A quoi peut bien servir le journal intime d'une poissonne, polissonne, qui fanfaronne au fin fond d'un abysse ?
A rien, mais ça défoule quand la houle bouscule un peu trop. Encore que « journal intime » soit un bien grand mot. Je n'ai pas d'appétence pour la divulgation d'un quotidien, somme toute assez
banal, pour ne pas dire terne. Cependant, il m'arrive de jeter, rageusement, tendrement, dubitativement, subitement, méchamment, gaiement, aimablement, soudainement ... et avec scepticisme, des
phrases qui m'envahissent et me polluent jusqu'à ce qu'elles soient notées. Ce manège dure depuis un bon bout de temps déjà, et dans mes cahiers s'entassent les bulles de la Tanche.
Alors Je me souhaite la bienvenue dans ma nouvelle lubie, où rien ne sera logique, pas plus la chronologie, que le contenu. Normal, je vais ressortir du placard de vieilles ronchonneries qui
n'attendaient que le clavier. Où rien n'aura de sens, pas plus ce que je raconterai que ce je ne dirai pas. Normal, une fulgurance n'a rien à voir avec une quelconque vérité.
J'ai juste envie de déverser, au milieu d'un océan de mots qui gigotent, ces petits œufs que je ponds chaque jour, ou presque.
La Tanche, le 1er janvier 2009
La petite phrase du jour « La pudeur est la conception la plus raffinée du vice. Elle parachève l'hypocrisie des sentiments.
» Maurice Dekobra
... comme une daube sur un lit de sable. C'est les vacances, alors je suis entrée en léthargie profonde, ce
moment où plus rien ne peut m'atteindre. Je tricote des écharpes devant l'aquarium où le spectacle change, il va du conte de Noël à l'actualité la plus triste. Mais j'ai décidé que rien ne
perturberait, j'ai mis mon cerveau, mon cervelet, mon moi, mon ça, mon sur-moi, mon inconscient, tout mon petit monde intello-morveux, en congés. J'en ai marre des pensées non constructives, des
rêves qui ne servent à rien, des projets hypothétiques. J'ai juste envie d'une eau chaude, de plages de sable fin, de palmiers et d'un hutte en bois. Et puis de boire du lait de coco, de manger
des coquillages et de brouter de la salade. J'ai juste envie d'être ailleurs, de fuir ce fleuve froid où tout n'est que mensonge et magouilles. C'est pas le pied, dans mon monde, ces derniers
temps.
La Tanche, le 2 janvier 2009
La petite phrase du jour
On ne peut être heureux si l'on ne désire rien. Henri Laborit
Il y a tout plein de gros poissons qui ont été ruinés par la crise. Et ça, et bien ça me fait un plaisir
infini. Ces requins de la finance en ont bien profité pendant longtemps, faisant marner le menu fretin dans leurs grandes usines à monnaie. Avec une incroyable inconscience, ils ont monté des
escroqueries pyramidales. Yen a même qui se sont suicidés. Bon, Je ne me réjouis pas de la mort d'un cabillaud, ça non. Mais que quelques fortunés thons se retrouvent à la soupe de poisson
populaire, si ça pouvait servir de leçon, et bien ce serait une chose juste. Le problème c'est, que dans leur débâcle, tous ces malhonnêtes, ces inconscients, risquent d'entraîner de pauvres
petits vieux harengs qui croyaient que leurs placements mettraient du saindoux dans leurs algues. Ces naïfs sont maintenant condamnés à la soupe à la grimace, fade et liquide. Ils auraient mieux
fait d'acheter des perles de culture. Rien n'est juste dans l'océan. Parce que, quand tous ces malfaisants, ces faisans, auront bien remué la boue, ils auront blanchi leurs pépètes dans d'autres
lagons. Et nous autres, moules, sardines et autres habitants du fond, nous n'auront plus que nos ouies pour écouter ces horribles savourer leur caviar.
La Tanche, le 3 janvier 2009
La petite phrase du jour
Il ne faut jamais gifler un sourd. Il perd la moitié du plaisir. Il sent la
gifle mais il ne l'entend pas.
... Comme une vieille raie. Je parle toute seule, sous ma douche, dans ma chariote, en marchant, chaque fois
qu'un moment se prête à sortir les réparties qui ne sont pas venues au bon moment. Le sénilité commence. C'est pas que je sois trop vieille encore, mais la jeunesse est derrière. Et vivre seule
m'a donné de drôles d'habitudes. J'ai mes petits rites personnels. Comme toujours laisser une goutte de café pour le matin, parce que je déteste me lever sans ma tasse. Comme décorer mon antre à
la bohémienne, avec des couleurs, un tricot qui traîne dans un coin, un portrait de mon poisson d'amour que j'ai commencé à barbouiller et que je ne termine pas, par superstition, de peur
qu'achever l'œuvre n'achève l'histoire aussi. Mais ce que je fais le mieux, comme toute tanche moyenne, c'est tenir des discours, bredouiller des monologues très écrits, avec plein de jolis mots
compliqués. C'est construire des argumentaires imparables qui ne serviront jamais. Je me dis bien que c'est inutile et que, parfois, ça ressemble à de la démence précoce, mais qu'est-ce que
j'aime ça ! Et puis, ça me permet d'insulter copieusement toutes les empêcheuses de tourner en rond, toutes les sardines jalouses qui envient ma joie de vivre, mon enthousiasme, ma propension à
rêver et à vouloir réaliser mes rêves. Comme ça, quand l'outre à méchancetés est bien pleine, je la vide, ça va mieux, ça ne fait de mal à personne, et c'est mon petit secret.
