Ducond and Co

Lorsque l’on rencontre Empty Ducond, l’on est frappé par la rondeur du bonhomme. Tout est rond chez lui, les yeux, le nez, la bouche, l’estomac, et même ses mains, grassouillettes, qui prennent l’allure de petits boudins antillais. Tout est rond, sauf son âme, raide et figée comme l’attribut d’un priape.
Il se présente toujours de la même façon, ayant mis au point depuis des lustres un immuable discours :

-« Ducond, Ducon « Dé », et pas Ducon « Té ». Je suis né le 25 mars 1957, le jour de la signature du traité de Rome ».
A croire qu’il en est l’auteur.
Le parcours de vie du personnage n’a été qu’une suite de mesquineries et autres méchancetés, parcours qui l’a conduit, au demeurant, à la direction de l’entreprise où il sévit. Aujourd’hui il est bien installé dans son poste, il veille jalousement à ce qu’aucun individu de son acabit ne vienne mettre du désordre dans son organisation. Les « Savonneries industrielles et chimiques de l’Ondaine » ont enfin trouvé un digne penseur. Car il pense le savon comme une philosophie de vie. Hors le savon, point de salut. Il a développé des compulsions qui tournent à l’obsession, il colle du savon à tout va. Il a même réussi à en fourguer à son ami, beau-frère et partenaire économique, Coffasse Tuput, ce dernier étant à la tête du service Achat des « Vinaigrettes et Sauces du Bassin Houiller de la Loire ». Il faut savoir que la lessive permet de conserver l’onctuosité et le pétillant dans la vinaigrette industrielle.
Ces deux là se sont rencontrés à la fac. Et, de camaraderie en affection, Empty a finit par épouser Homlette Tuput. Au moment de signer l’acte de mariage, ils ont hésité à conserver les deux noms de famille : Ducond-Tuput. Et puis, devant l’espèce de vulgarité fatale de l’association, ils se sont contentés de se conformer à l’usage. Homlette Tuput est devenue devant les hommes et devant Dieu, Homlette Ducond. Il faut bien avouer que, pendant les célébrations de l’union, l’assemblée, l’officier d’état civil, et même le prêtre, ont eu du mal à garder leur sérieux.
Cela dit, l’épouse ne brille pas par l’esprit. Elle a un tendre regard de vache qui doit bien plus à la myopie qu’à la gentillesse. Les années ont plissé et enrobé un corps qui fut svelte, ont agrémenté son expression d’une grimace pincée, d’un nez à rallonge, la faisant ressembler à une tête de nasique montée sur une bouteille de Perrier. Elle éprouve une indéfectible admiration pour son homme, acceptant tout, les rebuffades comme les mensonges, les tromperies comme les humiliations. Parfois, l’entourage se demande si elle comprend réellement les mots que lui assène son cher et tendre.
De cette union, est né un garçon chétif et malingre, à la santé vacillante. Il se prénomme Pan-Servela. Il a grandit adulé par sa mère, méprisé par son père. A vingt-huit ans, il est encore célibataire et a trouvé un emploi de veilleur de nuit, à la morgue de l’hôpital, après des années de petits boulots. Il garde, de son enfance ballottée entre l’inconditionnel amour maternel et le dédain paternel, une propension au rêve et à la paranoïa. Il oscille constamment entre l’abandon confiant et la méfiance absolue. C’est un grand jeune homme maigre et voûté, dont le crâne se dégarnit déjà, et qui affiche un air absent, ennuyé, même lorsqu’il devrait être en joie. Taciturne, il parle peu, mais aurait une nette tendance à tâter de la dive bouteille. Bizarrement, lorsqu’il est aviné, il montre un incroyable sens de la répartie, maniant un humour de  dérision avec habileté, parfois brio et génie.
Au moment où commence cette présentation des personnages, la tête de l’état est occupée par un président atypique, un homme encore jeune et fougueux qui croit à sa mission comme si elle émanait de Dieu lui-même. C’est le Président Nictoplasme Razratis.
Bien entendu, aux dernières élections, toute la grande famille Ducond-Tuput a voté pour Nicto, comme les médias l’ont gentiment baptisé. Parce qu’il a l’art et la manière de faire croire qu’il parle vrai, et ça, le peuple adore.

Mais c’est une autre histoire…


undefined

Nasique - Source Wikipédia

Vendredi 15 février 2008 5 15 /02 /Fév /2008 13:45
- Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs

Homlette et Empty discutent en sirotant un Gin-Paf-O-Taf, le nouveau cocktail à la mode. Demain, les soldes débutent et la dame en est toute émoustillée. D’ailleurs, elle a prévu de se lever tôt afin d’emporter le match. Car c’est réellement un combat de Titans que d’enlever la meilleure affaire. Empty abreuve sa femme de ses recommandations. Qu’elle écoute d’une oreille distraite, en posant son doux regard de vache amoureuse sur son rond mari.
La veille, lors de son allocution hebdomadaire, le Président Nicto Razratis a rappelé l’importance économique de la période pour le taux de croissance. C’est que, désormais, les soldes reviennent à intervalle régulier et rapproché, du premier au cinq du mois. Sous le manteau, il se murmure que cette nouvelle mesure, c’est pisser sur une girafe pour la peigner facilement avec un stradivarius. Mais Nicto, dans sa rage médiatique, lance ses idées innovantes à un rythme effréné. Au point que la presse a trouvé un surnom à son gouvernement : les essoufflés. Tant ils ignorent après quoi il faudra courir, ce qu’il faudra argumenter, justifier, d’une semaine sur l’autre. Tant ils s’épuisent à courir après les explications.
Ce soir, Homlette est d’humeur guillerette, un peu paf d’avoir avalé trop vite son Gin-Paf-O-Taf. Elle ferait bien une petite gâterie à Empty, mais le bonhomme dissémine ailleurs ses élans de tendresse. Encore une fois, elle devra se contenter de sucer un bonbon.

