Je ne me suis pas envolée pour Miami. Je n’irai sans doute nulle part durant les trois mois à venir.

Et pour cause ! Lundi 17 janvier dernier, après une année et demi à courir, après un week-end fatigant, me voilà, partant plus tôt qu’à mon habitude pour rejoindre mon bureau. Timing serré. Working Girl. Stress à 9/10.

Il fait beau, un soleil d’hiver illumine la ville. Et le ciel bleu d’acier peint une harmonie douce, caressant les façades du quartier, jaunes, d’une palette de jaunes allant du coquille d’œuf au tournesol.

« Il fait froid »… que je me dis.

D’un pas vigoureux, voire rythmé, mon gros sac à dos rempli de l’ordi et de mes dossiers, j’accélère afin de gagner cette petite demi-heure qui me permettrait d’avoir une journée pas trop pénible. Je suis à court de sérénité, ces temps ci… enfin, depuis un bail, en fait. A court de sérénité comme un chameau à court d’eau dans le désert. J’en stocke par moment, en espérant que ça suffira jusqu’à la prochaine oasis.

5 minutes de marche pour parcourir l’espace qui sépare mon chez-moi, de mon autre chez-moi, les locaux de l’assoce au sein de laquelle j’oeuvre. Un privilège.

En aparté… Ma ville a été pavée, sur la place que je traverse chaque matin, de jolis cailloux ocrés importés d’Italie. J’imagine que sous les climats cléments de la botte, ce revêtement est approprié. Mais aux rigueurs de ma ville, gelée trois mois par an, l’esthétique harmonieuse et méridionale se révèle dangereuse. Qu’il pleuve, qu’il verglace, et la chaussée se transforme en patinoire.

« Il fait froid »… que je me dis. Mais je ne réalise pas qu’il a gelé durant la nuit.

Voilà que j’arrive à la zone dangereuse, là où les cailloux ocrés forment de gracieuses arabesques. Au premier pas, je manque de perdre l’équilibre. Au second, j’effectue un vol plané digne d’un astronaute en apesanteur.

« Mélasse ! Mon ordi ! »… que je me dis. Ma chaussure droite s’accroche, une fraction de seconde, sur le sol, et je chois de tout mon poids. Je chois, j’ai pas le choix.

« Oh ! j’ai entendu un drôle de crac ! »… que je me dis.

Je regarde mon pied, le droit, qui forme avec mon mollet un angle improbable. Attroupement immédiat de piétons qui s’empressent.

« Je ne peux pas me relever »… que je leur dis. Un gentil monsieur appelle les pompiers. Puis, chacun s’étant assuré que je n’étais pas agonisante, reprend le fil de son destin.

20 minutes, les fesses frissonnantes sur le sol glacé, la cheville prenant rapidement l’aspect d’un ballon de rugby, à attendre que mes sauveurs arrivent. Alors je fume une clope, ça occupe.

« Même pas mal, probablement luxée, une attèle, et vogue la galère, je retourne à mes occupations »… que je me dis.

Les messieurs arrivent, font une drôle de grimace, ôtent ma chaussure, immobilisent le membre en détresse. C’est alors qu’une policière municipale arrive, avec une sourire béat accroché à son visage rondouillard et dit : « Faudrait peut-être faire saler le trottoir ».

« Ben ! faut qu’un quidam s’avachisse, que les pompiers interviennent, pour qu’enfin les services techniques envisagent de sécuriser l’endroit ? Ya pénurie de sel ou volonté d’économie ? »… que je me dis.

Brancard, camion rouge, direction l’hôpital.

 

lieucri


Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 14:20
- Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Murmures au jour le jour - Communauté : La gazette des blogs
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