Une campagne au chant du coq se réveille dans un jour mouillé. Le bruit de la pluie claque sur le toit de la chaumière. Dans la
chaumière, deux corps se trouvent et se parlent. Au point du jour, les peaux se frottent et échangent. La chaleur, sous la couette, c’est celle des âmes qui s’incarnent dans la chair. La
chair sans amour n’est pas l’amour. L’amour sans chair n’existe pas. Le point du jour n’a pas d’heure… ce moment où le réveil prend les ventres amoureux
au regard qui s’ouvre. Ce peut être dans une après-midi chaude d’un été, dans la froidure d’un hiver au coin du feu. Il est juste ce moment où ils sortent du sommeil. Il est juste ce moment où
l’odeur des ébats de la veille les jette l’un dans l’autre. Il est juste ce moment où les mains reprennent leur exploration de l’autre, cherchent les frissons qui courent sur la peau. Il est
juste ce moment où les bouches goûtent l’épiderme et s’attardent à explorer les recoins, et le reste. Une campagne au chant du coq se réveille dans un jour mouillé, comme lui, comme
elle.
Vendredi 2 novembre 2007
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Publié dans : Confessions particulières
S’endormir, sans hâte, juste en respirant les mots, juste en les savourant. Ce moment, où la réalité s’estompe alors que le rêve
s’installe, enchante une âme tendre. Lorsqu’il n’y a que des mots entre eux deux, elle ne peut que se raconter qu’il aime les siens, comme elle attend les siens. Les mots portent les
émotions qu’ils soient soigneusement choisis ou qu’ils arrivent spontanément, qu’ils s’imposent. Le mot est bien plus qu’une
suite de lettres assemblées. C’est un véhicule. Il transporte les sentiments au train de ses phrases, et même le lapsus, le mot pour un autre évoque un sourire, un désir, une envie. Suivre un mot
et se laisser enchanter par l’histoire qu’il raconte. Prendre un mot et l’offrir, et, mieux encore, fabriquer un bouquet de mots. Les mots disent l’être quand ils viennent du
profond. S’endormir, sans hâte, juste en respirant les mots, juste en les savourant. Tabkay a3la
khir.
Dimanche 4 novembre 2007
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Publié dans : Confessions particulières
Beurrer une tartine au petit jour, les yeux battus d’amour. La tranche de pain sent le chaud, le frais. Le beurre, juste du
moelleux qu’il faut, s’étale sous le couteau, il fleure la baratte… du miel, un de ces bons miels de pays, ou une confiture maison, grenue, fruitée, avec des gros morceaux de fraise, d’abricot.
Beurrer la tartine est le geste le plus tendre qui existe. Un minuscule plaisir fait à l’autre. Préparer le café, presser l’orange, partager le plateau dans un sourire. La tendresse mise en geste
passe souvent par la nourriture. C’est comme couper les mouillettes pour l’œuf coque. Ou peler la pomme à la fin du repas. L’amour se nourrit d’infinies attentions. La perte est cruelle quand on
oublie qu’il faut alimenter les jours de ces jolis moments où le plaisir de l’autre, même s’il ne demande rien, c’est le bonheur de l’histoire. Beurrer une tartine au petit jour, les yeux battus
d’amour.
Lundi 5 novembre 2007
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Publié dans : Confessions particulières
La maison sous les eucalyptus abrite des rêves à rêver éveillé. Blottie, elle se dérobe du regard et des routes pour mieux
câliner ses hôtes. La maison qui se cache, souvent protège de belles amours. Elle est comme un cœur simple qui réchauffe l’âme fatiguée, elle palpite doucement dans les nuits d’été. Elle sent la
lavande ou le pin, mais jamais de ces parfums capiteux qui tournent la tête. Elle n’a l’air de rien, est gentiment décorée, et la chaleur remplace l’esbroufe. Il y a toujours un coussin
confortable pour reposer au moment de la sieste, une chanson douce pour bercer le sommeil. Il y a un grand lit qui accueille les corps amants chaque fois que les amants se prennent le corps. Il y
a un coin où partager le repas, où manger et se manger des yeux. Et d’un grand silence elle compose une symphonie. D’un bosquet, elle invente un jardin. D’un rayon de soleil, elle allume un feu
de joie. D’un instant, elle fait une éternité. La maison sous les eucalyptus abrite des rêves à rêver éveillé.