Au petit matin, la rombière a revêtu son paletot, chaussé ses richelieus. Elle s’empresse de rejoindre le grand magasin. Il y a déjà une importante file d’attente. Devant, elle aperçoit la chevelure ébouriffée de sa voisine. Elle enrage. La vieille bique va, encore une fois, fanfaronner et se vanter d’avoir dégotté les produits les plus performants.
Lorsque, enfin, le rideau de fer commence à se mouvoir, qu’on aperçoit la lumière qui filtre sous la fente, un frisson parcourt la foule. Au premier rang, les clients rampent, pour se faufiler au plus vite. Un mouvement de houle saisit les corps qui, peu à peu, s’écrasent dans l’entrée. Et ceux qui se dégagent du magma de bras et de jambes se précipitent vers le rayon qu’ils ont repéré les jours précédents.
Homlette sait qu’elle devra se contenter de quelques articles à prix moyen. Elle n’a pas un goût prononcé pour la féroce concurrence, telle que la pratiquent ses concitoyens.
A la première gondole, celle des micro-crédits, elle dédaigne les offres. Pourtant, le vendeur vante bien sa marchandise. Il s’égosille, il se casse la voix à hurler. Il propose de petites sommes à taux négatif. En fait, on rembourse moins que ce que l’on emprunte. Mais Homlette trouve l’offre un peu chip, tout juste bonne à être saisie par ces femmes qui veulent créer une boutique de bijoux en coquillettes peintes, ou de cacahuètes et d’œufs de cailles bios.

La Ducond, après avoir escaladé une grappe de minettes qui se crêpent le chignon pour le dernier crédit revolving à taux fixe, après s’être glissée entre les jambes des boxeurs qui se tabassent pour les crédits coup de poing, arrive enfin au rayon qu’elle a repéré la semaine précédente. C’est le plus luxueux du magasin. D’ailleurs, les produits ne sont pas en libre service. Un charmant jeune homme commente chacun des contrats avec conviction, comparant avec honnêteté et sincérité, les avantages et les inconvénients des différentes propositions.
Homlette finit par se décider. Lorsqu’elle sort du magasin, elle ramène chez elle deux nouvelles solutions financières innovantes, bien structurées et du dernier chic. La première lui permet de faire un découvert bancaire de mille euros, remboursables en cent mois, à taux effectif global de 17,82%. C’est une belle prise, à deux points en dessous de l’intérêt habituel. L’autre est destinée à un gros achat, de préférence immobilier, à taux variable, mais encadré, avec une marge basse et une marge haute du plus bel effet, qui ont été restreintes pour l’occasion. Le tout emballé dans une enveloppe kraft de grand luxe.
Bien sûr, ces emplettes là vont rejoindre la collection qui trône crânement sur une étagère du salon. Homlette espère qu’Empty sera satisfait. Ils ont désormais de la marge, ils vont pouvoir s’offrir une folie ou deux dans les années qui viennent. Le seul problème, c’est qu’ils ont tout. Et que, parfois, l’imagination leur manque pour utiliser leurs petits crédits. Ils en offriront un ou deux à Pan-Servela pour Noël.

Mais c’est une autre histoire…




Mardi 19 février 2008 2 19 /02 /Fév /2008 22:08
- Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs
 -« Françaises, Français, Chers Compatriotes,
Ce soir, je vous parlerai « Culture », avec un grand « Q ». Non pas de cette mélasse indigeste que les littéraires et autres conseillers artistiques tentent de nous faire ingurgiter. NON !
Je n’évoquerai pas plus ce vaste programme de reconversion des musées nationaux en parcs de loisirs couverts. Vous savez tous que cette initiative a rencontré un indéniable succès et qu’elle est largement autofinancée par la vente des collections…
Ce soir, je viens vous chanter la petite musique délicate de l’expression populaire. Je viens vous offrir ma dernière idée, qui saura, je le sais, mes chers Compatriotes, vous séduire et cimenter l’âme de notre belle patrie… ».

Ici, Nicto laisse planer un silence qui voltige sous les ors de la république. Les Ducond, qui organisent désormais des apéros dînatoires originaux sur fond d’allocution Razratienne, suspendent leur souffle aux effets de manche du Président. Ils goûtent particulièrement le fait que la Manufacture de Sèvres devienne un centre de réinsertion par la peinture sur porcelaine, pour délinquants du troisième âge.
-« C’est vraiment un homme d’état que nous avons, enfin ! », ose murmurer Homlette. A peine a-t-elle achevé sa phrase admirative que cher et tendre lui balance un « Ta gueule. » plein de respect.

-« Françaises, Français, Chers Compatriotes,
Notre peuple est sans aucun doute le plus créatif que la Terre porte. L’Humanité nous doit tant… Et si je dois, parmi les milliers d’exemples qui corroborent mes dires, en choisir quelques uns, alors je citerai, au hasard, La Grande Distribution, La ceinture Sibeau, le savon de Salsepareille, Les filles d'à côté (*)… ».


Seconde pause de Nicto qui avale un verre d’eau. Il a l’air d’avoir chaud. Dans son œil brille cette lumineuse flamme annonciatrice d’une nouvelle grande mesure. Chez les Ducond, un frisson d’excitation parcourt les corps tendus et remplis de saucisson et de Beaujolais.

-« Françaises, Français, Chers Compatriotes,
Nous sommes, entre toutes les nations, celle qui a su élever au rang de chef-d’œuvre notre gastronomie. Les accords parfaits que les vins savent entonner –et là, la voix enfle, le verbe devient puissant. Il se dégage de Nicto une majesté transcendée, comme une profondeur inspirée–
les accords parfaits que les vins savent entonner, avec le Livarot ou l’Epoisse, touchent au sublime. Imaginez ! Fermez les yeux ! La langue se plante dans la crème chantilly du chou, une délicate saveur de vanille Bourbon vient lécher vos papilles… Le foie gras fond, à peine tiédi et juste poêlé, qu’un poivre relève et que le sel de Guérande trouble à peine…
Je pourrais, ainsi, parler des heures durant, des terroirs glorieux qui ont rêvé ces plats, qu’ils se nomment « bourguignon », « potée » ou « bouillabaisse ».

-« C’est pourquoi, Françaises, Français, Chers Compatriotes,  j’ai décidé d’introduire auprès de l’Unesco une requête innovante, originale… ».


