Le désert manque quand il a capturé le cœur ondoyant de celle qui sommeille. D’un soleil impitoyable
il chauffe le sable sous le pied. Il évapore l’eau qui survit encore dans l’été, et qui ouvre une fraîcheur au sein de l’oasis. Il marque au fer la chair et l’âme, de ses ombres dorées, de ses
calmes bleutés. Au désert, le regard se perd dans une immense étendue d’ocre et de blanc. Au désert, l’ouïe erre de silence apaisé jusqu’au souffle léger d’un vent tiède. Au désert, l’esprit se
perd dans les méandres arrondis de dunes dansantes. Celle qui sommeille rêve. Elle se rêve dissoute. Elle se rêve errante, marcheuse essoufflée. Un bout de vie arénicole. Elle oubliera ses
chagrins épuisés, qui ne savent plus pourquoi ils pleurent. Elle lavera à chaque grain de silice chaque souvenir trop porté. Elle abandonnera jusqu’à sa pulpe aux morsures des rayons d’un astre
cruel, comme un fruit qui mûrit. Celle qui rêve repose. Et dans son repos, elle apprivoise l’absence. A jamais touchée, éprise jusqu’au plus profond de ses os d’un désert qui manque, elle attend
que revienne le temps. Et son cœur ondoyant sommeille, amoureux claquemuré.