 2010 2 08 /06 /Juin /2010 22:55
- Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Quotidien d'une Salers - Communauté : La gazette des blogs
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