Et, se tournant vers la toute jeune ministre de la Culture, qui n’ose pas le regarder…


-« Ma Chère Cytrine, vous voudrez bien vous charger de faire classer le  « boeuf à la ficelle », et le « pied de porc vinaigrette » au Patrimoine de l’Humanité. ».

La ministre pique un peu du nez, affiche un sourire qui paraît quelque peu forcé. Elle hoche cependant du chef d’un air entendu et complice.
Chez les Ducond, après l’insoutenable suspens, qui a fait tenir l’assemblée coite, les conversations reprennent, animées, chacun commentant la nouvelle.
Pan-Servela suggère timidement que la proposition ne sera sans doute pas si facile à défendre… à cause du pied de porc
.


Mais c’est une autre histoire…



undefined
* - Les filles d'à côté : Série dont la portée éducative, culturelle et intellectuelle n'a jamais pu être atteinte par de nouvelles productions. Elle mettait en scène les relations de voisinage entre ce qui deviendra par la suite l'archétype du métrosexuel.


Dimanche 24 février 2008 7 24 /02 /Fév /2008 14:27
- Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs

Empty et Homlette regardent, écoutent, fascinés, les cérémonies de commémoration du 8 mai 1944. Nictoplasme Razratis, égal à lui-même, pérore devant les caméras. Président dring-dring avant de devenir un Président pouf-pouf, s'il a changé son style, il n'en demeure pas moins ce type de tribun qui parle aux tripes du peuple, mais qui se fout bien de leur âme, de leurs rêves et de leur quotidien.

Les Ducond, eux, sont pétris d'admiration. C'est qu'il est beau, Nicto, avec ses abdos pas ramollos, avec son sourire à confire le zéphyr, avec son regard de renard. Il parle juste. Il rappelle la grandeur du pays, le souvenir de ces gosses tombés sur les plages normandes. Il tirerait des larmes à un caillou ! Il vibre, sa voix enfle, se fait ample, il remue jusqu'à l'intime d'Homlette, certes délaissée par son époux, et à qui il ne reste que l'imagination. Elle pousse un gros soupir, elle ne se console pas que Nicto ait convolé avec la charmante Parla Crudi, qui est l'actrice préférée d'Alcrède Hipop, le cinéaste du gore.

Pan-Servela baisse les yeux. Il pense à son copain Mousse, enfermé dans un centre de rétention, quelque part près d'un aéroport. Mousse, c'est un gentil monsieur, arrivé, certes, clandestinement, mais qui n'a jamais rien demandé, pas même l'aide au logis, pas même la couverture musclée unipersonnelle. Mousse, il a pris le risque de débarquer, en douce, parce que dans son pays, il ne pouvait plus vivre, plus élever ses enfants, plus rêver d'avenir. Mousse, il a trois enfants, du même âge que ceux du président.

D'ailleurs, pendant le discours sur ce sable qui fut arrosé de sang, les rejetons Razratis : Flan et Porridge, les deux garçons, et la fille, Biaire, boivent les paroles de leur auguste papounet. Ça fait chic de sortir à la campagne en famille !

Homlette s'enfile, machinalement, son troisième verre de Gin-paf-au-taf. Empty jette un œil indifférent à son épouse qui, depuis quelque temps, abuse de la dive bouteille. Le couple modèle se fissure, malade de ses quelques trente ans de vie commune. Empty, lui, se laisserait volontiers séduire par la première dame...

Et voilà que Nicto, fidèle à lui-même, afin de frapper l'opinion, met en scène ses envolées de bras, ses mouvements amples, destinés à non verbaliser l'ouverture. Voilà qu'il parle d'accueil et de sacrifice, qu'il évoque tous ces hommes morts au nom de la liberté, et qui étaient de toutes le couleurs. Le Télé-Président ne cesse pas de chanter la fraternité.

Pan-Servela se tortille dans le fauteuil Chesterfield, cuir vert bronze. Il sent bien que quelque chose lui échappe. Il pense à nouveau à Mousse. Il était intégré, cet homme là. Il n'a pas coûté un rond à la nation. Il a cotisé, consommé, payé. Mais, comme il ne vivait pas en souterrain, qu'il n'était pas planqué dans ces cités où les forces de l'ordre ne peuvent plus pénétrer, et bien il a été facilement épinglé. Ben voui, c'est plus aisé de coincer quelqu'un qui mène une vie réglée qu'un merlu de banlieue, qu'un maquereau de quartier, qu'une morue d'allée, qu'une sardine de trottoir, qu'une anguille de caleçon.

Bizarre, ce monde où les préfets ont des quotas à respecter, où les personnes deviennent des troupeaux à aller faire paître dans d'autres champs.

Mais c'est une autre histoire...




Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 21:52
- Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs

Ce matin, Nictoplasme, bougonnant dans sa tasse de café, cherche le sujet de son annonce du jour. Ah ! ça ! Il a fait des promesses, il entend bien les tenir, et sans doute les dépasser. Il crève de rester dans les annales républicaines comme le champion de la réforme surprenante, du décret éclair, de la loi coup de poing. Sauf que, parfois, son imagination fertile cède au train-train des déjeuners de travail, et aux nuits torrides de ses amours cinématographiques.

Bref, il tance sa brioche, il engueule le pot de confiture, tourne et retourne quelques idées saugrenues... jusqu'à ce que...

De son pas décidé, il avale quatre à quatre les trois marches qui le mènent à son bureau dodécagone, au palais de Mébrisées. Et il convoque derechef deux de ses sbires, Anchois Mignon et San-Lui Forveau. Il leur assigne illico l'étude d'un projet dont il pourra aimablement disserter, ce soir, à la télé, sur la chaîne de son ami Pralin Fouine, où il a antenne ouverte. Et quand Nicto braille un ordre, Anchois cavale.



Homlette s'affale dans le sofa. C'est l'heure du communiqué de Nicto. Empty est encore en vadrouille et Pan-Servela est déjà au lit. Il doit couver une crise d'amour déçu l'enfançon, ce tendre rejeton.

