Mignardises et macarons

Un carré de blés s’effarouche des assauts du vent. Les épis, mûrs, courbés, effleurent le chiendent poussé à leurs racines dans ce champ délaissé. C’est une campagne déchirée que vient trouer un tonnerre lointain. Une haie séchée par le soleil d’été borde le champ. Au travers brillent des reflets métalliques, d’acier qui renvoient la lumière comme autant d’éclairs.


Une jeune femme court dans ce champ, mais sa course est lente, heurtée, elle se cogne à d’invisibles obstacles. De la droite à la gauche, elle semble ballottée par quelque rude force qui se joue de son corps frêle. Elle porte une robe bleue dont les blessures s’éparpillent en mille lambeaux. La robe est usée, vieille, maintes fois rapiécée. La jeune femme, brune comme une prune, éclabousse de bleu les blonds des blés, de bleu et de rouge. Son ventre abrite une vie à naître, il se fait saillant et tend les coutures qui résistent encore à l’usure. Elle court, le ventre en avant, les mains et les bras noués sur cette unique rondeur vivante.

Ce corps maigre et fragile, percé de part en part, suinte d’un sang qui rappelle le jus des cerises, lorsqu’elles sont mûres, justes à point pour la cueillette. Après un dernier vol, il s’effondre, les pieds dans les blés, le visage qui vient mordre le chiendent. Une invisible force anime d’un dernier spasme le corps désarticulé. Il bascule, offrant à la morsure du soleil au zénith le ventre qui s’agite.


Le regard de la jeune femme se trouble une ultime fois et sa bouche s’ouvre grand pour avaler la dernière goulée d’un air aux relents de poudre. Ses deux prunelles, sombres et terrorisées fixent un hypothétique point, figées.


C’est dimanche. Ailleurs les cloches de l’église carillonnent la fin de messe. Ailleurs les famille se réunissent. Ailleurs des enfant jouent au ballon et rient de toute leur énergique jeunesse…


Ici, c’est quelque part sur la terre, juste un instant des hommes, qui s’exercent à la guerre.


Mercredi 19 juillet 2006 3 19 /07 /Juil /2006 12:21
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Le papy, rabougri, est posé là sur le talus, en bordure de route. Il regarde passer l’effilochée de coureurs, qui en paquet, qui isolé. C’est une immense ribambelle, une chenille colorée.

Il rêvasse, le petit vieux. Il se rappelle les mythiques figures, les étapes épiques des tours passés. Il se souvient de son père évoquant ces héros de l’effort, pourvus d’un lourd vélo et réparant eux-mêmes les crevaisons, sans assistance technique d’aucune sorte. C’était une autre époque ! Oui Madame ! Il marmonne dans ce qu’il lui reste de menton, la nostalgie bien agrippée à l’estomac.

Mais quand même, elles sont bien belles ces machines qui renvoient le soleil d’été en éclats argentés ! Elles ont bonne mine, colorées, estampillées de logos, mues par de solides et jeunes mollets qui s’activent sans répit : un kaléidoscope de jaunes et de rouges, qui fabriquent de l’orange à chaque emballage du peloton.

Le papy s’assoupit, le soleil frappe fort, le repas se digère doucement. A son âge, prendre un coup de bambou, en milieu d’après-midi, c’est normal. 

La caravane passe, les casquettes sont distribuées, les animations commerciales, musicales bercent doucement la somnolence du papy. Les coureurs, eux, vont bientôt déboucher, à toute allure, sur l’avenue du dernier kilomètre. Ils vont à la pêche à la place, ils cherchent à grappiller la seconde qui fera la différence. C’est déjà l’empoignade finale, que le papy ne verra pas, ne verra plus. Il vient d’entreprendre son dernier rêve, un voyage sans retour…

Bonjour Louison ! Anquetil ! Nom de Dieu ! Au paradis des cyclistes, le papy tape la main des anciens, boit le canon de blanc en grignotant une friture de rivière, sur des musiques d’accordéons…

Sur la plaque de sa pierre tombale, ses petits enfants ont inscrit « Ci-gît notre papy, qui aimait tant le Tour de France ».


Vendredi 1 septembre 2006 5 01 /09 /Sep /2006 17:50
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Elle

J’ai retrouvé la Chaussée des Géants aux marches étirées. Le chemin court à flanc de basalte, pavé de roches noires et brisées, et caracole entre d’anciennes vignes et la falaise, jusqu’à la rivière.

J’ai retrouvé la Chaussée de Géants aux marches étirées, et j’ai murmuré : « Ramène moi ». Mais la sente séculaire ignora ma prière. Ce chemin qui trace mes désir se dérobe aujourd’hui sous la ciguë et les genêts.

J’ai forcé les ronces, déchiré ma peau à leurs épines, tendue l’oreille, guetté le son cristallin de nos rires mélangés.

Dans la clairière, adossée à la courbe déchirée de la falaise, prisonnière d’une forêt de châtaigniers, la ruine, immuable regarde le temps : son mur affaissé, ses pierres ébréchées, ses poutres calcinées. Les mûriers étouffent la vieille abandonnée.

Et j’entends, venu de nulle part, le chant aigrelet d’un pipeau.

.

Lui

Elle était brune, elle était ronde. Elle a surgi du néant, alors que je jouais une ritournelle, soufflant dans mon pipeau. Interdite, elle a sondé les alentours, puis elle m’a vu et elle a ri, en allongeant le cou, pour boire l’air.

Elle s’est approchée, la démarche légère, et le drôle de voile blanc qui la vêtait flottait à chacun de ses pas. Elle m’a parlé et je ne compris pas. Nous n’avions pas de mots, il nous restait les gestes.

J’ai froissé le tissu de son voile de vierge, alors que ma main s’aventurait entre ses cuisses. J’ai cueilli la rosée, perle à ses lèvres. J’ai tressé ses cheveux, noyant mon visage dans la masse parfumée. Là, dans la paille, nos deux corps ont soupiré, l’un contre l’autre, l’un pour l’autre.

