Mon ange des bibliothèques




R. Gomez De La Serna

poche. Paru en 01/1995

Ecrivain espagnol - Né en 1891 à Madrid- Décédé en 1963 à Buenos Aires. Sur ce cher Ramon, je n’ai pas trouvé grand chose, hormis le fait qu’il serait l’un des écrivains les plus prolifiques de son temps. Et puis j’ai dégotté une citation, je vous la livre : « Il y a des bigotes qui prient comme les lapins mangent de l'herbe. »

Le livre

C’est l’un des écrits les plus atypiques qu’il m’ait été donné de lire. Ce n’est pas un roman, ce n’est pas un essai. Non ! C’est un catalogue, un inventaire fou, le dictionnaire délirant d’un mono-maniaque, n’abordant qu’un seul et même sujet, qu’un seul et même objet : le sein de la femme. C’est le livre d’un grand adorateur de seins, d’un collectionneur fébrile et compulsif. La profusion est de mise. Certains grands espagnols ont couru le tour de France, lui a couru le tour des seins. En plus de quatre-vingt textes, Gomez de la Serna dresse un panorama, pas loin d’être exhaustif, de tous les seins de la terre.

J’ai découvert ce livre à sa sortie. Et j’ai plongé dans cet univers parfois lyrique, parfois baroque, émaillé de métaphores ahurissantes, avec un bonheur sans égal. D’ailleurs, je le parcours souvent, tant il est simple d’ouvrir une page au hasard et de se laisser surprendre par un sein. Je picore des seins, comme une poule, des graines.

Des « Seins de Sirène », aux « Seins difficiles d’accès », L’auteur nous enseigne l’infinie variété de ses rencontres, sa passion pour cette excroissance charnue, si féminine.

Bref, vous n’êtes pas obligés de me donner un blanc seing, mais ce bouquin est une fabuleuse ballade dans un univers surréaliste. Et je suis sûre que ce cher Ramon, sans doute installé au paradis de tous les Saints, aurait préféré vivre son éternité au jardin de tous les seins.

L'extrait

Celles qui furent tuées par leurs seins

Il y a des femmes aux seins splendides et rebelles qui sont consumées, aspirées et « suicidées » par leur seins. Leurs seins ne pouvaient demeurer vierges et abstinents. Elles leur imposèrent leur volonté têtue de chasteté et leurs seins, en colère, se retournèrent contre elles, entamant une lutte sourde, une terrible rébellion. Ces femmes employèrent leurs heures exubérantes à aplatir leurs seins, dans un combat désespéré, une lutte terrible contre eux.

Mais leurs seins furent vainqueurs, se fortifièrent à leurs dépens, leur arrachèrent les entrailles, les vidèrent et se tendirent au vent comme d’arrogants étendards dont elles n’eussent été que la hampe décharnée. Défaites, elles regardèrent leurs seins triomphants, les seins qui leur avaient volé leurs poumons, les leur avaient séchés, et elles pressentirent leur fin. Leur mort s’ensuivit rapidement, car il n’y a pas qu’une balle de revolver pour contrarier la vie : une absurde abstinence le fait tout aussi bien.


Jeudi 20 juillet 2006 4 20 /07 /Juil /2006 20:58
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Histoires humoristique 

Stephen Leacock

poche. Paru en 08/1972

Ecrivain canadien né en 1869 et mort à Toronto en 1944. Internet est une mine de renseignement sur cet auteur, manifestement connu dans les pays anglo-saxons. Né dans un milieu bourgeois, Leacock commence des études de littérature avant de devenir instituteur. Il a, durant sa vie, écrit nombre de livres humoristiques, le plus célèbre étant « L’île de la tentation ». Des anecdotes, sur la toile, on en trouve en pagaille. Je ne m’étendrais donc pas sur ce sujet. J’ai juste voulu retenir deux phrases de ce prolixe auteur :
« La publicité, c'est la science de stopper l'intelligence humaine assez longtemps pour lui soutirer de l'argent. » 
« On peut dire tout ce qu'on voudra sur la vieillesse. Ca vaut mieux que d'être mort.»