Lorsque le Président se lance dans un diatribe, effréné comme à son habitude, Homlette sent bien qu'un événement majeur se prépare. Qui touche aux grands problèmes de l'actualité : l'économie, et l'écologie. En substance, parce qu'il serait inutile de reprendre ici les périphrases du bonhomme, sa 2648ème réforme consiste à interdire les fèves, chaque dimanche de l'épiphanie, pour d'évidentes raisons. D'une part, on a dénombré trois étouffements, par absorption intempestive, qui d'une blanche-neige, qui d'un roi-mage, qui d'un mickey. Un gamin de trois ans a même failli se pendre avec sa couronne dorée. C'est donc une urgence de santé publique, que d'en finir avec cette infantile coutume. De plus, l'utilisation courante de matières plastiques pour la fabrication de petites figurines contribue à la disparition des énergies fossiles, devenues si coûteuses. Enfin, la pénibilité du travail des ouvrières chinoises qui peignent les yeux des personnages doit faire réfléchir.

Mais Nicto est un homme de bon sens, doublé d'un humaniste. Ayant parfaitement conscience des conséquences de sa décision, il propose aux favophiles un accompagnement psychologique destiné à leur faire surmonter cette étrange addiction qu'est la collection de fèves. Par ailleurs, il propose aux boulangers, de remplacer le manque à gagner que sa décision va nécessairement générer, par la création d'un fonds d'aide aux abstinents de la galette, financé par une taxe spéciale : le centime symbolique prélevé sur la friture en chocolat.

...

Dire que cette proposition fit le bonheur du peuple... Après de nombreux allers et retours, après la quasi émeute provoquée par une manifestation spontanée, organisée par les détracteurs du projet, la loi se trouva fort amendée. Seules les fèves représentant Nicto et sa charmante Parla furent désormais autorisées. Mais il fut intraitable sur un point : les fèves seraient désormais en céramique.

Et, comme à son habitude, il s'en tira d'une pirouette, lâchant une de ces célèbres phrases qui émaillent son règne. Il aurait dit, lors d'un voyage officiel en Papouasie Nouvelle Guinée :

-« Quand il y a une fève en transe, personne ne s'en apitoie ! »-.

...

Homlette, elle, est désolée. Pour la première fois, elle regrette cette initiative de son Président. Elle cherchait patiemment la série « Les doigts », qu'elle disposait d'année en année dans une jolie petite vitrine fabriquée à cet effet. Et il lui manque le doigt de Dieu.

Mais c'est une autre histoire.




Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /Juil /2008 23:16
- Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs
Le monde fait son accès de CRIZ séculaire. La CRIZ est un acronyme, qui signifie « Catastrophe Réactionnaire à l'Incurie des Zinvestisseurs ». Très régulièrement, un système plutôt corrompu, qui repose sur l'idée qu'entuber son prochain est une compétence professionnelle nécessaire à la création de richesses, est secoué par une CRIZ. Et cette année, elle est plutôt chiadée, la CRIZ. Il faut dire que les Zinvestisseurs, si longtemps encensés par ces avatars de politiques que sont les Razratis et autres Loush, à force de manipuler de l'argent qui n'existe pas, ont accouché d'un immonde bordel qui tourneboule la planète.
La bourse s'affole, elle se dégonfle, elle perd de sa substantifique moelle, elle déborde de panique, elle dégorge d'angoisse, elle éructe et s'effondre jour après jour. A ce rythme, elle finira comme une cacahuète rachitique, une glande ratatinée.
Nictoplasme Razratis, debout depuis l'aube, marche de long en rond dans son grand bureau, comme un pion en rage. Il faut bien reconnaître qu'il s'agite beaucoup pour mobiliser ses collègues chefs d'état, qu'il paie de sa personne, qu'on le voit de partout, et encore plus que d'habitude... si c'est possible. Il a convoqué Anchois Mignon, son premier ministre et il le presse de trouver une solution. Anchois ploie sous le poids du désarroi. Et reste coi.
Et puis, l'omniscient Président, cet imaginatif surexcité, cet actif compulsif accouche enfin de sa bonne idée du jour. Il a trouvé une incomparable parade à la débandade. Il va créer le premier sexuality-show de l'histoire. Il offrira à quelque vierge coincée, effarouchée, une nuit destinée à la débrider un tantinet. Bien sûr, il faudra organiser l'affaire avec doigté et élégance. La lauréate devra présenter d'authentiques garanties, assorties d'un physique agréable. La télévision devra faire monter la pression, appâter l'auditeur. La soirée devra être parfaitement orchestrée, de la présentation des candidates jusqu'à la sélection finale. Il est possible que le public soit amené à voter en cours d'émission. Un peu à la « Miss Transe ». Si quelques invités pouvaient pousser la chansonnette afin de faire durée le plaisir...
Voilà qui est rondement décidé, la date arrêtée. Ce sera pour la prochaine séance de l'assemblée prénatale. Au passage, pendant que les citoyens seront captivés par l'événement, on en profitera pour virer la CMU.
Razratis, dans un accès d'altruisme offre ses couilles à la nation, afin de camoufler l'échec de sa bourse. Parla Crudi, sa charmante épouse, ne s'est pas encore exprimée à propos de la flamboyante initiative.

Mais c'est une autre histoire...



Jeudi 9 octobre 2008 4 09 /10 /Oct /2008 23:19
- Vous fûtes plusieurs... 27 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs
Oh ! Elle est jolie la bibliothèque ! Séki le Môssieu ? C'est ce cher Nicto, tout fringuant, costumé en Président, l'œil tombant d'un chagrin compatissant. Ça ne sent pas l'optimisme... Pan-Servela, déjà passablement émoussé par quelques verres de Viognier (l'abus de cet excellent vin blanc n'est pas vraiment conseillé, un petit verre sur une douzaine d'huîtres serait plus raisonnable !), écoute, l'oreille torve, le discours.

Nicto : « Mes chers Compatriotes, l'année 2008 s'achève, elle a été rude, c'est la raison pour laquelle je veux d'abord penser à ceux que la vie a durement éprouvés, à ceux qui ont perdu leur emploi, sans y être pour quoi que ce soit... »

A ce moment là, Pan-Servela se met a bafouiller, la bouche pâteuse, encombrée de petits fours : « Ben... je risque pas de perdre le mien, des macchabées, yen aura de plus en plus, forcément, désespoir, misère et autres joyeusetés ne vont pas diminuer... ». Rappelons que Pan-Servela travaille à la morgue (cf « Faisons connaissance »).