Lorsque le jour se fit crépuscule, elle s’est envolée, après avoir secoué sa chevelure. Le foin tombait, de petites étoiles, des brins dorés. Je n’ai jamais rien su d’elle, pas même son prénom. Elle n’est jamais revenue, me laissant juste ce souvenir : l’odeur fleurie de sa peau et sa couleur de vanille.

Mais, depuis, chaque été, les murs de la bergerie pleurent, et ces sanglots résonnent un peu comme son rire.


Mardi 5 septembre 2006 2 05 /09 /Sep /2006 16:31
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Lorsqu’on regarde, au fil de l’histoire, l’immense production artistique humaine, deux parties de la femme au moins sont le symbole sa féminité : la chevelure et le ventre, fécond, fécondé. Dans les deux cas, que ces symboles soient montrés, affichés, revendiqués ou encore voilés, cachés, niés, ils parsèment le temps et les civilisations, ils sont discours ou polémiques, ils sont poèmes, ils sont transculturels.

Métamorphoser un improbable lieu en écrin pour une femme lumière…

Ses cheveux envahissent le ciel, comme un ciel de lit, ils sont libres, ils éclaboussent de couleur. Parce qu’une notion de provocation sensuelle est souvent liée à la chevelure féminine, dans toutes les grandes traditions monothéistes, je veux qu’elle se déploie en grand, en rassurant, en témoignage de l’abandon des servitudes, de toutes les servitudes.

Métamorphoser cet improbable lieu en femme-ventre ...

Une bulle qui s’arrondit tout en bas, au pied de la femme-cheveu, de la femme lumière, qui rappelle l’habitacle des origines, chaud, protecteur, doux. La bulle regarde en transparence la lumière alentour, écoute les bruits et musiques de la vie qui grouillent autour. L’enfant peut venir (revenir ?) se blottir, s’isoler ou encore, à deux ou trois, se rencontrer dans cette bulle qui abrite leurs secrets d’enfants.

La femme devient trinité : au nom du cheveu, de la lumière et du ventre… toutes parties qui bougent toujours, grandissent ou s’amenuisent au fil du temps.

La femme devient parole, elle raconte la liberté du cheveu libéré, la liberté du ventre qui couve ou non, selon son désir, elle raconte la lumière qui éclaire l’enfance et qui brille comme l’espoir d’un monde en devenir, si possible, juste un petit peu meilleur.

Et, qui sait, parce que les égyptiennes sacrifiaient autrefois leur chevelure aux dieux-fleuves, et que ce sacrifice raconte les aliénations, cette femme-trinité là deviendra source de réflexion, de débat, d’interrogation, d’approche philosophique dans la relation : féminité-soumission. L’enfant est porteur de rêve, amoureux souvent du verbe poétique et capable d’une incroyable lucidité sur notre monde. Donnons lui à réfléchir, donnons lui à voir, à entendre.

Parce que dans un monde qui s’agite, qui se contorsionne malade de toutes les intolérances, de toutes les exclusions, mais aussi dans un monde capable de grands moments de générosité, d’altruisme, voire d’abnégation, parler de la femme, c’est aussi parler de liberté. 


Mardi 12 septembre 2006 2 12 /09 /Sep /2006 07:57
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1. - Parking

Un parking derrière un immeuble trentenaire ; l'endroit est sinistre ; pas d'éclairage, des voitures à demi désossées.

Les talons accrochent les pavés disjoints. A force de prudentes exploration du terrain, du bout des semelles, elle parvient, vaille que vaille, à rejoindre la silhouette géante, épave sombre, de l'entrepôt.

Des fenêtres sans lumière édentent la façade abandonnée. Est-ce la nuit sans lune qui déguise d'angoisse la bâtisse ébréchée ? Seule une porte vitrée troue l'obscurité d'un halo blafard, phosphorescence blême diffusée par des néons tels qu'on en rencontre dans les usines.

2. - Montée

Les murs blêmissent sous le fard badigeonné par les tubes à l'opalescence blanche. La cathédrale industrielle résonne des échos d'une musique qui crépite, loin, par-dessus sa tête. S'ouvre un labyrinthe en étoile, des couloirs décolorés, boîtes à lettres, canalisations qui grimpent, escaladent les parois, tentacules gris.

Se diriger à l'oreille, suivre le tintinnabulant chahut de la fête...

Entre les orgues grises qui alimentaient autrefois les chambres froides, des femmes peintes, Venus callipyges, déballent leurs obscènes rondeurs : des mamelles comme des courges, des ventres fécondés.

Un escalier : elle commence une lente ascension pour se perdre dans les dédales sournois du bâtiment. Les murs sont couverts de graffiti colorés et de tailles diverses. Ils cèdent parfois leurs vagues calligraphiées à une Venus ou à une mâle dont la virilité triomphe, agressive.

A chaque étage, des réseaux de galerie s'effilochent et se perdent sans qu'elle ose les explorer. Les accords métalliques planent toujours et l'incite à grimper plus avant dans les entrailles de la forteresse.

A force de monter, la musique se rapproche.

Un palier, et elle l'entend, distinctement. Un couloir : l'ultime invitation s'accroche à une porte dont la serrurerie chatoie, éclaboussée d'ors mats.

Elle se retourne ; face à l'entrée, une fresque découpe ses bras, ses jambes, entrelacs désordonnés, des visages en quête de sexes, et des sexes sans visages. Une pieuvre dont émerge parfois une main, un regard, débauche l'uniforme grisaille du grand corridor.

3. - Les amours

Elle sonne, en insistant, comme une affiche le suggère. La porte s'ouvre sur un seuil tendu de velours rouge.

Dire « Bonjour » aux invités qu'elle connaît ; un sourire à ceux qu'elle ne connaît pas.

Quelques enjambées et le décor bucolique qui orne les murs l'interpelle.

Des amours dodus, aux fesses potelées, joufflues, bandent des arcs de leurs menottes piquées de fossettes. Ils voltigent sur les ciels bleus ou blancs, cotonneux, moutonnants.