 

Le Livre

Ce livre de poche, je l’ai dégoté, il y a plus de vingt ans, à Paris, dans une grande librairie du boulevard Saint-Michel, librairie qui offre au chineur nombre d’ouvrages quasiment introuvables. C’est un recueil de nouvelles, toutes plus originales les unes que les autres. On dirait presque une encyclopédie de la médiocrité ordinaire. Toutes ces nouvelles sont de petits bijoux, ciselés, qui inventent aussi bien d’ahurissants jeux pour s’occuper l’hiver, que des maladies nouvelles du costume de rond-de cuir. Et je ne parle pas des conseils pour ne pas se marier ou encore des crises de panique à la banque d’une pauvre homme. Bien écrit, se lisant facilement, cet ouvrage est à déguster, petit morceau par petit morceau, au cours des longues soirées de froidure qui ne vont pas manquer de nous attendre… On le trouve encore en achat d’occasion.

 

L’extrait (j’ai choisi la plus brève des nouvelles)

Une nouvelle nourriture

J’apprends par les journaux les plus récents que « le professeur Plumb de l’Université de Chicago vient d’inventer une nouvelle forme extrêmement concentrée de nourriture. Tous les éléments nutritifs y sont assemblés sous forme de granules dont chacun contient de cent à deux cents fois autant de substance nutritive que cent grammes de n’importe quel produit alimentaire normal. Ces granules, dilués dans de l’eau, fournissent tout ce qui est nécessaire au maintient de la vie. Le professeur envisage avec optimisme la révolution que ses travaux ne manqueront pas d’introduire dans le mode d’alimentation habituel ». Ce genre de chose est peut-être excellent à sa manière, mais il ne manquera pas de comporter quelques inconvénients. Dans le brillant avenir que le professeur Plumb considère avec optimisme, ont peut très bien envisager des incidents comme celui-ci : 
La famille souriante était rassemblée autour de la table. La chère abondante se présentait sous la forme d’une assiette à soupe devant chacun des enfants rayonnants, une bouilloire remplie d’eau bouillante devant la maman radieuse, et tout au bout, le dîner de Noël de ce foyer heureux, chaudement recouvert d’un dé à coudre et reposant sur un jeton de poker. Les chuchotements d’impatience des petits s’apaisèrent quand le père de famille se leva de sa chaise, souleva le dé à coudre pour découvrire la petite pilule d’aliments concentrés sur le jeton devant lui. La dinde de Noël, la sauce aux airelles, le plum pudding, le mince pie, tout y était, le tout concentré en cette pilule minuscule et n’attendant que de grossir. Puis, avec le plus grand respect, le père, son œil voyageant de l’aliment concentré au ciel, éleva la voix pour prononcer le bénédicité. A ce moment, cri d’angoisse de la mère. " Oh ! Henry, vite ! Bébé a attrapé les pilules. ". Ce n’était que trop vrai. Le cher petit Gustavus-Adolphus, le cher petit enfançon blond, avait saisi le dîner entier sur le jeton de poker, l’avait avalé tout entier. Trois cent cinquante livres de ravitaillement concentré descendaient dans l’œsophage du petit imprévoyant. " Tape-lui dans le dos, cria la mère aux abois, donne-lui à boire ". Idée fatale. Tombant sur la pilule, l’eau fit se dilater cette dernière. Il y eut un grondement sourd, suivi d’une terrible détonation. Gustavus-Adolphus éclata en morceaux. 
Et quand on rassembla le petit corps, les lèvres du bébé s’éclairaient d’un sourire de bonheur que ne pouvaient refléter que les traits d’un enfant ayant avalé treize dîners de Noël.

 

Ouvrages de Leacock que l’on trouve assez facilement


     - Le plombier kidnappé

     - L'île de la tentation

     - Qui est le coupable ?


Vendredi 27 octobre 2006 5 27 /10 /Oct /2006 07:47
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Le K
Dino Buzzati
poche. Réédité en 02/2002


Dino buzzati, écrivain italien né en 1906, est connu pour son roman « Le désert des Tartares », adapté au cinéma. Il est né le 16 octobre 1906 à Belluno . Il fait des études de droit et se lance dans une carrière littéraire très tôt. Il écrit des poèmes. Il est également peintre , plusieurs de ses toiles ont été reproduites dans l’Art Fantastique. Une de ses pièces « Un cas intéressant » a été adaptée par Albert Camus et jouée à Paris en 1956.