Nicto : « ... A ceux qui sont victimes d'injustice, à ceux qui doivent affronter l'abscence d'un être cher... »
Pan-Servela : « Pété de rire, en plus ya des fôtes : « abscence », ça doit être un mot nouveau ... absence de cens ? de bienséance ? Euh ! c'est quoi les sans papier qu'on remet à la mer, des victimes d'injustices ou des importuns ? »
Nicto : « Je veux penser à nos soldats qui, en ce moment même, risquent leur vie pour notre sécurité et pour la paix. Je veux penser à leurs familles qui vivent douloureusement cette séparation, ... »
Pan-Servela : « Si tu le dis... Mais, pas de misère, pas d'intolérance, pas de guerre. Un homme bien nourrit, gras comme une plaquette de beurre, dont les enfants vont à l'école, il a rarement envie de faire la guerre, comme ça, pour s'amuser. »
Nicto : « Et plus encore à ceux qui pleurent un fils, un mari, un fiancé, un père. »
Pan-Servela : « Il manque les violons ! »
Nicto : « Pour tous les français, cette année a été difficile. La crise économique et financière mondiale est venue ajouter son lot de peines et de souffrances. Chacun de nous en subit les conséquences. »
Pan-Servela : « Ben, t'as qu'à sermonner les banquiers, eux, ils ont bien mangé quand même. Et pis, tes potes, ils se sont passés de caviar cette année ? Par solidarité ? »
Nicto : « Face à cette crise, je mesure la responsabilité qui est la mienne. Cette responsabilité je l'assumerai pour que tous ceux qui en ont besoin soit protégés par l'Etat... »
Pan-Servela : « Tu vas mettre les licenciements hors la loi ? Tu vas augmenter les allocations chômage et la durée des versements ? Tu vas embaucher des infirmières ? La protection de l'Etat, elle se trimbale une drôle de tronche ces derniers temps, genre pétasse ravalée, mais bien vide, finalement. »
Nicto : « ... et que notre pays sorte plus fort de cette épreuve. Depuis que les difficultés sont apparues, je vous ai toujours dit la vérité, et j'ai agi. »
Pan-Servela : « Et ben, ma nouille, la vérité, elle est pas jolie. Et puis t'avais pas trop le choix, elle était dans les journaux. Et encore... Sans doute que des pantins dorment encore dans les tiroirs. Agi ! Agi : Agi ! Agité, oui. »
Nicto : « C'était mon devoir. Le pire aurait été que, dans cette situation, chaque pays décide, sans se préoccuper des autres. Les initiatives que j'ai prises au nom de la présidence française de l'Union Européenne... »
Pan-Servela : « Et Pan ! Un tit coup de pub ! »
Nicto : « ... pour coordonner les actions de tous les européens et pour réunir les chefs d'état des 20 plus grandes puissances mondiales à Washington ont permis d'éviter que le monde s'engage sur la pente du chacun pour soi qui aurait été fatale. »
Pan-Servela : « L'arme fatale, c'est Nicto. Halleluya ! »
Nicto : « De même, l'immobilisme serait une faute »
Pan-Servela : « Une faute de quoi ? Une faute de goût ? Une faute d'orthographe ? »
Nicto : « J'ai promis que les mêmes causes ne produiraient plus les mêmes effets. »
Pan-Servela : « Ben voilà la coupable à tout ce boxon : LA CAUSE ! »
Nicto : « La France a exigé des changements, pour moraliser le capitalisme, promouvoir l'entrepreneur sur le spéculateur, sanctionner les excès inacceptables qui vous ont scandalisés à juste titre, pour redonner à la dimension humaine, toute sa place dans l'économie. »
Pan-Servela : « La France exige, le monde plie. C'est bien connu. En Homerdique du Nord, ils vont mettre tous les escrocs en prison pour faire plaisir à Nicto. En chine, ils vont licencier les prisonniers qui bossent gratos pour que l'occident puisse relocaliser. Ben voyons ! Dans les salles des bourses du monde entier, ils vont coller des photos de gosses avec des gros ventres parce qu'ils crèvent de faim, juste pour rappeler la morale à des traders devenus bouddhistes. »
Nicto : « Nous obtiendrons des résultats lors du prochain sommet de Londres le 2 avril. Dans une période de crise comme le monde n'en avait pas connu depuis longtemps, j'ai essayé de changer l'Europe. »
Pan-Servela : « Ben voui ! T'as pris ta petite mallette à outils, une perceuse, une équerre, un seau de ciment, et, tout seul, avec tes petits bras, t'as colmaté tous les trous moraux du libéralisme. »
Nicto : « Depuis toujours, j'ai la conviction que l'Europe ne doit pas subir, mais agir et protéger. »
Pan-Servela : « Manquerait plus que l'Europe trempe dans les magouilles homerdicaines. Si c'était le cas, ça se saurait ! »
Nicto : « Avec la réponse commune à la crise financière, la résolution de la crise géorgienne, la création de l'Union pour la Méditerranée, l'accord sur le climat et l'énergie, la preuve est faite que désormais, c'est possible. Ce n'était qu'un premier pas, il faut continuer, car je reste persuadé que le monde a besoin d'une Europe forte, indépendante, imaginative.»
Pan-Servela : « Il faut continuer quoi ? A voter Nicto aux élections ? Bon, d'accord, l'Union pour la Méditerranée, j'aime bien... ». Pour tout dire, le jeune homme est en amour pour une jolie marocaine, qu'il appelle, dans ses délires nocturnes, sa princesse.
Nicto : « Les difficultés qui nous attendent en 2009 sont grandes. J'en suis pleinement conscient. »
Pan-Servela : « Je récapépète : 2008 c'était de la bouse, 2009 ça sera la merde. Chic ! »
Nicto : « Je suis plus décidé que jamais à y faire face, avec le souci de la justice, avec l'obsession d'obtenir des résultats.»
Pan-Servela : « Ah ! la mallette et le mortier... Tiens, ça ferait une jolie fable ».
Nicto : « Après avoir préservé les économies de chacun grâce au plan de sauvetage des banques... »
Pan-Servela : « Et les pauv'crétins qui n'ont pas les moyens d'avoir des économies, tu fais quoi pour eux ? »
Nicto : « ... ce sont les emplois de tous qu'il faut désormais sauver. »
Pan-Servela : « L'Elysée va embaucher ! L'Elysée va embaucher ! Je veux bien m'occuper de la morgue de l'Elysée, Moa ! »
Nicto : « Le Plan de relance massif de 26 milliards d'euros qui a été décidé y contribuera. C'est un effort considérable. Des mesures ont été arrêtées pour sauver notre industrie automobile, en contrepartie des constructeurs de ne plus délocaliser leur production. »
Pan-Servela : « Et ils vont vivre de quoi, les prisonniers chinois-gratos ? Hein ? Ils vont vivre de quoi ? De la production des balles de revolver destinées à leur exécution ? »
Nicto : « D'autres initiatives seront prises avec le fonds souverain dont nous nous sommes dotés pour préserver notre tissu industriel. »
Pan-Servela : « Youpi ! Je vais pouvoir lancer ma production de sex-toys à usage unique, en véritable latex. J'embaucherai les ouvriers de chez Micheline qui auront été débauchés. Du pneu au canard. »
Nicto : « Nous serons pragmatiques, attentifs, réactifs. Et s'il faut faire d'avantage, nous le ferons en gardant notre sang froid. Les difficultés, mes chers compatriotes, nous avons les moyens de les affronter. A condition d'être solidaires les uns des autres. »
Pan-Servela : « Pragmatiques : taille du sex-toy ; attentifs : il faut soigner la texture ; réactifs : s'adapter au marché, du canard au pélican. Euh ! garder le sang froid, pas bon plan pour ma campagne marketing. Solidaires... je mettrai une belle photo de Parla Crudi dans la salle des essais. »
Nicto : « Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés. Dans l'épreuve, la solidarité doit jouer, sans que le travail soit découragé. »