La Tanche, le 5 janvier 2009
La petite phrase du jour
Apprendre à mourir ! Et pourquoi donc ? On y réussit très bien la première fois
!
... tout ce que la vie me met sous la nageoire. Je compile mes rêves. J'amasse mes souvenirs. Je collectionne
les lettres, les messages, les petits papiers. Je remplis des armoires de ces choses que l'on accumule au fur et à mesure que passent les jours. Total, mon logis est plein de recoins occupés. Il
y a la caisse à tissus, de petites chutes qui serviront un jour à faire ... quelque chose. Il y a la bibliothèque où s'entassent les bouquins, même quand ils n'ont plus été ouverts depuis des
lustres. Il y a les outils de bricolages, que je ne sors qu'une fois l'an, et encore. Il y a les décorations de Noël, qui s'empoussièrent en attendant qu'un sapin, veuille bien pousser sur le sol
carrelé. Alors, bien sûr, dans ma cervelle de tanche, c'est tout pareil. Il y a des recoins encombrés. Il y a le classeur à rires, ceux de l'enfance et ceux de l'âge adulte. Il y a la penderie
aux pantalonnades, où chaque cintre porte sa couillonnade. Il y a la commode où chaque tiroir contient les restes déchirés d'une histoire d'amour raté. Il y a la valise à silences, tous ces
silences si différents les uns de autres, quand on pleure ou quand on savoure, quand on espère ou quand on se résigne. Mais, au plus secret, il y a une malle aux trésors, et personne, jamais, n'a
cherché à l'ouvrir.
La Tanche, le 7 janvier 2009
La petite phrase du jour Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux. Proverbe bambara
J'ai un côté vache. Faut dire que toutes ces algues à digérer, ça reste sur l'estomac, certaines fois. L'algue
est la mesure qui permet aux tritons et autres requins pèlerins, de parsemer des peaux de bananes sous la nage des poissons. Au ruisseau, on parle de peau d'algue. L'expression couramment
adoptée, c'est : « Tin de Sardine ! Elle m'a engluée dans une peau d'algue ». Et c'est devenu le jeu favori de toute une catégorie de chondrichtyens et autres ostéichtyens que d'engluer son
prochyen. Faut dire que la conjoncture ressemble plus à du sable après un tsunami qu'à un petit lac calme et serein. Alors, histoire de ne pas perdre trop, c'est à qui refilera sa mélasse au
voisin. Forcément, à ce jeu là, repasser la mélasse et semer de la peau d'algue, ya des poissons plus doués que les autres. Forcément, il faut bien que les musettes de certains absorbent ce que
les premiers déversent. J'en ai plein de jabot de digérer les déchets des autres. Il y a sans doute un autre destin que de remplir sa cartouchière du gibier d'autrui, de le dépecer, le plumer,
l'écailler, le vider... au final le cuisiner et de ne pas partager le festin.
La Tanche, le 9 janvier 2009
La petite phrase du jour
On croit que les rêves, c'est fait pour se réaliser. C'est ça, le problème des
rêves : c'est que c'est fait pour être rêvé.
Coluche
Je tiens le coup, quoiqu'il arrive. Je suis inoxydable. Une sorte de refuge pour mon entourage. D'ailleurs les
relations me paraissent souvent bizarres. Tout d'abord, les autres se penchent poliment pendant quelques minutes sur mes soucis, et puis, quand ils pensent qu'ils ont assez écouté, ils embrayent
sur leurs propres préoccupations. Et je me trouve vite débordée par tout ce qui est déversé à mes pieds. J'écoute, écoute, écoute. Je deviens une espèce de grosse ouie qui ouit. Et Qu'ouis-je ?
Les mille et unes préoccupations qui empoisonnent mes interlocuteurs, les tonnes de conseils qu'ils donnent, leurs infinies considérations sur un monde décidément malsain. Bon, j'en rajoute un
peu. J'ai fort heureusement, dans mon ruisseau, des gentils poissons qui m'accordent régulièrement une nageoire bienveillante pour consoler mes chagrins. Pourtant, si le rôle de confidente ne me
rebute pas et que je prends du plaisir à accueillir la parole de l'autre, j'ai quand même envie que quelqu'un, un jour, me donne de son temps (beaucoup de temps). Pour moi toute seule. Un de ces
jours, je vais aller m'allonger sur un dit-vent.
La Tanche, le 11 janvier 2009
La petite phrase du jour Le trop de quelque chose est un manque de quelque
chose. Proverbe arabe