Ils s'ébattent en groupes, guettant des cibles qu'elle imagine, tendres couples étreints sur une herbe nouvelle.

Dans un angle, trois de ces chérubins épient, farceurs, quelque gracile naïade blottie derrière un coquillage nacré. Une lumière diffuse galbe leurs bouilles enfantines.

Sont-ils anges ou démons ?

Ils exhalent la volupté perverse de ceux qui font naître des émois sensuels.

4. - Hors sujet : elle songe

Elle aurait mit un grand lit dont le coquillage aurait formé la tête ; un nid drapé de satin noir, imprégné des parfums de nudités gourmandes.

5. - Paysage

Toile de fond, enclavée entre deux fausses colonnes de faux marbre, s'étale une vallée, lumineuse comme un jardin de Toscane ou encore un plateau de son Ardèche. Calme paisible d'un matin d'été. Le clocher découpe son envol. Elle oublie les relents de musique qui pulsent. Elle franchit la plinthe comme on saute une haie ; elle s'en va balader.

Elle a tant parcouru les sentiers caillouteux que ses semelles, encore, s'en souviennent. Son pied connaît les rondeurs de ces pierres qui parsèment le rivière, basalte et calcaire enchevêtrés. Et le ciel est si bleu, qu'il évoque la mer, troquant l'odeur de l'iode contre le parfum des herbes séchées, des arbres fruitiers, de la vigne abandonnée.

Là, les montagnes découpent leurs rotondités, comme des seins trop lourds, de trop de lait, de trop d'années. S'y nichent dans les creux, au bord des chemins, intrépides, du serpolet, la myrtille soigneusement peignée, le sureau et la fougère.

Quand la nuit s'incendie de toutes ses étoiles, si nettes, alors le silence se trouble. Les bêlements des dernières chèvres laissées sauvages, à flanc de coteaux, évoquent ces légendes dont bien peu se rappellent ; quelques vieux ... et elle, qui se les invente.

6. - Le bar

Une table encombrée d'assiettes, de bouteilles, attire l'assemblée. Elle s'approche : ça bourdonne ; ça papote ; ça marmonne.

Elle saisit des bribes de phrases, des mots en quête d'identité, creux, malades de leurs vides, des phonèmes assemblés sans soucis d'esthétique.

Lieu où l'on cause, déballant, pêle-mêle, états d'âmes et considérations philosophiques. Lieu où l'on boit, s'imbibant pour se griser, s'alcoolisant pour s'amuser.

Des visages, déjà rubiconds, dévoilent leurs dentures étincelantes dans d'étranges imitations de rires. Des regards, déjà brumeux, s'attardent sur des nuques balayées de boucles. Il y a dans ces yeux avides quelque chose du boucher estimant sa bête.

Une jolie serveuse s'affaire, abeille industrieuse, offre un sourire, bise une joue, virevolte et toupille, comme une poupée sur sa boîte à musique, une verre dans chaque main.

7. - Une arrivée

Richard arrive : oiseau de paradis dans une volière.

Il a troqué son éternel jean contre une éblouissante robe de marquise : dentelles noires et strass dorés. Il ne marche pas : il glisse, et cerceaux et jupons se balancent, amples ondulations des tissus qui brasillent aux éclairs des spots.

La voilette de son bibi accroche une pudeur de jeune fille à son fin visage.

Elle aime sa pupille bleu-lavande et son nez retroussé. Il est toute blondeur et des diamants, petites étoiles enchâssées, avivent les lobes translucides de ses oreilles.

Il a de ces rougeurs de vierge ! Des paupières qui s'affolent quand elle lui murmure qu'il est belle. Des rires cristallins, maladroits et timides quand elle dépose un baiser sur sa joue tendre.

Ironie de la nature qui fabriqua, de ce beau garçon, une évanescente demoiselle !

8.- Hors sujet : elle songe ...

Son lit de satin noir, perdu dans les brouillards bleutés des fumées de cigarettes, palpite faiblement.

Elle est assise et ses jambes, qu'elle a enduites de paillettes, s'irisent de rayons argentés, qu'elle s'amuse à faire serpenter le long de sa cuisse.

9. - Des mains

Un groupe d'hommes, de jeunes hommes, s'agglutine autour d'un pilier. La musique clame si fort ses tempos ponctués de chants gutturaux, qu'ils ne s'entendent pas. Commence alors une pantomime à plusieurs. Ils conversent à grands gestes, amples et vigoureux, accentués des jeux de leurs physionomies. L'un esquisse une cambrure, amphore grecque, pleine de chairs laiteuses. L'autre caricature quelque coquette : pruderies et chatteries.

De mines en mimiques, ils se racontent.

Une main s'est envolée, dans l'espace, à demi suspendue. Une main comme l'aile d'un rapace qui se déplie. Elle retombe, inutile, démunie. Elle triture, discrètement, une couture de pantalon, une poche. Puis, courageuse, elle décolle à nouveau, vient se poser sur une épaule. Et la main s'anime, doucement. Elle invente un ballet. Elle remonte sur la nuque, tendre et câline. Elle s'attarde, alors qu'elle explore un dos robuste, au creux des reins, s'appliquant à épouser tous les contours. Elle s'aventure, plus bas encore, à la recherche des émois de l'autre.

Les demoiselles, assises près d'elle, gloussent. Elles ont des rires gênés, des malaises, des regards interrogateurs ou désapprobateurs. Les demoiselles, engoncées dans leurs tenues sages, fausses vierges, pas même coquines, se gaussent des amours masculines. Mais elle sait bien, elle, qu'elles imaginent ces mains d'hommes sur leurs cuisses ouvertes.

10. - La fille

Une fille, presque rousse, la peau très pâle, vêtue de rouge et de noir, avec un gros papillon posé sur son petit derrière : le noeud de sa robe ; cette fille titube. Ivre, elle se cogne aux murs. Elle ose des sourires comme s'ils étaient sacrilèges.

Quand la musique s'enfle, elle hasarde un pas de danse, et ses jambes, largement découvertes, s'ouvrent et se ferment aux rythmes. Elle s'accroche à un bras, s'abandonne.

Et qu'importe que l'autre soit homme ou bien femme ! Elle mendie un baiser, offre sa bouche qu'elle a grande et mince, barbouillée de peinture, rouge, largement étalée.

A trop boire, elle se perd, incapable désormais de brider ses pulsions. Tout lui est prétexte à sensualité. Chatte, elle ronronne, elle frôle les peaux, arque son buste menu où pointent deux tétons. Elle se désarticule, préservant un équilibre précaire. Elle tangue, barque dans une tempête, s'empare de mains salvatrices, se pend à des cous, se colle à des ventres.

Elle, elle en voit des qui s'amusent de ces tendres excès, profitant des élans passionnés qui la jettent dans leurs bras.

11. - Ambiance

Trop de bruit : une musique agressive qui réussit parfois à interrompre ses rêveries. Trop de fumée qui pique ses yeux. Trop de gens qui semblent s'amuser.

Une petite chinoise, fragile comme une porcelaine, enlace tendrement un grand jeune homme mince.

Une sensuelle brune dont le décolleté plonge jusques aux reins, qui ondoie aux rythmes infernaux, tortille ses fesses dessinées par une courte jupe.

La charcuterie sur la table, étalée, où s'ébattent des mains, des couteaux, des fourchettes, gueules voraces, ventres affamés.

Une file d'attente qui s'allonge, chacun attendant son tour devant les toilettes, qui pour pisser, qui pour gerber.

Une Marilyne, blonde platine, qui se déhanche, qui trépigne, qui gesticule, caoutchouteuse, élastique.

Des femmes lianes qui s'enroulent. Des hommes roseaux qui balancent.

Des groupes compacts qui babillent : éclats de rires, éclats de voix.

Des odeurs d'eaux de toilette mélangées de sueurs, de tabacs, de nourritures et de boissons : effluves qui aromatisent l'air de leurs lentes marées.

Des jambes : une forêt de gambettes agitées de frissons, qui sautillent ; un pied décolle, un autre atterrit ; souliers vernis ou ballerines ; des bijoux qui scintillent sur des chevilles ; des genoux qui se découvrent ; des mollets qui gigotent ...

12. - Déclaration

Une petite coiffeuse, toute blonde, la tignasse coupée court, le visage poupin, éclairé d'un beau sourire ; elle danse, indifférente au grondant murmure des conversations.

Elle se fatigue, et, peu à peu, son allure se ralentit. Une femme la regarde, qui la désire ; une femme glissée dans un tailleur masculin.

L'une a rejoint l'autre. Et, dans un élan, l'une susurre des « je t'aime », à l'autre.

13. - Epilogue

La soirée, la fête, s'appelle, ou s'appelait « La dernière Valse ».


Mardi 26 septembre 2006 2 26 /09 /Sep /2006 14:16
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons
Je flotte dans la chaleur, et mon corps, orphelin d'un corps, s'assoupit.
Dehors, le ciel est bleu ...
J'ai laissé le désir s'installer ; il foisonne et frissonne, sensuel et charnel, ondes sur ma peau. Mes mains, si je ne les surveillais, se prenant pour les siennes, s'en iraient promener sur mes seins, sur mon ventre, ou plus bas encore.
Dehors, le ciel blanchit ...
Le corps, il réclame des cuisses pour emprisonner les rondeurs ; des dents, des lèvres, pour apprivoiser les contours. Le corps, il se cambre, désespère de l'atteindre, par delà l'espace. Il soupire, vide de lui, soudain inutile.
Dehors, le ciel s'éteint ...
L'absence : j'hiberne. Je taillade le temps, j'écourte les heures. Je marmotte, entre sommeil et veille, créant pour moi toute seule la chaleur d'une peau. Et lorsque, presque tangible, je veux caresser une image, elle se dilate, m'abandonnant avec, dans la bouche, un goût de cendres.
Dehors, le ciel se meurt ...
Demain, peut-être, il sera là. Apparaîtra, inattendu, avec un sourire dans lequel je me noierai. Avec un regard qui me lira. Il aura des mots enfantés juste pour moi. Il aura sa peau pour réchauffer mon corps assoupi. Il me prendra la main.
Dehors, le ciel est mort.

Mercredi 27 septembre 2006 3 27 /09 /Sep /2006 06:47
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

Tout le monde l’appelait « La Rouquine » et bien peu de gens se souvenaient de son prénom. Elle était jolie La Rouquine, menue, piquée de taches de son, la chevelure longue et ondulée, la frimousse éclairée d’un regard vert, profond, attentif. Elle ressemblait à une peinture vénitienne, mais, au village, personne n’avait jamais entendue parler des peintres italiens. Ils ne connaissaient que le chemin de croix accroché dans l’église.

Elle avait marié le grand Sam, le plus beau marin du village. Le gaillard était fort comme un bœuf, brun comme un maure, méchant comme un diable. Mais elle ne savait pas La Rouquine, qu’elle épousait un démon. Sa mère lui avait pourtant souvent dit : « Ma fille, ne t’acoquine pas d’un marin, ils ne sont jamais là et quand ils sont là, c’est pire. Et vient le jour où ils ne reviennent pas… ». Mais le grand Sam l’avait trouvée bien à son goût La Rouquine et l’avait assiégée comme on assiège une forteresse. A force de minauderies, de promesses et de mensonges, il l’avait conduite à l’autel, fier comme un conquérant.

Et le temps avait passé, l’union était restée sans enfant. Il faut dire qu’elle était un peu sorcière La Rouquine, elle connaissait les herbes, qu’elle allait cueillir à la pleine lune, dans la lande.