Pan-Servela, qui vient de terminer sa troisième bouteille de pinard commence à somnoler devant l'écran. Il capte des mots, par ci, par là. Un doux ronron d'une langue de palmier lui parvient à travers les brumes alcoolisées.

Nicto : « ...RSA ... travail ...récompensé ... efforts ... naître ... préparer ... réformes ... vitales ... l'hôpital ... compétences ... formation ... inextricable ... recherche ... échec ... supérieur ... modestes ... concertation ... réfléchir ... gagner ... libertés ... criante ... Anchois Mignon ... nouveau monde ... innovants ... valeurs ... mérite ... Moyen Orient ... vocation ... chemins de la paix ... droits de l'homme ... défi ... intelligence ... courage ... »

Pan-Servela émerge de temps à autre : « RSA : Revenu social anémié ? Anchois Mignon... et pourquoi pas François Pignon ? »

Nicto : « Vive la République et Vive la France !!! ».

Le fils Ducond, a sombré définitivement dans un coma éthylique qui l'empêcherait d'aller claquer la bise aux badauds, dans la rue. Ce n'est pas une lumière, cet homme. Ses analyses politiques sont bien triviales, voire vulgaires. En même temps, il y a des chances que ses pensées reflètent un certain sentiment de malaise partagé par bien des gens quand la politique condescend à se pencher sur le sort du commun des mortels.

Mais c'est une autre histoire.


Jeudi 1 janvier 2009 4 01 /01 /Jan /2009 15:19
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs
Empty Ducond est en pétard. Certes, il a fait avancer la qualité de la vinaigrette industrielle en affinant un savon spécial, extrêmement mousseux, qui donne à ladite sauce une texture aérienne et oxygénée. Juste comme il faut. Certes, sa jeune maîtresse est remarquable de patience, d'amour et de tendresse. Bien sûr, elle confond le numéro de siège et le numéro de wagon dans le Tégévé, cherchant désespérément le bar en place quatorze. Mais sa disponibilité ferait pâlir n'importe quel homme d'entreprise trop occupé. Il suffit que le barbon se pointe pour que la toison se goinfre. Enfin, c'est ce qu'il croit, parce que le Monsieur est un tantinet suffisant en la matière, comme beaucoup de ses congénères. Certes, ses émoluments l'émeuvent. Mais aujourd'hui, il a un sérieux problème. Il doit trouver un cadeau original et touchant pour son Omlette d'épouse. C'est Noël.
Or, Madame Omlette est tellement gâtée depuis le jour mémorable de leur mariage, que Monsieur Empty commence à manquer d'imagination. Il a très exactement deux heures pour trouver une solution. C'est un pragmatique. Il a sorti son beau stylo et gère le cadeau rigoureusement : les présents du passé face aux caractéristiques de la dame.
Alors...
Omlette ne casse pas d'œufs, c'est le moins qu'on puisse dire. Elle a un doux regard de vache qu'aucune flamme ne vient jamais allumer. A vingt ans elle buvait du Perrier, désormais elle ressemble à la bouteille. Elle est bavarde, elle caquète, elle pérore. Tellement, que le bonhomme aimerait parfois pouvoir trouver l'interrupteur à paroles, et éteindre l'émission, qui ronronne comme un moteur de deux canassons. D'autant que le discours n'a pas un caractère à fort contenu culturel, mais possède à merveille le radotage cultuel. Le pire, c'est quand elle revient des soldes. D'ailleurs la bibliothèque du salon est envahie d'échéanciers de crédits achetés à prix cassés. C'est dire !
Et puis...
Omlette, dans sa folie consommatrice, possède tout ce que la technologie peut offrir d'utile ou d'incongru. Empty a même fait venir d'Homerdique du nord un fer à friser les bichons, pour bichonner le caniche. Dans les réserves, s'entassent pléthore d'objets qui n'ont sans doute servis qu'une seule fois. Il y a...

cadeau Le fer à repasser dans les angles,
cadeau La lime à limer les dents,
cadeau Le presse ail de Garonne, différent du presse ail de Piolenc,
cadeau Le four à sécher les peaux de bananes,
cadeau La crêpière à crêpes carrées, option croque-madames,
cadeau L'aspirateur sélectif pour poils de bichons, qui aspire aussi les poils de caniches, et les aiguilles à tricoter en cadeau de bienvenue,
cadeau L'aiguiseur électrique de ciseaux cranteurs (ce ne fut pas une mince affaire que de le mettre au point !)
cadeau L'extracteur de poils récalcitrants accompagné du coupe-ongles incarnés, le tout dans un bel écrin bois et velours, avec manche en os... un produit de luxe,
cadeau Un service entier de cuillères télescopiques...