En 1928, il entre à la rédaction du Corriere della Serra, où il restera durant toute sa vie professionnelle et deviendra titulaire de la critique d’art. Il sera également correspondant de guerre pendant un an.

Auteur de nombreuses nouvelles, de romans et de pièces, il apprend en 1971 qu’il est atteint d’un cancer et se retire dans son village natal où il va écrire ses dernières nouvelles. Il meurt le 28 janvier 1972.

Le Livre

Une cinquantaine de contes fantastiques composent l’ouvrage où l’on retrouve les thèmes familiers de Dino Buzzati… où l’on parle de la fuite des jours, de la fatalité de notre condition de mortels, du mystère de la souffrance et du mal. J’ouvre souvent ce livre au hasard et relit une de ces histoires, qui sont courtes, et je ris ou je suis émue, mais toujours je réfléchis. La façon de raconter de l’auteur se colore de désenchantement, elle est souvent pathétique. Les personnages, les objets, les décors sont croqués avec une tranquille présence, dont la chair s’incarne de mots secs, de traits dépouillés.

Une balade au pays de l’irréel pour parler d’angoisse, de solitude, de vieillissement, de doute, d’attente, une balade poétique.

L’extrait

Comme d’habitude, Mme Klara emmena son petit garçon, cinq ans, au jardin public, au bord du fleuve. Il était environ trois heures. La saison n’était ni belle ni mauvaise, le soleil jouait à cache-cache et le vent soufflait de temps à autre, porté par le fleuve.

On ne pouvait pas dire non plus de cet enfant qu’il était beau, au contraire, il était plutôt pitoyable même, maigrichon, souffreteux, blafard, presque vert, au point que ses camarades de jeu, pour se moquer de lui, l’appelaient Laitue. Mais d’habitude les enfants au teint pâle ont en compensation d’immenses yeux noirs qui illuminent leur visage exsangue et lui donnent une expression pathétique. Ce n’était pas le cas de Dolfi ; il avait de petits yeux insignifiants qui vous regardaient sans aucune personnalité.

Ce jour là, le bambin surnommé Laitue avait un fusil tout neuf, qui tirait même de petites cartouches, inoffensives bien sûr, mais c’était quand même un fusil ! Il ne se mit pas à jouer avec les autres enfants car d’ordinaire ils le tracassaient, alors il préférait rester tout seul dans son coin, même sans jouer. Parce que les animaux qui ignorent la souffrance de la solitude sont capables de s’amuser tout seuls, mais l’homme au contraire n’y arrive pas et s’il tente de le faire, bien vite une angoisse encore plus forte s’empare de lui.

Pourtant quand les autres gamins passaient devant lui, Dolfi épaulait son fusil et faisait semblant de tirer, mais sans animosité, c’était plutôt une invitation, comme s’il avait voulu leur dire : « Tiens, tu vois, moi aussi aujourd’hui j’ai un fusil. Pourquoi est-ce que vous ne me demandez pas de jouer avec vous ? »

… suite de l’histoire…

« Oh ! le pauvre petit ! » s’apitoya une jeune femme élégante qui parlait avec Mme Klara.

Et secouant la tête, elle caressa le visage défait de Dolfi.

Le garçon leva les yeux, reconnaissant, il essaya de sourire, et une sorte de lumière éclaira un bref instant son visage pâle. Il y avait toute l’amère solitude d’une créature fragile, innocente, humiliée, sans défense ; le désir désespéré d’un peu de consolation ; une sentiment pur, douloureux et très beau qu’il était impossible de définir. Pendant un instant –et ce fut la dernière fois- il fut un petit garçon doux, tendre et malheureux, qui ne comprenait pas et demandait au monde environnant un peu de bonté.

Mais ce ne fut qu’un instant.

« Allons, Dolfi, viens te changer ! » fit la mère en colère, et elle le traîna énergiquement à la maison.

Alors le bambin se remit à sangloter à cœur fendre, son visage devint subitement laid, un rictus dur lui plissa la bouche.

« Oh ! ces enfants ! quelles histoires ils font pour un rien ! s’exclama l’autre dame agacée en les quittant. Allons, au revoir, madame Hitler ! ».