Seule la plupart du temps, elle appréhendait le retour de son marin de mari. A peine le balluchon posé à terre, il la basculait, là, n’importe où, sans tendresse, il la prenait sans même se donner la peine de la regarder. Et lorsqu’il en avait terminé avec ce qu’il croyait être une marque d’affection, il réclamait son repas. Parfois, si la soupe était tiède, trop salée ou pas assez, s’il n’y avait pas assez de lard, elle prenait une volée de coups qui laissaient souvent son visage gonflé et tuméfié.


Avec les années, elle avait appris à se taire La Rouquine. Lorsque le Sam était repu, rempli et qu’il ronflait enfin, elle déballait le balluchon, rempli de vêtements sales. Et elle inspectait consciencieusement les frusques. Elle découvrait des odeurs inconnues, la vanille, le tiaré. Elle trouvait des cheveux tantôt noirs et crépus, tantôt blonds et fins. Elle reconnaissait souvent, nichée au cœur des caleçons, l’odeur des sexes mélangés après l’amour. Mais elle s’en foutait La Rouquine. Elle rêvait, de tous ces endroits racontés par les odeurs, de toutes ces filles dont elle traquait les imperceptibles traces.

Quand le grand Sam était de bonne humeur, ce qui arrivait parfois, il lui parlait de ses voyages, de pays fabuleux où vivent des animaux bizarres. Il lui racontait les arbres et les fleurs, les fruits au goût étrange. Il prononçait des mots inconnus, glanés ça et là, dans de drôles de langages. Et puis, soudain, son humeur changeait. Elle savait alors qu’une fois de plus, il lui faudrait saigner de ne pas lui avoir donné ce fils qu’il voulait absolument.


Il finissait toujours par repartir, laissant La Rouquine fatiguée, le corps couvert de bleus, mais le ventre stérile. Elle y veillait La Rouquine à ne pas porter de fruit, pas de celui là, pas de ce démon violent et infidèle. Il finissait toujours par repartir vers d’autres îles, elle espérait toujours qu’il ne reviendrait pas, mais toujours, un soir, il était là, sur le pas de la porte. Et le regard vert de La Rouquine se piquait, peu à peu, de fines rides.

Un jour, alors qu’une fois de plus elle avait du se soumettre aux désirs éjaculatoires de son époux, qu’il avait vraiment apprécié le repas, elle avait senti que c’était le moment. Elle pourrait lui parler sans prendre de coups, il écouterait. Alors elle lui parla, encore et encore, et elle finit par le convaincre de sacrifier à quelque rite païen afin de le faire, cet enfant. Mais il fallait aller à un endroit particulier, le jour de la lune rousse et prononcer d’anciennes paroles, face à la mer, des paroles qu’elle était la seule à connaître. Le Grand Sam accepta, prêt à n’importe quoi pour ne plus être le seul marin sans fils du village.


Il la suivit, à travers la lande, le long d'un chemin connu d’elle seule. Il accepta de se planter là, les pieds tout au bord de la falaise, d’écarter ses bras comme pour embrasser l’horizon. Il répétait docilement les paroles qu’elle lui récitait. Et il ne l’entendit pas arriver. Mobilisant une force insoupçonnée, une force accumulée tout au long de ces années d’humiliations, de viols et de raclées, elle fit basculer le grand corps dans le vide, d’un seul coup, d’un seul.

Et puis, elle pria le ciel et l’enfer que jamais personne de vienne se promener là, que cet endroit reste caché aux humains.


Depuis, au village, on raconte que La Rouquine est devenue folle, folle que son marin de mari ne soit plus revenu, un jour. Il y en a qui l’ont vue gambader dans la lande, les cheveux aux vents, sautillant et criant de drôles de mots. Quelques fois, La Rouquine, elle retourne au bord de la falaise, elle surveille. C’est une si jolie petite crique qui abrite une carcasse déjà blanchie par la mer et le soleil. Les crabes et autres nettoyeurs ont fait leur boulot, il ne reste rien des chairs, il ne reste que les os. Les vagues clapotent et se cassent sur les rochers, et moussent gentiment. C’est vraiment une jolie petite crique, mais elle est cachée aux regards des hommes.


Et La Rouquine s’en retourne chez elle, en gambadant, en cueillant ça et là les fleurs de la lande, en riant sous le soleil et en respirant très fort l’air iodé. La femme du marin n’attend plus…


Samedi 18 novembre 2006 6 18 /11 /Nov /2006 21:38
- Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

Ils jouaient dans le jardin, les jumeaux. Ils jouaient de ces jeux dont ils étaient les seuls à connaître le langage et la règle. C’était le début de l’automne. Les arbres étrennaient quelques rousseurs au milieu des feuillages dont les verts blanchis, décolorés, racontaient un été de trop de soleil, de manque d’eau. Le jardin se déplumait de ses dernières fleurs, grillées. La nature se préparait aux frimas.

Jean et Jeannette, les jumeaux, étaient aussi dissemblables que peuvent l’être deux enfants nés le même jour, d’une même mère, mais pas du même œuf. Le garçon, tout de blondeur auréolé regardait d’une œil sombre sa jumelle, brune et à la prunelle d’un bleu acier. Il était rond, moelleux, elle était sèche, nerveuse. Mais la complicité qui les unissait n’avait rien à envier à celle qui soude les gosses monozygotes.

Ils se parlaient peu, avaient inventé des mots, leurs mots, afin de se rendre incompréhensibles. Ils échangeaient un coup d’œil, un hochement de tête ou un léger froncement de sourcil, et ils savaient. Ils savaient ce qu’ils allaient faire, ce qu’il fallait faire. Ils agissaient de concert, comme un même corps, comme une même âme. La grand-mère, soulevant discrètement le rideau de la cuisine, observait perplexe, ces deux petits êtres, orphelins (sans doute), et dont la charge lui pesait.


