R. Gomez De La Serna
poche. Paru en 01/1995
Ecrivain espagnol - Né en 1891 à Madrid- Décédé en 1963 à Buenos Aires.
Sur ce cher Ramon, je n’ai pas trouvé grand chose, hormis le fait qu’il serait l’un des écrivains les plus prolifiques de son temps. Et puis j’ai dégotté une
citation, je vous la livre : « Il y a des bigotes qui prient comme les lapins mangent de l'herbe. »
Le livre
C’est l’un des écrits les plus atypiques qu’il m’ait été donné de lire. Ce n’est pas un roman, ce n’est pas un essai. Non ! C’est un catalogue, un inventaire fou, le dictionnaire délirant d’un mono-maniaque, n’abordant qu’un seul et même sujet, qu’un seul et même objet : le sein de la femme. C’est le livre d’un grand adorateur de seins, d’un collectionneur fébrile et compulsif. La profusion est de mise. Certains grands espagnols ont couru le tour de France, lui a couru le tour des seins. En plus de quatre-vingt textes, Gomez de la Serna dresse un panorama, pas loin d’être exhaustif, de tous les seins de la terre.
J’ai découvert ce livre à sa sortie. Et j’ai plongé dans cet univers parfois lyrique, parfois baroque, émaillé de métaphores ahurissantes, avec un bonheur sans égal. D’ailleurs, je le parcours souvent, tant il est simple d’ouvrir une page au hasard et de se laisser surprendre par un sein. Je picore des seins, comme une poule, des graines.
Des « Seins de Sirène », aux « Seins difficiles d’accès », L’auteur nous enseigne l’infinie variété de ses rencontres, sa passion pour cette excroissance charnue, si féminine.
Bref, vous n’êtes pas obligés de me donner un blanc seing, mais ce bouquin est une
fabuleuse ballade dans un univers surréaliste. Et je suis sûre que ce cher Ramon, sans doute installé au paradis de tous les Saints, aurait préféré vivre son éternité au jardin de tous les
seins.
L'extrait
Celles qui furent tuées par leurs seins
Il y a des femmes aux seins splendides et rebelles qui sont consumées, aspirées et « suicidées » par leur seins. Leurs seins ne pouvaient demeurer vierges et abstinents. Elles leur imposèrent leur volonté têtue de chasteté et leurs seins, en colère, se retournèrent contre elles, entamant une lutte sourde, une terrible rébellion. Ces femmes employèrent leurs heures exubérantes à aplatir leurs seins, dans un combat désespéré, une lutte terrible contre eux.
Mais leurs seins furent vainqueurs, se fortifièrent à leurs dépens, leur arrachèrent les entrailles, les vidèrent et se tendirent au vent comme d’arrogants étendards dont elles n’eussent été que la hampe décharnée. Défaites, elles regardèrent leurs seins triomphants, les seins qui leur avaient volé leurs poumons, les leur avaient séchés, et elles pressentirent leur fin. Leur mort s’ensuivit rapidement, car il n’y a pas qu’une balle de revolver pour contrarier la vie : une absurde abstinence le fait tout aussi bien.