Mercredi 17 janvier 2007 3 17 /01 /Jan /2007 07:15
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Figures de Style – Axelle Beth, Elsa Marpeau
Le mot juste – Pierre Jaskarzec

 
Ah ! la collection qui met à la portée de bourses modestes des éléments de culture. Sont édités des romans, des nouvelles, des compilations qui parlent de sagesse, de méditation ou de paix intérieure. Et puis, les amoureux de la langue, comme moi, ont un plaisir presque jouissif à consulter des ouvrages qui musardent au pays des discours didactiques. Vagabonder au chemin des mots, de la grammaire, de la synthaxe et autres réthorique… Un voyage, souvent.
Depuis quelques jours, je me plonge dans ces deux là, qui viennent de rejoindre, éparpillés sur mon lit, les encyclopédies, grammaires et autres dictionnaires. Ben voui, je garde au chaud la place de l’homme, celui qui devrait me serrer dans ses bras, et je partage ma couche avec des bouquins. Elle pourrait être vide, ma couche, et ce serait triste.

Le mot juste
Donc, je me délecte du mot juste, non pas que je veuille en user. Des fois, c’est assez drôle de prendre un mot pour un autre. Lorsque le cerveau crée de ces circuits qui déraillent, alors j’invite à l’Opéra la copine que avec qui je voulais partager l’apéro… Entre nous, ce n’est pas le même investissement. Bel canto contre saucisse coktail.
Ce précieux mémo, celui sur le mot juste, met en perspective ces noms, verbes, adjectifs qui se ressemblent, que, souvent l’on confond. Et du coup, je m’amuse, avec ces presque jumeaux, à construire des morceaux de phrase, des situations ambigues. Je découvre… Mes certitudes littéraires en prennent un coup.
Quelques exemples ? Euh !!! Comment choisir, comment dire ?
Tiens : « rebattre les oreilles ». Il me plait bien celui là. Alors que j’entends souvent « rabattre les oreilles ». N’étant pas trop sûre, je ne disais trop rien. Je pourrais toujours faire remarquer à celui ou celle qui me fera reproche de lui rabattre les oreilles, ce qui arrive, étant incroyablement bavarde, que, jusqu’à preuve du contraire, je n’ai pas saisi mon sécateur pour lui tailler l’accessoire en pointe, pas plus que je n’ai scotché son pavillon. Une oreille n’est pas une plante. D’ailleurs, le jour où je rabattrai les oreilles de mon interlocteur, il sera probablement tranquille, et ne sera plus gêné par le fait que je lui rebatte les oreilles.
Ou encore, celui là, que j’affectionne particulièrement : « Forfait vs forfaiture ». Pas mal ? Je ne vais pas épiloguer… Si ! Je vais les mettre en situation :
-« Monsieur le Percepteur, vous venez de me taxer fortement par des procédés frauduleux, c’est un crime ! Que dis-je un crime, c’est un infâme forfait ! »-.
-« Non, Madame, c’est une forfaiture ! ».
Je sais, je fais la maligne (et non maline, comme « le mot juste » l’affirme. Mais il y a peu, je ne faisais pas vraiment la différence).

Figures de style
Là où l’on découvre le plaisir de manier l’allégorie ou le chiasme, l’épanode ou l’aposiopèse. Pour être honnête, à part l’allégorie, si j’avais déjà croisé les autres termes, j’en ignorais absolument le sens, et l’utilité d’ailleurs. Je crois que je vais bien m’amuser.
Un p’tit coup de tmèse ?
-« Je voudrais apprendre l’art, Bô Chanteur, de vous aimer de toute mon âme… »-.
D’aposiopèse ?
Lui : -« Ah ! Penny ! Qui es- tu vraiment ? »-.
Elle : -« Je suis… As-tu déjà vu un poisson-chat ? »-.
Et puis, il y a l’oxymore, ou oxymoron, que Cyrulnik a popularisé… « un merveilleux malheur ».
-« Mon Bô Chanteur, je serai ta vierge putain, ta rieuse douleur, ton douloureux bonheur… »-.
Hi ! hi ! hi ! Je m’en vais de ce pas écrire mes « sans titre » qui répondent au doux terme « d’inclusion » si je m’en réfère à cet ouvrage.
 
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N’oubliez pas www.telethon.fr… pour ceux qui peuvent. N’empêche, ça me fout la rage que, dans un pays aussi riche que le notre, dans cette putain de civilisation occidentale blanche pétée de pognon, ce soit les ceusses qui sont modestes, ou moyennement modestes qui doivent se fendre d’un billet. Normalement, si ce monde là était organisé avec justice, le téléthon n’aurait pas à exister !!!