Mardi 6 novembre 2007
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Publié dans : Confessions particulières
Le serviteur du Puissant trace d’un pas assuré son destin, sans jamais regret ni chagrin. Il a l’œil qui survole les misères et
les mesquineries de l’homme. Il va, suivant sa voie. Qu' elle soit bordée de mots ou de musiques, la route du serviteur n’est pas de celles où il choisit de s’arrêter. Car la recherche est
souvent plus importante encore que le but. Il croise de ces êtres qui voudraient le retenir, ne serait-ce qu’un instant, échanger avec lui quelques gouttes de sang, quelques larmes ou un peu de
sueur. Mais le serviteur n’a pas le temps pour l’échange, il regarde cet horizon qu’il lui faut, à tout prix, atteindre avant de n’avoir plus l’envie. Il aime, il est aimé, dans un sourire, dans
un moment, mais ne veut pas de ces liens qui arriment à un sol, à une histoire. Il aime le temps d’un soupir. Il est aimé pour une éternité. Le rencontrer, c’est poser son bagage à jamais dans un
rêve esquissé, dans un souvenir volé, le temps d’un silence. Le serviteur du Puissant trace d’un pas assuré son destin, sans jamais regret ni chagrin.
Mercredi 7 novembre 2007
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Publié dans : Confessions particulières
Le bleu de la fuite d’un jour noie d’une brume effilochée la lisière de la forêt, qui vient mourir dans le sable. La femme va, nu
pied, sur la plage, d’un pas abandonné à l’écume de l’océan. Elle est belle, la femme, de cet air là qui dégorge de vie. Presque à l’aube glacée de sa fin, elle s’illumine des traces d’amours
engrangés, de bleus à l’âme qui habillent son regard d’une ombre lavande. Elle conserve un corps sculpté qu’enrobent quelques courbes blessées. Des mains d’hommes, maladroites, ont maltraité ses
rondeurs trop offertes. Elle se garde désormais, diaphane dans sa robe qui prend des reflets de myosotis au soleil cédant. Elle attend d’ouvrir, un jour, le plus intime d’elle à celui qu’elle
attend. Elle a quitté ses montagnes pour une lande atlantique hérissée de pinèdes. Là où les hampes écorchées d’arbres parasols se jettent pour crever
les nuages, son regard ne se souvient que de l’argent des eucalyptus qu’elle a contemplés sur un autre rivage. Quand la vague s’écrase, éclaboussant ses chevilles, un sourire éclaire son visage
de la lumière de l’azur déclinant. Elle rêve. La femme va, nu pied, sur la plage, d’un pas abandonné à l’écume de l’océan. Souvent, elle le croise. Un jour, il la reconnaîtra. Jor’h Zreq bahri.
Vendredi 9 novembre 2007
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Publié dans : Confessions particulières
Il y a des silences à peine habités, de ces moments qui se suffisent à eux-mêmes, où tout est parfait. Ce sont ces instants qui
font toucher du doigt la beauté de la création. L’envol d’un oiseau, dans une aube rosie du soleil qui se lève, emporte l’âme avec lui, vers le ciel. Ce silence là, soyeux, est juste troublé par
le battement des ailes qui froissent l’air. C’est aussi un silence à respirer, il a l’odeur de l’herbe encore rafraîchie de la nuit. Il y a celui d’un secret partagé au cœur de la foi, quelque
soit le temple. Tout imprégné de sacré, ce silence là, intérieur, est de ceux qui poudrent de magie la vie, parfois trop tirée vers la chose, l’avoir. Il y a le silence juste frémissant du
souffle des amants quand un grand feu les a pris, et que, fatigués, ils s’endorment, encore entremêlés. Il y a aussi le terrible silence de l’absence, celui que l’on ne comprend pas parce qu’il
arrive, brutal, définitif, et que, désormais, rien ne pourra le remplir. Ce silence là tue les mots, tous les mots et laisse la place, après avoir dévasté, à cet autre silence, qui est vide et
chairs mortes. Mais, surtout, il y a des silences à peine habités, de ces moments qui se suffisent à eux-mêmes, où tout est parfait.
Samedi 10 novembre 2007
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Publié dans : Confessions particulières
L’amour fou n’a de folie que l’intense émotion qu’il allume. Sans folie, l’amour n’est qu’une tiède mélasse, pas même sucrée,
tout juste bonne à faire un cataplasme, de la moutarde dans un torchon. C’est misère que de penser l’amour comme une raisonnable intention, lui qui sait, entre tous les émois, mener sur des
chemins improbables. Un jour, parce qu’on l’a croisé, on se dit « C’est Lui ». Il n’y a rien à expliquer, rien à comprendre. Cet amour là est évidence. Il entraîne dans la ronde
infernale de l’attente et du bonheur, quand l’attente est comblée, de l’attente et des larmes, quand l’attente s’attarde. Sans lui, demain se rate, puisque lui seul est fondation de cette
tendresse à venir. Et qui viendra graver dans la chair le souvenir de ce fol amour. L’amour fou, c’est l’immense dont les jours se parent, qui font d’une seule minute, une éternité baignée de
plénitude. C’est la voix qui s’épanche comme source de vie, dans un matin radieux. C’est la caresse qui traîne sur la peau frissonnante, étonnée de ses frissons. C’est le sourire qui se meurt
dans un sanglot, trop heureux. L’amour fou n’a de folie que l’intense émotion qu’il allume.
Lundi 12 novembre 2007
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Publié dans : Confessions particulières
Une solitude rampe et se faufile, grignote les jours, petite souris malicieuse et moqueuse. Choisie ou pas, cette absence là,
cette absence au monde, peut devenir l’espace privilégié de se rencontrer, et de se choyer. Les petites choses qui balisent le quotidien prennent une saveur inconnue lorsqu’il faut les déguster
en solitude. Du lever au coucher, bien des moments peuvent se vivre avec délectation et sensualité, de la douche à la soupe du soir. Mais la solitude est aussi le terreau des pensées qui
s’envolent et qui glanent des morceaux de rêveries. Imaginer être précieuse dans le cœur d’un autre ou encore partir à la rencontre de ses souvenirs… Inventer l’amour comme un cadeau qui viendra
un jour… Alanguie sur le lit, les yeux qui caressent le plafond, des mirages comme des peluches sautillent et s’incarnent en de multiples possibles, vestiges des nounours de l’enfance. Parfois,
une larme vient troubler la quiétude, comme si des regrets ou des douleurs anciennes s’invitaient à la fête. Ce sont les mauvaises fées des contes. Les chasser, et puis s’endormir, tranquille…
Une solitude rampe et se faufile, grignote les jours, petite souris malicieuse et moqueuse.
Mardi 13 novembre 2007
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La mémoire est un leurre qui emmène le promeneur à la recherche des heures d’antan. Inévitablement réécrite, revisitée, elle
embrouille, elle s’embrouille. Elle raconte des souvenirs qui ne sont tangibles que pour le conteur, mais qui se sont désincarnés au fil dans ans. Comme s’il fallait, sans cesse, rééditer sa
légende personnelle. Car la mémoire est légende où s’entremêlent l’enfance et les premières amours, où s’enlacent les infinis bonheurs et les tristesses. Il y a toujours une poupée à qui il
manque un bras ou dont l’œil pend, lamentablement. Il y a toujours un visage penché et qui regarde, qui fouille, qui cherche. Il y a toujours un chagrin qui traîne, une joie qui déborde, une
chanson qui se fredonne. Mais ce que la mémoire fabrique de plus remarquable, c’est un pull tricoté dont les mailles sont les minutes qui comptent, celles qui, d’un coup de foudre, d’un coup de
blues, d’un coup de soleil, d’un coup de lune, d’un coup d’un seul, font que le rang se serre ou se détend, s’effiloche, s’effrite. Construction de l’âme, la vie redite bafouille souvent,
ramenant, encore et toujours, les mêmes amours, les mêmes larmes, les mêmes erreurs, comme si ce qui compte devait se tatouer sur l’écran de la mémoire. Mémoire qui n’est qu’un leurre et qui
emmène le promeneur à la recherche des heures d’antan.
Mercredi 14 novembre 2007
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Publié dans : Confessions particulières