Apprendre à regarder, au-delà du voir. D’une ride on fabrique une histoire. Et l’œil battu sonne le glas d’un frémissement. L’âge est là qui imprime son sceau quand la jeunesse est l’image d’un bonheur promis. Le corps est culte. La parole est mise en scène. Que sommes nous devenus, sinon ces marionnettes agitées au mirage de l’apparence ? Piégés. Le monde s’organise en vaste casino dont le manche, à la triple cerise, invente le vainqueur, accable le vaincu. Tout, peu à peu, s’enrobe d’une gelée rosie qui aseptise la différence. Regarde, mon enfant, regarde la misère marquée au sourire résigné. Observe la détresse dans la pupille morte. Passer dans la rue, accroché à l’autre qui parle dans un combiné. Absence à la foule, à peine touchée par celui qui chancelle sur le trottoir. Une torche brûle jusqu’à la dernière parcelle d’humanité, au nom d’une incroyable escroquerie : l’information, que d’aucuns rebaptisent communication. Mais, communiquer, c’est mettre en commun. C’est partager. Et le monde, inculte, qui a oublié, croit qu’aller butiner des potins, est festin partagé. Un voile diaphane, vaporeux, endort peu à peu les consciences. Je voudrais me souvenir : apprendre à voir, au-delà du regard.

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