Les parents avaient disparus alors que la paire était âgée de sept ans. Ils s’étaient volatilisés sans que jamais nul n’ait plus de leurs nouvelles. Il n’y avait pas eu d’accident, pas de mort subite, rien qui puisse expliquer ce départ. Un matin, juste comme ça, ils n’étaient plus là, et les enfants étaient seuls dans la grande maison lugubre. Ils s’étaient alors organisés une petite vie tranquille, grignotant les réserves qu’ils avaient dégotées. Ils s’amusaient du soir au matin, gambadaient, exploraient toutes les pièces de la bâtisse, dont, jusque là, l’accès leur était interdit. Ils cueillaient les fleurs, se construisaient d’ahurissantes cabanes avec le linge de la maison. Ils ne respectaient aucun horaire, n’allaient plus en classe, ne se lavaient plus. Ils jouirent alors d’une totale liberté, qui, bien que brève, leur donna un goût certain pour cette solitude partagées.

Au bout d’une dizaine de jours, l’entourage social se préoccupa enfin de la grande maison perchée sur la colline, et de ses habitants. L’école téléphonait et ne parvenait pas à joindre un des parents. Le facteur passait déposer le courrier et n’apercevait jamais âme qui vive, les lettres s’entassaient dans leur boîte. Elle débordait de prospectus et de journaux. L’épicier, le boucher, le boulanger s’étonnaient de ne plus voir la mère, parcourant tranquillement les rues, chaque matin, en quête du repas du jour. La grosse bagnole rouge du père ne traversait plus le bourg au petit jour et à la tombée de la nuit.

A force, le Maire se décida à gravir le long chemin pentu qui menait à la maison, assisté de la gendarmerie et des pompiers. Quand il arriva, le portail baillait, laissant entrevoir une allée propre bien qu’elle commençait à se ponctuer, ça et là, d’herbes folles et mauvaises. Il appela à voix forte et n’eut aucune réponse. La troupe se mit en devoir de fouiller méticuleusement l’endroit.

Lorsque le capitaine des pompiers trouva le petit Jean et la Jeannette, ils étaient dans le grenier, en train de fouiner dans une vieille malle remplie de papiers, enveloppés d’une odeur de poussière. Et quand il demanda où se trouvaient les parents, les enfants, levant deux regards angéliques vers le bonhomme déclarèrent qu’ils n’en savaient rien. Ce fût les seules paroles qu’ils acceptèrent de prononcer.


Les mois avaient passés, la grand-mère avait accepté de s’installer avec les enfants afin de prendre le relais. Le trio n’échangeait pas plus de dix mots dans une journée, à peine se souhaitait-il le bonjour et la bonne nuit. Les petits avaient repris leur vie routinière à contre-cœur : l’école, les repas, les devoirs. La nuit, ils refusaient de dormir seuls, campant selon l’humeur, chez l’une ou chez l’autre. Déjà très proches avant la disparition, ils étaient devenus inséparables.


Et la grand-mère ne comprenait rien aux deux gosses. Souvent, même, ils l’inquiétaient, voire lui inspiraient une espèce de crainte diffuse, dont la raison lui échappait. Elle n’en venait que rarement à bout, ils regimbaient sur tout. Ils vivaient un amour fraternel dont elle était exclue. Jamais de sourire, jamais un baiser, jamais un mot pour raconter leurs souvenirs, leurs désirs, leurs bonheurs. Ils ne pleuraient pas. Ils ne demandaient pas. Ils étaient, à eux deux, une sorte de nouvelle espèce de l’humanité. Parfois, ils se réfugiaient au grenier, perché là-haut, où ses pauvres jambes de vieille ne pouvaient plus la traîner. Elle tendait l’oreille, au pied de l’escalier, et les entendait glousser, pousser de curieux petits cris. Les rires diffus lui parvenaient dans le froid silence de la maison. Avec le temps, elle se surpris à ressentir un peu d’hostilité pour les jumeaux.


Le temps filait…


L’année qui suivit la disparition fût celle de la grande tempête. Le vent souffla si fort cette année là qu’il remua des monceaux de terre, qu’il abattit des arbres, qu’il souleva les ardoises du toit. Et puis la pluie, diluvienne, s’en vint à combler les trous, créer d’éphémères mares, raviner les talus. Le jardin, d’habitude soigné, propret, ressemblait à un champ de bataille. Les jumeaux étaient ravis, ils fouillaient du bout d’un bâton les entrailles de la terre. Ils pataugeaient dans les flaques. Ils abritaient leurs fraternelles amours sous les branchages des arbres couchés.

Un matin, alors que la grand-mère était moins fatiguée que d’usage, elle eût, alors que le soleil printanier chauffait les bourgeons naissants, envie de prendre l’air et de visiter ce jardin bouleversé. Elle enfila ses bottes de caoutchouc. C’était sa première sortie après l’hiver. D’un pas lent, le corps accablé d’années, elle entreprit de mettre la main sur les gamins. Elle soufflait à chaque pas, elle traînait la jambe. Progresser au milieu des souches et des troncs relevait de l’acrobatie, pour elle. Et elle appela d’une voix aiguë les jumeaux. Pas une réponse ne lui parvint, juste le chuchotement de l’air dans les branchages et de petits gloussements… Soudain, au détour d’un talus, elle vit les deux gamins dressés devant elle, collés l’un à l’autre, qui la regardaient, une lueur cruelle, insondable, accrochée à leurs yeux d’anges. Elle n’eût pas le courage d’aller plus loin, tressaillit, et, doucement, s’en retourna vers la maison.

Mais, dans sa lente virevolte, elle eût le temps d’apercevoir un fugace rayon métallique, rouge, du même rouge que celui de la grosse berline disparue. C’est ce jour là qu’elle sentit monter en elle une aversion haineuse pour ses petits-enfants. Elle commença à les voir comme deux monstres, puis deux ennemis. Et elle se mit à les épier.


Les jumeaux adoraient la confiture. Toutes les confitures. Chaque fois qu’un pot était vide, ils allaient dans l’armoire où la vieille stockait ses réserves, montraient d’un petit doigt pointé le prochain pot à ouvrir. La grand-mère adorait cuisiner des confitures, à partir de tout ce que la nature pouvait offrir, les fruits, les légumes, les fleurs, et tout ce que le jardin recelait de possibles. A la fin du printemps, elle reprit ses ballades pour cueillir les ingrédients de ses recettes.


Tout en surveillant la cuisson, la grand-mère, soulevant discrètement le rideau de la cuisine, observait perplexe, ces deux petits êtres, orphelins (sûrement), et dont la charge lui pesait.


Sur l’étagère à confitures, une amanite phalloïde parfume sa dernière création : la confiture de fraise des bois à la vanille bourbon.


Dimanche 3 décembre 2006 7 03 /12 /Déc /2006 19:55
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

L’homme, perplexe, abandonna sa tête entre ses mains. Les coudes sur la table, il se grattait les oreilles, geste machinal. Quelque part derrière son comptoir, le garçon préparait une mixture, un cocktail. L’homme saisissait, malgré la musique qui allait crescendo, le bruit des verres entrechoqués. Il faisait sombre, et il était seul, seul client dans un bouge quelque part au cœur de la ville.

Le garçon traversa la salle d’un pas lent. Le visage hostile, il déposa devant l’homme un verre plein. Plein de quoi s’interrogeait l’homme en contemplant le récipient douteux.

Et puis, la musique enflait toujours, balançait ses relents de blues comme une gifle. Le rideau, sans couleur, qui grimait la scène, commençait à s’éclipser, livrant une drôle de lumière, ni blafarde, ni violente, ni gaie, ni triste, neutre.

Alors, comme une insulte à l’aspect sordide et sale du cabaret, une femme, du noir le plus superbe, féline, glissa sur la scène terne. Un halo rouge sang, aura incandescente, l’accompagnait et l’enveloppait bien plus encore que le voile blanc qui la moulait. Sur les rythmes alanguis de la musique qui oscillait, dans un geste, un seul geste brusque, elle arracha son voile blanc. Le blanc, blanc vermeil, blanc soleil d’hiver, révéla le noir luisant, peau de femme, dans la frissonnante lumière écarlate. Deux bas, blancs de vierge, serpentaient entrelacés, escaladaient les jambes longues, si longues, pour anneler délicatement le haut des cuisses et donner la réplique à un minuscule slip en dentelle.

L’œil de l’homme, cessant d’inspecter le décor, se troublait, avide.

La femme, souveraine antilope, alors que les percussions donnaient à plein, ondoyait, indécente. L’impudique négresse ploya, doucement, brisant sa chute de reins, jusqu'à saisir ses chevilles. Elle était souple la bougresse et offrait à l’homme tétanisé le spectacle de sa croupe rebondie, luisante. Doucement, doucement, elle se dépliait, remontant le long de son propre ventre. Elle devait pouvoir renifler ses odeurs de femme désirante. Elle avait le dos mouillé. Une petite goutte de sueur, toute petite, traçait un sillon délicat entre ses seins gonflés, dressés, saillants de s’offrir au regard de l’homme.

L’homme commençait à s’agiter sur la chaise un peu dure. Son sexe battait contre la toile rêche du pantalon. Il étancha une soudaine soif au verre posé devant lui. Il avait du, un court instant, s’évader, s’empêtrer dans son désir, car lorsqu’il posa à nouveau ses yeux sur la femme, elle s’était saisie d’un godemiché, doré, d’une belle taille.

Elle léchait le jouet du bout de la langue, l’enveloppait de ses lèvres gourmandes, le titillait comme s’il était vivant, le caressait, mimant le va et vient tout au long de la hampe. Elle le mouillait, appliquée. Elle le faisait glisser le long de son corps, parfois l’emprisonnait entre ses seins turgescents, se caressait d’un geste d’une infinie douceur les aréoles érigées. Puis d’une main, le tenant plaqué contre son ventre, précieusement, elle écarta doucement son slip afin de titiller son bouton de plaisir. D’un peu de salive, elle humidifiait son plaisir naissant, goûtant à chaque fois l’acidité légèrement saline de son sexe vibrant. Ses doigts dansaient, de son con palpitant à son clitoris excité. Patiemment, elle se préparait à accueillir son factice partenaire. Ecartant ses longues jambes, doucement, elle commença à se pénétrer en poussant de petits cris rauques.

L’homme entendait ces feulements, imaginait le plaisir de la femme et contemplait fasciné le ballet doré qui s’accélérait entre le noir et blanc des cuisses ouvertes. L’objet dégoulinait de la liqueur féminine. Parfois, elle le goûtait puis reprenait sa lente montée vers son plaisir, jouant de son corps vibrant d’abandon. Toujours plus vite aux coups des tambours, ses fesses rondes scandaient la mesure, ponctuaient la cadence devenue sauvage.

L’homme transpirait et la sueur sourdait à son front jusqu’à l’aveugler. Il tremblait. Son membre douloureux aspirait à remplir la femme, là-bas. Il jeta un coup d’œil vers le bar. Le garçon s’était éclipsé. Il se leva, en titubant un peu. Il se sentait vieux, vieux et usé, comme si toute sa jeunesse avait enflé ce sexe qui tendait sa braguette. Il marchait en se cognant aux tables, aux chaises. Sa vue se brouillait, évoquant le corps brun basculé sur la scène. Il l’envahirait, forcerait les reins souples et, dans un ultime assaut, se déverserait, inonderait le ventre bombé.

La femme hurla, elle jouissait, de toute sa peau, de toute sa voix. Elle se tourna vers l’homme, ouverte plus encore, blessure convulsée, un abîme où l’homme voulait chavirer.

Lorsqu’il parvint au pied de la scène, seule la pauvre lumière rougeoyante palpitait, un peu. La sculpturale femelle s’était dissoute dans le décor.

-oOo-

L’homme, perplexe, abandonna sa tête entre ses mains. Les coudes sur la table, il se grattait les oreilles, geste machinal. Quelque part derrière son comptoir, le garçon préparait une mixture, un cocktail. L’homme saisissait, malgré la musique qui allait crescendo, le bruit des verres entrechoqués. Il faisait sombre, et il était seul, seul client dans un bouge quelque part au cœur de la ville.