Samedi 8 décembre 2007 6 08 /12 /Déc /2007 16:47
- Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mon ange des bibliothèques - Communauté : La gazette des blogs
    

Hassan Massoudy est né en Irak, dans une ville entourée de désert. Il est tout d’abord apprenti calligraphe à Bagdad, puis « fait » les Beaux-Arts de Paris. Dès 1972, il organise des démonstrations publiques projetées sur grand écran. Sa recherche ? Spontanéité du geste et instantanéité de l’expression. Il a illustré des auteurs tels que Rûmi, Gibran, Andrée Chedid.

Le livre
Bel ouvrage à déguster. J’ouvre une page au hasard et je m’abîme, dans le texte choisi parmi de nombreux auteurs, dans les calligraphies puissantes et colorées.
Mandela côtoie Saint-Exupéry. Jean Rostand et Pline l’Ancien s’interpellent, se répondent.
Le bleu profond que l’on dit « roi » résonne à l’or d’un jaune. Certaines paroles sont noires, alors noire est l’envolée qui les illustre.
Je picore à un moment désœuvré ou languissant, pour un état de mon âme endeuillée ou exaltée. Mais, chaque fois, chaque texte, chaque calligraphie est découverte, comme la porte béante sur un monde changeant qui voudrait hurler ses nuances.

L’extrait
Une page du livre… C’est un proverbe persan qui dit :

« On ne cueille pas le fruit du bonheur sur un arbre d’injustice »


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Jeudi 6 mars 2008 4 06 /03 /Mars /2008 07:00
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Jacques Lacarrière (1925-2005)

Écrivain, poète, traducteur (du grec), il est né à Limogne en 1925. Il passe une une licence de lettres classiques à la Sorbonne, à Paris. Parallèlement, il suit des cours de grec moderne et d'hindi à l'École des langues orientales.

Helléniste passionné, il séjourne en Grèce de 1952 à 1966 et découvre la culture grecque moderne. Jacques Lacarrière a écrit de nombreux livres sur la Grèce antique et moderne, mais il s'est aussi intéressé à la Turquie, à la Syrie, à l'Égypte, à l'Inde... ainsi qu'à la partie de la France où il a vécu, le Val de Loire, la Bourgogne...

Il est décédé le en septembre 2005 des suites d'une opération banale du genou.

Le livre

C'est l'histoire, à Alexandrie, d'une Marie, la plus belle et la plus libre des prostituées, dans un siècle où les chrétiens sont chaque jour plus nombreux. Et Marie entendra, elle aussi, l'appel de ce nouveau Dieu. Elle deviendra Sainte Marie d'Egypte...

Le récit suit le rythme de l'histoire. Au début, c'est la flamboyance des mots, la débauche des odeurs et des spectacles des corps, dans les nuits chaudes, quand les marins s'apaisent à la hanche d'une femme. Et puis Marie s'en va, dans le désert. Alors l'écrit se fait âpre, plus sec, plus sobre. Les phrases raccourcissent, et le sable envahit tout, juste dans les recoins les plus intimes. A mesure que se dessèche celle qui fut adulée, la foi grandit, le miracle de la foi émerge comme une oasis après des jours de dunes. Le corps s'amenuise et l'âme grandit.

Ce roman est un hymne, à la femme tout d'abord, sans jugement, avec tendresse. Au désert ensuite, celui qui trempe l'esprit dans la coupe du renoncement à soi.

L'extrait

Quand elle n'a rien à faire, que nul client n'a franchi l'huis de sa pièce obscure, qu'elle est lasse d'observer sur le plafond l'étreinte figée des palmes, Marie file la laine. Sa mère ne lui a enseigné que deux choses : filer la laine et faire jouir un homme. Il n'y a guère de rapport entre ces deux activités mais Marie leur trouve une parenté secrète. Pour quelques sous de bronze, elle vend ses écheveaux sur les marchés ou s'arrange avec ses voisines, dont beaucoup filent elles aussi, pour mettre leur travail en commun et se partager l'argent. Et c'est vrai qu'elle aime sentir entre ses doigts le fil se tordre et se détorde, se tendre et frissonner comme un cordon vivant. Filer lui permet d'occuper sensuellement ses mains sans accaparer son esprit. Et en filant, elle rêve.