Voilà une bonne heure qu'Empty recense les trésors de Madame, et la liste des possibilités s'amoindrit à mesure que celle des possédées enfle. Il décide donc de prendre le problème par un autre bout. Il se fend d'une description la plus réaliste possible des goûts de Madame...
Omlette aime les meubles contemporains et les tissus bigarrés. Elle a peur du feu. Elle fait preuve d'une rare prévoyance qui relègue l'aventure au rang d'impossibilité. Elle éprouve un faible pour les dorures, surtout quand elles sont clinquantes. Elle adore les fleurs séchées et le chant grégorien. Elle est bigote au point qu'une grenouille est un enfant de cœur, à comparer. Elle se pâme devant une fourrure. Elle... l'emmerde, prodigieusement, même si, pour des raisons essentiellement vénales, il n'envisage pas de la plaquer comme un malpropre. Régime matrimonial oblige.
...
Sous le sapin de Nöel, Omlette, émerveillée, trouva dans une enveloppe un bon pour « une convention obsèque de grand luxe ».

Les pubs à la télé, ça a du bon... Mais c'est une autre histoire.

cadeau

Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 23:13
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs
2017. C'était l'année du grand changement. Un aréopage de scientifiques tenaient séance du matin jusqu'au soir. Il y avait là des sociologues, des historiens, des psychologues, des économistes, des journalistes, et tout une cohorte de penseurs triés sur le volet, consultés pour leur expertise. Parfois, un livreur ravitaillait l'assemblée, consignée tant qu'elle n'aurait pas rendu son rapport. Un peu comme un concile, sans la fumée. Par contre, le pain sec avait été remplacé par de la brioche, et l'eau par du champagne. On ne traite pas les serviteurs de la république comme des cardinaux.
Les débats étaient vifs, et, parfois, agressifs, chacun soutenant avec conviction des arguments, attirant l'attention sur un point de détail qui n'est serait plus un, au final. Tout était épluché, décortiqué, disséqué. De l'âge à la couleur de cheveux, des attirances sexuelles aux choix de marque de bière. Rien ne serait laissé au hasard. Il fallait que le dossier soit parfait : clair, étayé, sans ambiguïté.
C'est ainsi qu'après trois semaines de débat, le document, top secret, fut remis aux instances en charge du problème.
...
Tous les services pour l'emploi furent mobilisés. Le profil du candidat qu'ils devaient repérer, dans leurs informatiques méandres, présentait de curieuses caractéristiques. Ça jasait ferme, ça commentait, ça papotait. La demande était incongrue. Elle émanait d'une entreprise inconnue, dont les références ne figuraient dans aucun registre et paraissait, presque, caricaturale, jusqu'à ce que l'on prenne connaissance du salaire. C'était des émoluments de ministre...

L'offre était formulée de la façon suivante :
« Recherchons homme, entre quarante et cinquante ans, pour mission très particulière. Il devra aimer avec passion les sports de balle, préférer le vin rouge au champagne. Il ne devra n'avoir exercé, dans sa précédente carrière professionnelle, que des missions en extérieur. Plutôt noctambule, n'aimant pas se lever le matin, il sera enclin à une certaine nonchalance. Il n'est pas demandé de qualification particulière pour ce poste, si ce n'est une capacité certaine à comprendre ce qu'un interlocuteur explique. Etc... »
La liste des attitudes et aptitudes n'en finissait pas, les agents de l'état s'arrachaient les cheveux, ne dénichant pas cet oiseau si rare.

Robert Bonnechoses glandait, comme tous les matins, devant ses séries préférées, tout en buvant un bol de café dans lequel il trampouillait d'énormes tartines de camembert. Toute sa journée était programmée, comme celles d'avant d'ailleurs, et comme celles d'après... enfin, c'est ce qu'il croyait. Il alluma sa première cigarette, qu'il savoura, en tirant de longues goulées de fumée. Il irait se faire sa petite virée au bar du Bonsourire un peu plus tard, pour taper la coinche et boire le vin nouveau. Il retrouverait ses potes Jojo (qu'on appelait Le Mérou) et Paulo (qu'on n'appelait pas). Le trio rebâtiraient le monde, entre deux verres, avec une habituelle verve cassante, un tantinet méchante et désabusée.
C'est que Robert était l'archétype de l'échec d'une société qui passe ses membres à la moulinette. Entre surpression professionnelle à laquelle il n'avait pas résisté, aumône étatique qui le maintenait dans une misère ordinaire, et abandon humain, il s'était réfugié dans l'inaction. Au moins, personne ne venait lui rappeler qu'il n'avait pas réussi. Il se gargarisait d'un passé qu'il avait revisité, ne fréquentant que ses semblables.
Dans l'après-midi, il fit sa petite sieste, comme à son habitude. Et se prépara à regarder la finale de la coupe de France, qui promettait d'être torride : le choc des Olympiques, Marseille contre Lyon.

C'est au moment du coup d'envoi que le programme s'interrompit et que le monsieur du journal de 20 heures fit son apparition. Il était en direct d'un petit village de la campagne profonde. Et Robert reconnu son village. Excité comme un puce sur le dos d'un clébard, il se précipita vers l'extérieur... pour se retrouver nez à nez avec une compagnie de la garde républicaine.
« Monsieur Bonnechoses, si vous voulez bien nous suivre ».
L'homme de 20 heures : « Nous avons le plaisir de vous annoncer que le Président de la République a été désigné. Comme vous le savez, le profil du dirigeant a été fort complexe à déterminer. En effet, selon la loi de janvier 2017, il fallait trouver la personne la moins avide de pouvoir et la plus loin possible de la fonction, tout en veillant à sa capacité à l'adaptation.
Je vous rappelle que, désormais, occuper la plus haute fonction de l'état est une punition. Et que seul un président qui aura été un bon président pourra quitter le siège et retourner à ses occupations... ».