-oOo-

Une jolie brunette, croisant la femme lui balança en riant : « Tania, le patron veut te voir ». En maugréant, Tania se rendit au bureau et, après avoir frappé, entra sans plus de cérémonie.

Elle : - « Oui Patron, vous vouliez me voir ? »-.

Lui : -« Melle Thanatos, qu’avez vous fait ces derniers jours, où en êtes vous de votre programme punitif ? »-.

Elle : -« Je me suis occupée du pédophile arrivé hier, vous savez, celui qui a été pendu dans sa cellule… »-.

Lui : -« Je trouve que vous passez beaucoup de temps avec ce client, il faudra voir à vous occuper des nouveaux, vos collègues sont débordées. Vous pouvez disposer »-.

Elle : -« Bien Patron »-.

En sortant du bureau elle se disait que, décidément, le Diable était bien exigeant. Et aussi qu’elle adorait infliger les punitions liées aux déviances et autres perversions sexuelles...

Il faut dire qu’elle prenait un sacré plaisir à s’occuper de ces damnés là !


Mercredi 6 décembre 2006 3 06 /12 /Déc /2006 08:02
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons
Il avait été beau, aux temps bibliques. Beau et orgueilleux de sa beauté. Tant qu’il avait été précipité dans un océan de mal. Et les siècles lui avaient construit une légende, un destin de gardien d’enfer. Sauf qu’il savait, lui, le mensonge de cet endroit de punition. L’enfer n’existe pas, pas plus que les brasiers et les diablotins torturant les âmes perdues. Ce n’est qu’un foulard rouge agité par quelques malades bigots pour effrayer les enfants.

 


Non, il avait été condamné à la carrière d’empêcheur de tourner en rond. Son travail, c’était de titiller la rombière pour qu’elle bourre les gosses de donuts et faire monter le taux de diabète. Il était en charge de tous les petits sadiques avides de cuire des insectes au four micro-onde ou de bousiller le disque dur de l’ordinateur familial. Partout où des actes bêtement cruels ou stupidement idiots étaient perpétrés, il tirait les ficelles. Mais sans envergure, il n’était pas en charge des guerres, ni des attentats. Les hommes se débrouillaient très bien sans lui pour organiser des crimes odieux, à l’échelle de la planète. Finalement, le Diable n’était qu’un rond de cuir au service de la petitesse et de la mesquinerie.


Sa vie avait bien changé depuis sa naissance. Il avait quitté son costume de bouc, posé sa fourche et portait des lentilles qui lui faisaient un superbe regard noir, de ces regards qui vous fouillent et vous donnent le frisson. Il se baladait dans le vaste monde, un passeport toujours en règle, estampillé de visas. Il avait l’allure nonchalante de ces hommes d’affaires toujours entre deux vols, deux rendez-vous ou deux femmes Son multipass en poche, il visitait les villes et les campagnes, à la recherche de quelque mécréant capable d’actes gratuits et destructeurs. Il n’avait d’ailleurs pas trop de mal à dégoter des candidats. Mais il avait parfaitement conscience de l’inutilité de sa tâche. Quelque soit la mauvaise action commise, Dieu pardonnait toujours, et, à l’instant crucial, au moment de la mort, le méchant était sauvé, inévitablement. Le Diable perdait sa motivation au fil des années. Toute l’amitié qu’il éprouvait pour son Dieu n’arrivait plus à alimenter son enthousiasme, il traînait un spleen tenace. Il aurait bien voulu changer de métier.


Et le Diable était malheureux. Il était amoureux. Parfaitement !


Ce jour là, la veille de Noël, il vadrouillait. Il s’ennuyait un peu et parcourait, désœuvré,  les rues d’une petite ville, à la recherche d’un quidam disposé à massacrer le sapin décoré qui égayait la place de l’Hôtel de Ville. Il n’aurait plus qu’à donner le petit coup de pouce pour le pousser à l’acte. Oui, mais il ne trouvait personne disposé à ratatiner l’Arbre. Il faut bien avouer que la beauté du décor forçait le respect et que même le cœur des mauvais garçons était touché de tant d’harmonie. L’Arbre, en majesté, immense tant que sa cime touchait le ciel, scintillait de mille feux dans la nuit, il éclairait doucement le visage ravi des touts petits. Le Diable s’acharnait à bousculer les candidats vandales, en vain. Et il la vit.

C’est une petite donzelle qui semble sortir d’un paquet cadeau, toute de rouge vêtue, une diablesse menue, fine liane, ondulante qui court autour du Sapin. Elle est bien joyeuse la bougresse ! Dans la nuit froide, elle dégage d’ardentes effluves, des fragrances de lilas et de mimosa. Elle bourdonne en papillonnant d’homme en homme, se frottant à l’un, jouant du cil avec un autre. Le Diable l’approche, la renifle, piste son sillage parfumé de fleurs. Mais la demoiselle snobe le barbon. Alors ce diable de Diable sent une ardeur nouvelle envahir ses veines, la chaleur d’un coup de foudre, d’un amour qui l’embrase. Il use de sa magie. Il fait germer des arcs en ciels dans la nuit de Noël. Il essaime des étoiles sous les pas de la belle. Il parsème mille surprises sur le chemin de la fille, des bijoux et des chocolats. Il souffle des alizés pour qu’une chaleur douce au milieu de l’hiver enveloppe le corps gracile de son aimée. La petite finit par s’apercevoir du manège. Elle se campe face à lui et balance ces quelques mots : « Arrête ! ça chatouille. Et puis, j’aime pas les vieux mecs ». Elle se retourne avec dédain et va se blottir entre les bras de son namoureux.

Voilà, le Diable est malheureux, il est amoureux. Parfaitement ! Et Dieu est bien ennuyé. Il songe désormais à le reclasser ou à le réhabiliter.


Mercredi 27 décembre 2006 3 27 /12 /Déc /2006 00:48
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It's me

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