...

Et puis

Deux « non phrases » qui atteignent, pour moi, au sublime, si belles qu'elles me feraient renoncer à l'écriture.

« Cendre absolue. Calcinée d'anges. »


Mercredi 9 avril 2008 3 09 /04 /Avr /2008 00:34
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Pär Lagerkvist (1891-1974)

Ecrivain suédois, il reçut le prix Nobel de littérature en 1951. Les thèmes principaux de son œuvre abordent la question du bien et du mal.
Peintre de la tragédie de l'intelligence, il écrit notre cécité face à l'univers, face à nous-même. Pär Lagerkvist s'est joué de toutes sortes de formes littéraires : théâtre, nouvelles et récits, méditations, poèmes, romans...
Une citation : « L'être humain a besoin d'être flatté, sinon il ne devient pas ce qu'il est destiné à devenir, pas même à ses propres yeux ».
Ce roman, Barabbas, a été adapté au cinéma sous le même titre, avec Anthony Queen dans le rôle du larron.



Le livre

Tout le monde sait que Barabbas a été gracié et que c'est Jésus qui est monté sur la croix. Cette histoire commence à la crucifixion. C'est l'histoire d'un homme qui accepte cette seconde chance, mais, qui, finalement, n'en fera pas grand chose. Il cherchera à rencontrer celui qui l'a sauvé, ira de maladresse en reniement, de liberté en mine de sel. Il cherchera, mais ne trouvera pas sa voie, dans ce monde qui invente la chrétienté. C'est l'histoire d'un implacable sort qui ramène les hommes à ce qu'ils sont, et seulement à ce qu'ils sont. C'est l'histoire de la difficulté à comprendre ce qui est au delà des sens. Le récit est plutôt court, sobre. Frustre parfois, comme Barabbas.


L'extrait

La nuit venue, Barabbas se glissa jusqu'à la fosse de lapidation et y descendit. Ne pouvant rien voir, il avançait en tâtonnant. Tout au fond il trouva le corps déchiré, à demi couvert par les pierres qui avaient été jetées bien inutilement après la mort de la victime. Ce corps était si petit, si léger, qu'il pesait à peine dans les bras de Barabbas, quand il remonta l'escarpement et s'éloigna dans l'obscurité.
Il le porta pendant des heures. De temps en temps il s'arrêtait et se reposait un moment, la morte étendue à terre devant lui. Les nuages disparurent et les étoiles brillèrent ; peu après la lune se leva aussi, de sorte qu'on pouvait y voir. Il s'assit et regarda le visage de la femme, qui, chose étrange, n'était pas trop abîmé. Ni beaucoup plus pâle que de son vivant, cela n'eût guère été possible. Il était diaphane et la fente de la lèvre avait tant diminué qu'elle semblait sans importance. En effet, elle n'en avait plus maintenant.


Mardi 15 avril 2008 2 15 /04 /Avr /2008 05:39
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Mohammed Khaïr-Eddine

Il est né en 1941 à Tafraout, petite ville située au sud d'Agadir, à 180 km environ. Il s'installe en 1961 à Agadir, une année après le séisme qui le marquera. Jeune écrivain, il féquente le cercle des Amitiés littéraires et artistiques de Casablanca.
Il arrive en France en 1965, et devient, pour subsister, ouvrier. En 1967, son roman « Agadir » est salué par le prix « Enfants Terribles », qu'avait fondé Jean Cocteau. Il retourne au Maroc en 1979 et meurt à Rabat le 18 novembre 1995, jour de la fête de l'Indépendance du Maroc.

Quand Mohammed Khaïr-Eddine se souvient de sa scolarité...

«Disons que j'ai commencé à écrire en classe de 5ème secondaire (...). Je publiais dans la Vigie marocaine, il y avait même des professeurs qui m'encourageaient mais la famille était contre (...). J'étais plutôt fort en sciences et en français, nul en arabe, sauf en poésie. J'ai même écrit des tragédies que mon père a vendues à des marchands de cacahuètes qui en ont fait des cornets... »

Le livre

Sur un rythme tranquille, c'est l'histoire d'un vieux couple, qui termine son chemin, dans un compagnonnage serein, quelque part dans le sud marocain. Chaque jour est ponctué de l'immuable. Que ce soit la prière ou le tagine. Le vieux, Bouchaïb, est poète, alors il écrit la vie d'un Saint inconnu, il l'écrit dans sa langue ancienne, dans la langue des touaregs, que ceux du nord, qui reviennent en nouveaux riches, ne connaissent déjà plus.
C'est aussi l'histoire du progrès, de ce que nous appelons « le progrès », qui, peu à peu, change les habitudes, les rapports humains, modifie les valeurs.
Alors, le vieux et la vieille dissertent, le soir, autour d'un thé fumant, et pèsent à la mesure de leur grande humanité, à l'ombre de leur longue existence, ces bouleversements qui condamneront le monde qu'ils ont connu, inévitablement.
Lire ce roman a été une rencontre avec l'apaisement que l'on doit sans doute ressentir au soir d'une vie bien remplie, et remplie justement. C'est comme la chanson d'un ruisseau que l'on écoute, les yeux fermés, couché dans l'herbe, dans un beau soir d'été.

L'extrait

Ils étaient une fois de plus sur la terrasse. L'été tirait presque à sa fin. Les moissons avaient été bonnes, la récolte des olives et des amandes aussi. Comme toujours, la vieille préparait son tagine pendant que le Vieux fumait et sirotait du thé. Et, comme toujours en été, l'espace était splendide. Des milliards d'étoiles illuminaient le firmament. De temps à autre, une météorite fendait l'atmosphère en un trait rouge qui s'évanouissait rapidement. « Dieu est en train de lapider le Diable... », disaient les Anciens à la vue des ces phénomènes cosmiques. Bouchaïb ne croyait pas à cela. Il connaissait bien l'astronomie. Il avait lu tant et tant de livres qu'il eût écrit lui-même si le sort ne s'en était mêlé... Mais il ne regrettait rien. Ses poésies berbères qu'on lirait peut-être un jour étaient son unique plaisir. Mais qui s'occupait de la poésie berbère ?

Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 19:29
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Vladimir Jankélévitch (1903-1985), questionné par Béatrice Berlowitz

Philosophe et musicologue français, Jankélévitch est issu d'une famille d'intellectuels russes. Un père médecin, traducteur de Freug, Hegel. Les Jankélévitch ont fuient les pogroms antisémites dans leur pays. Durant ses études, Vladimir rencontre Bergson avec qui il entretiendra une correspondance.
Après ses études, il enseignera dans différents lycées avant d'obtenir une chaire universitaire.
Pendant la seconde guerre mondiale, il sera déchu de sa nationalité française et perdra son poste d'enseignant. Il s'engagera dans la résistance. Il retrouve son poste de professeur en 1947.
Son œuvre, sa pensée philosophique, sont organisés autour de trois axes :

  • La métaphysique du « je ne sais quoi » et du « presque rien »
  • La morale de l'intention bienfaisante
  • L'esthétique de l'ineffable

Il a dit : Toute la ruse des bonnes consciences revient à donner au pauvre comme une gracieuseté ce qui lui est dû comme un droit.

Le livre

« Quelque part dans l'inachevé » est une phrase de Rilke. Et quelque part, le côté éclectique de l'ouvrage, est un balade initiatique à la philosophie. Quand on a gardé le souvenir d'un ennui incommensurable de la classe de terminale, cet ouvrage réconcilie. Remarquablement écrit, foisonnant, il se laisse picorer. On peut passer d'une question à l'autre, revenir, relire, savourer. Et puis, d'idée en concept, tout ce que je n'aimais pas, au lycée, m'est apparut, sinon simple, du moins accessible. J'ai commencé pour parcours en philosophie, au hasard d'une librairie, à cause d'un titre où j'imaginais les points de suspension. L'humour, la mort, le vague à l'âme et l'inavouable mystère de la vie, sont autant de paysages à découvrir, avec curiosité, et humilité, tant la profondeur de la pensée bouleverse.

L'extrait

La musique vit de silences. La musique pour être musicale doit s'articuler - et elle s'articule comment ? par des silences plus ou moins longs et précisément mesurés qui la scandent, l'aèrent et lui permettent de respirer ; sans les silences, pauses et soupirs, elle ne serait qu'un bruit continu et finirait par suffoquer. Mais c'est encore trop peu dire : la musique toute entière tend vers une approche asymptotique vers cette limite extrême au-delà de laquelle règne le silence... C'est là son essence la plus secrète. Elle tend vers le silence d'où elle est issue et qui semble la nier. Cette loi du silence explique l'ondulation vivante qui caractérise certaines musiques...

Samedi 3 janvier 2009 6 03 /01 /Jan /2009 08:00
- Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mon ange des bibliothèques - Communauté : La gazette des blogs

L'auteur
Né en 1904, Simak est le fils d'un immigré tchèque. Fils d'ouvrier agricole, il gardera la vision idéalisée d'une nature où les écureuils et les chiens s'apprivoisent. Il fit des études d'instituteur et c'est pour améliorer l'ordinaire que, jeune papa, il collabora à plusieurs journaux locaux. Plusieurs années de journalisme le conduiront sur le chemin de l'écriture. Au départ, il publia des nouvelles dans les désormais célèbres « stories » qui ont permis à nombre d'auteurs de faire leurs armes. Il faut attendre le début des années 50 pour que Simak se rapproche du roman, les magazines de nouvelles se raréfiant.
En 1962, Simak se lance dans la vulgarisation scientifique. Il écrira aussi des romans où virevoltent des lutins, trolls, elfes, où les humains cohabitent avec un monde issu des contes. Toute l'œuvre de Simak sera hantée par l'idée d'une humanité tolérante, où l'acceptation de la différence est la clé de sa philosophie.
Il meurt en 1988.

En apparté
Simak fut extrêmement prolixe. Il fut aussi mon coup de foudre pour la lecture en général, et la science fiction en particulier. J'ai choisi, parmi son œuvre, quatre romans qui m'ont particulièrement touchée, parce qu'on retrouve les thèmes éternels du respect universel : différences culturelles, d'éducation, de sexe, respect de la nature, des animaux, etc...

Le livre
Autour d'un feu, le soir à la veillée, les chiens racontent des légendes. Les jeunes chiots frétillent de curiosité. On parle de mythes, on se pose des questions. Qu'est-ce que l'homme, Qu'est-ce qu'une ville. Et la guerre ? L'homme a-t-il réellement cohabité avec le chien, aux temps anciens. La plupart des chiens savants s'accordent à penser que l'homme est une création du chien pour expliquer le mystère de ses origines...
La toute première fois que j'ai lu ce roman, j'ai zappé les notes de l'éditeur, par pure fainéantise, me disant que les commentaires n'avaient pas d'intérêt, comme c'est souvent le cas du reste. Or, ces notes font intégralement partie du roman.  Parce que l'éditeur est un chien ! En huit nouvelles, l'homme quitte, définitivement la terre, la léguant à la gente canine. Avec poésie, Simak égratigne la civilisation qui se modernise. Visionnaire, il parle de ces hommes qui ne sauront plus mettre le nez dehors, parce qu'ils peuvent tout régler devant l'écran d'un ordinateur. Oui, visionnaire, vraiment.
Ce roman, je l'ai acheté une bonne vingtaine de fois. Je l'ai prêté autant de fois et, à croire qu'il recèle une incroyable magie, on ne me l'a jamais rendu, à une exception près, c'est pour cela que je l'ai encore dans ma bibliothèque.

L'extrait
Grand-père Stevens, assis dans un fauteuil de jardin, regardait travailler la tondeuse, tout en laissant la douce tiédeur du soleil pénétrer jusque dans ses os. La tondeuse parvint au bord de la pelouse, eut un petit gloussement de poule satisfaite, prit un virage impeccable et repartit tondre une nouvelle bande de gazon. Le sac où s'amassaient les brins coupés se gonflait.
Soudain, la tondeuse s'arrêté avec un cliquetis excité. Un panneau s'ouvrit sur son flanc et un bras en forme de grue en émergea. Des doigts d'acier raclèrent l'herbe, remontèrent en brandissant triomphalement une pierre qu'ils abandonnèrent dans un petit réceptacle, puis disparurent à nouveau dans le panneau. La tondeuse à gazon reprit son vrombissement et continua son travail.
Grand-père poussa un petit grognement de méfiance.
« Un de ces jours, se dit-il, ce satané truc va manquer un brin d'herbe et faire une dépression nerveuse ».

Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /Jan /2009 05:51
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