Pendant que Robert montait dans l'élégante automobile qui l'attendait, il se disait que s'en était fini des grasses matinées, des pintes de picrate avec les copains et des matchs de foot à la télé. Il était dépité, dépité et malheureux. Il se promis de ne pas dépasser les trois ans réglementaires.

Empty Ducond, installé lui aussi devant son petit écran, était hilare. De toutes façons, ça ne pouvait pas être pire que les mandats apocalyptiques de Nictoplasme Razratis, qui avait fini par se sauver en Argentine quelques mois avant la fin de son deuxième quinquennat, le pays frisant la guerre civile.

Mais c'est une autre histoire...



Vendredi 30 janvier 2009 5 30 /01 /Jan /2009 12:17
- Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs

Il y a eu une révolution, en Tunisidore. Le Tunisidore est une contrée perdue quelque part, au bord d’un autre continent. Empty ne pourrait même pas le positionner sur une carte. Il s’en fout, Empty. Les seules choses qui l’intéressent, c’est de vendre son savon, de courir la drôlesse, d’avoir la paix avec son Homlette d’épouse, et que son fils quitte la maison, marié si possible. Les grandes causes ne le touchent pas plus qu’un panaris sur la crête d’un poulet. La vague déferlante de tusisidoriens, en flot continu, le laisse perplexe. D’une part, et avec un peu de chance, il pourra augmenter ses ventes de savon, atteindre ses objectifs commerciaux en berne depuis la  C.R.I.Z. D’autre part, il y a tout ce qu’on raconte… l’insécurité ou les moutons dans les baignoires… par exemple.

Alors ce soir, il a décidé de regarder le journal tévé. Parce que Nicto, le grand président, va rencontrer son homologue italien, Bilbo Merluscampi. Pour sûr que ces deux-là vont trouver une idée !

 

Le ton amical et affectueux de Nicto, lorsqu’il a expliqué pourquoi il avait eu l’initiative de cette entrevue, était très consensuel. Il ne souhaite qu’envisager toutes les pistes pour juguler l’afflux de ces affreux. Il ne laissera pas notre beau pays aux mains de ces traîne-guenilles, de ces miséreux avides de nos richesses.

 

D’habitude, Nicto et Bilbo s’entendent comme larron en foire. Quand l’un organise des parties fines, l’autre affine ses parties. Oups ! Enfin, il fait du jogging !

Mais voilà que le Bilbo, assailli par une nuée de navigateurs, sur une île lointaine, a décidé d’évacuer ce trop-plein aux dépends de Nicto. Il a vu rouge, le Président. Il a décidé d’aller s’expliquer avec son futur et hypothétique ex-pote.

 

Evidemment, de part et d’autre des Alpes, la presse fait son chou-romanesco du combat des chefs. Chacun se perd en conjectures sur la teneur des entretiens, et l’issue de l’altercation. Que vont proposer ces deux créatifs à une Europe affolée ? Et comment vont-ils gérer cet écueil ?


Merluscampi, fidèle à lui-même, a organisé les choses en grand, en clinquant. Lorsque l’avion de Nicto, a atterri à l’aéroport de Rome, le Bilbo avait convoqué l’orchestre amateur de la rue Saint-Jean, afin que l’hymne national français soit interprété… après l’italien, faut pas déconner non plus.

La collation d’accueil est distinguée, arrosée d’un Chianti jeune d’excellente facture. L’éleveur est un ami de Merlu. Merlu a beaucoup d’ami dans des secteurs d’activité festifs. On dit, en Italie, que manger bien, c’est manger Merlu. Et que copuler bien, c’est se faufiler dans les soirées Merlu.

Après cette mise en bouche exquise, Merlu emmène son alter-ego dans la chambre des discussions. Chacun s’empare d’un porte-voix, se cale dans son angle de pièce. La négociation peut commencer.

 

Merlu : « Couille de zébu ! »

Nicto : « Peau de fesses liftées ! »

Merlu : « Manche de balai à vécé ! »

Nicto : « Ride avachie ! »

Merlu : « Acrobate de salon ! »

Nicto : « Bronzé des lampes à huile ! »

Merlu : « Pneumatique en saindoux ! »

Nicto : « Pantin en costume de singe ! »

Merlu : « Obsédé du pif et du paf ! »

Nicto : « Obsédé du tendron de veau ! »

Merlu : « Mari d’une italienne ! »

Nicto : « Mari abandonné ! »

Merlu : « Cyrano de Verge en Vrac ! »

Nicto : « Chiant comme une case à nova ! »

Merlu : « Putride écervelé !»

Nicto : « Pustule éclatée ! »

Merlu : « Palimpseste effacé ! »

Nicto : « Euh ! C’est quoi un palimpseste ? »

Merlu : « Pamplemousse desséché »

Nicto : « Zarbi de bazar ! »

Merlu : « Euh ! c’est quoi un zarbi ? »

Nicto : « Pauv’ thon ! »

Merlu : « Pauv’ fion ! »

Nicto : « Pauv’ con ! »


Le débat est clos. Tout a été dit. Bien évidemment, cet édifiant dialogue s’est déroulé sans témoin. Sinon ce ne serait pas convenable.

Après une dernière poignée de main, les deux présidents conviennent de présenter une requête à la prochaine réunion européenne : demander au Conseil de doter le Tunisidore d’une subvention astronomique destinée à aider les autochtones sur leur territoire. Mais comme les médias sont désagréables et partisans, ils n’ont pas évoqué cette brillante idée aux journaux de vingt heures.

 

Empty Ducond est frustré, rien n’a transpiré de la rencontre au sommet. Mais c'est une autre histoire...

 

porte voix

 


 

Relire les histoires "Ducond and Co"


Mardi 26 avril 2011 2 26 /04 /Avr /2011 22:49
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs

It's me

Déposé...

sceau1.gif
  00041548


 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés